Il faudrait parler des petites dames qui attendent, là, pour vendre leurs légumes, leurs crabes ou leur laque, au marché de Wajima. Elles patientent, depuis des années, elles patientent encore ce matin, et tu leur achètes, bien sûr, des carottes plutôt qu’un crustacé ou un bol. Où est donc cette jeunesse qui, en France, anime les étals ? Elle a donc, tant que ça, fuit les petites villes ?
Et puis la côte, au paysage ici gâché par un alignement de petites lumières idiotes ; dès qu’on la quitte, la neige.
Auteur/autrice : A R
Samedi 27 février 2016
On mange le 3ème chou à la crème et je te dis que c’est tout droit, tout droit jusqu’à la mer. Derrière les dunes et les herbes sèches s’étend la mer du Japon ; au loin, comme à chaque fois, on imagine les Corées et la Russie. Et après les dunes et la mer, il y a les retrouvailles avec Kibo, la gare qui n’existe plus, les écoles qui ferment, l’herbier et l’envie de dessiner – retour à mes 18 ans – la laque si froide et le saké si chaleureux, et les palissades de bambous, parce que s’il fallait retenir une seule chose, ce serait ça, cette manière qu’ils ont de cacher l’horizon.
Vendredi 26 février 2016
8h10. Train Thunderbird (サンダーバードー). Les bords du lac Biwa, un soleil éblouissant s’y reflétant, des pins, des campagnes et des villages, le charme d’une passerelle puis la tristesse d’un immeuble, la gare d’Ono où l’on aimera sûrement s’arrêter un jour, champs, rizières, quadrillage et tous ces paysages marronnasses de février, herbes sèches, et puis des maisons colorées orange, rouge, vert, et puis des enseignes K’s, Joshin, Ridl puisque ici, parfois, c’est un peu l’Amérique. Le lac est interminable, on le sait bien, c’est une mer dont on aperçoit ici ou là l’autre rive. De l’autre côté il y a les montagnes, qui s’imposent définitivement une fois le lac passé. Alors la neige. D’abord délicate, un peu de sucre glace sur une génoise. Parfois l’horizon se réduit, les tunnels nous avalent, dans les vallées on se faufile. Ici un énorme pilône électrique au milieu d’un petit cimetière. Alors la neige. Vraiment. A gros flocons. Et l’horizon s’efface, c’est un mur gris clair.
A Kanazawa, hôtel, valise, et ce merveilleux réflexe japonais de me prêter un parapluie, noir, large, solide, qui résistera aux plus fortes des bourrasques. Je me réfugie au musée du 21ème siècle, où l’exposition Yuichi Inoue me donne des envies de calligraphie, d’encre noire, de gestes, de caractères devenant poésie visuelle, retour à mes 16 ans peut-être. Puis le parc Kenrokuen, majestueux, la neige se calme mais les parapluies restent ouverts sous les arbres qui se délestent et la couche au sol, fondue, petit à petit imprègne les chaussures. Un peu plus tard je remercie égoïstement la mondialisation et l’économie chinoise en achetant trois paires de chaussettes (sèches) chez Uniqlo. La traversée du parc du château est un moment blanc et surprenant, avant de poursuivre jusqu’au quartier de Higashiyama et d’aller un peu plus loin, là, regarde, il n’y a plus personne. Quelques temples, des rues vides, et soudain ce petit cimetière. Personne.
Jeudi 25 février 2016
Alors on pourrait raconter à nouveau l’ambiance du bain public, plutôt exceptionnelle ce jeudi en raison de la présence de deux yakuzas – puisque à chaque fois que deux hommes sont très très tatoués on dit que ce sont des yakuzas parce qu’il y a peu de chance que ça n’en soit pas -, deux yakuzas muets, l’air sévère et un dos multicolore que l’on n’ose même pas regarder par peur qu’ils se retournent alors on jette juste un oeil. Leur mutisme est à l’opposé de cette jeunesse amusée et rieuse mais rejoint la froideur apparente d’un jeune homme souple, se grattant l’oreille droite avec le pied gauche et dont les autres particularités physiques sont, par exemple, une morphologie qu’on pourra décrire comme parfaite selon certains canons de beauté et selon l’avis du garçon lui-même, si l’on tient compte de l’insistance avec laquelle il se regarde dans la glace, froid donc, raide, pour le sourire on repassera, jusqu’à ce que l’on réalise que c’est ce danseur, remarqué ailleurs, une scène, il y a un an peut-être, à peine plus habillé.
Mercredi 24 février 2016
Mardi 23 février 2016
« J’aime bien éternuer… bizarrement »
Lundi 22 février 2016
Elle porte un tee-shirt dont les motifs, des coquillages colorés fluos, tranchent avec le reste de ses vêtements noirs, mais dont certains reflets rappellent le nacré de ses lunettes, d’un modèle assez courant pour son âge avec quelques fioritures dans les branches. Elle vient pour la première fois, et montre un certain enthousiasme, peut-être dû au fait qu’un jeune et joli professeur lui montre comment utiliser les machines et, éventuellement, lui touche l’épaule ou le bras pour préciser la position à tenir. Elle est dans la moyenne d’âge des clients de la salle à cette heure-ci, mais plus jeune que cette habituée, qui à chaque séance gigote, marche ou abdomine avec entrain et qui aujourd’hui porte un tee-shirt avec l’inscription « Impulses of passion » dans le dos, en lettres scriptes dorées.
(Ah oui j’aurais pu parler du dîner aussi, ça aurait changé de la salle de sport et fait chuter sévèrement la moyenne d’âge des protagonistes… Vous ne connaissez pas Lulu Vroumette ?)
Dimanche 21 février 2016
La rue Omiya, arpentée tant et tant de fois entre l’avenue Kitaoji et son extrémité nord, réserve encore quelques surprises. C’est ainsi que, derrière ce primeur où je ne m’étais jamais arrêté, se cache en fait ce que l’on pourrait décrire comme un mini-marché avec un volailler (et sa femme) et trois autres étals obscurs, au sens propre et figuré, dont l’un seul était ouvert. Le volailler, entre surprise, ravissement et admiration après que l’on lui avait expliqué que l’on ferait cuire le poulet entier au four, pratique d’un exotisme total dont j’ai peut-être déjà fait allusion ici mais je n’en suis pas sûr, le volailler, donc, nous demanda cependant à plusieurs reprises s’il devait couper la pauvre bête ici ou là, cette conversation ayant donc pu faire office de sketch ou de caméras cachée, avec un Japonais hilare devant sa télévision.
La suite de la journée fut moins hilare, mais l’art de Guido Van der Werve, doux mélange tout à fait beneluxien entre poésie et humour, sans hésitation me ravit. Et c’est au bar OIL que cela se finit, où je me vis discuter de je ne sais plus quoi avec une Japonaise immense qui, comme moi, faisait la queue devant les toilettes mais qui, le reste du temps, était artiste.
Samedi 20 février 2015
C’est alors que l’on se souvient vaguement de son film, que j’avais vu d’un oeil et toi des deux, dans cet avion de juillet 2012. Évidemment on est un peu gênés, puisque elle est là.
Le film du soir (qui n’a rien à voir) : 蛇イチゴ
Vendredi 19 février 2016
Les visages occidentaux sont rares à la salle de sport. A vrai dire, nous sommes deux dont l’emploi du temps coïncide – et le gabarit aussi. En voici un nouveau, version armoire à glace (sans le brillant du miroir), tirant sur les poids lorsque j’entre et que je l’aperçois là-bas, tirant encore dessus lorsque je me mets en face de lui sans chercher son regard à travers les machines pour tirer, moi aussi, sur ces poids permettant une musculation ciblée des biceps ou des triceps. Ce n’est que plus tard que l’on se salue, c’est à dire qu’il me salue et que je lui réponds, connivence presque obligatoire entre minorités visibles, même si sa minorité est plus imposante que la mienne.
Jeudi 18 février 2016
Mercredi 17 février 2016
Alors, tandis que je profite de l’eau chaude, semble-t-il efficace contre les courbatures, entourés de retraités silencieux, je me fais la même remarque qu’à chaque fois, sur le volume sonore de la musique dans cet endroit, un peu excessif tout de même, non ? La même musique que dans la salle et, vraisemblablement, que dans tout le centre commercial, musique qui s’avère être, je le confirme, de la musique de films.
Mardi 16 février 2016
C’est la veille, pendant la préparation du dîner, au moment du découpage des carottes peut-être, que la chanson, pourtant entendue plusieurs fois, s’agrippa à mon oreille ; un coup d’œil sur le titre. Ce mardi, la voici en boucle, 4 minutes et 42 secondes, sans rien pouvoir faire, comme Alfonsina emportée par les vagues.
Lundi 15 février 2016
Le matin était froid. Il faisait clair dès trois heures. Les hommes se levaient, les mains transies croisées contre la poitrine, le dos voûté. L’intendant passait tour à tour dans le dortoir des ouvriers, puis dans celui des pêcheurs, des marins, et même des machinistes. Il tirait tout le monde du lit, y compris ceux qui étaient indisposés ou carrément malades.
Kobayashi Takiji ; Le Bâteau-usine
Il sifflote sur un de ces airs qui passent dans la salle de sport, discrètement, couverts par le bruit des machine ou par les voix qui en sorte pour donner des instructions. Il sifflote en poussant quelques kilos de fonte, après être passé devant moi, marchant avec une canne, portant aux jambes ce que j’ai cru être des bandages. Il pourrait être né lorsque Kobayashi Takiji meurt, sous la torture, en 1933, à cause d’écrits trop politisés, trop ouvriers, trop à gauche pour le Japon de l’époque. 82 ans, à la salle de sport, vous étonnez-vous ? Oui, peut-être. Mais étonnons-nous plutôt que l’on mourût sous la torture.
Le film du soir : 小川町セレナーデ
Dimanche 14 février 2016
Je n’étais jamais descendu là, au bord de la rivière, car l’endroit est inaccessible en vélo, mais bien sûr j’avais vu dans notre quartier, ici ou là, la pauvreté qu’on cache, ces immeubles en particulier… Tu t’étonnes. Nous n’en avions donc jamais parlé ? Et donc ici, plus bas, tandis que l’on chemine, tu prononces le mot bidonville.
Samedi 13 février 2016
Vendredi 12 février 2016
Je me promets toujours d’aller du côté de ces recoins un peu à part, loin de mon horizon montagneux, ces bouts de ville qui ne sont que ville, même si les avenues de Kyoto pointent toujours du doigt un morceau de vert. C’est le cas ce vendredi, accompagné de D, qui à la sortie de notre rendez-vous a l’idée d’aller manger une glace, parce que oui, là, dans ce bout de ville, il y a un glacier italien, un vrai, même D dit « gelato« . « Oh it’s open today… You see I have Internet on this old telephone » dit-il fièrement en refermant le clapet de son mobile, tandis que je lui montre le mien, Mathusalem way of communicating, dont le clapet ne renferme pas autant de fonctionnalités, faute d’un abonnement adéquat, mais revenons au glacier… Arrivé devant le glacier, donc, eh bien c’est fermé, vacances d’hiver de plusieurs semaines, le roi des gelati est parti chez lui.
C’est donc dans un bar « à l’américaine », où je choisis un gâteau sous plastique, que l’on s’installa, et que l’on en vient à parler de la mort. C’est à cause du quartier ou à cause du bar ?
Jeudi 11 février 2016
« It’s crazy how, by eating berries, they can create this » (K, devant du fil de soie)
Le film du soir : 味園ユニバース
Mercredi 10 février 2016
Tu crois qu’il a compris qu’on voulait un gratin ?
Mardi 9 février 2016
Lundi 8 février 2016
Dimanche 7 février 2016
Depuis l’Europe, les shungas, les estampes érotiques japonaises, semblent être des « objets » presque communs. Mais il n’en est rien et y consacrer une exposition au Japon est un événement (lire à ce sujet l’article de Philippe Pons dans Le Monde). Nous arrêtant devant le musée, un « Oh tiens si on allait voir ça aujourd’hui ! » nous fait pousser la porte du musée où se tient l’exposition-événement-ohlala que nous avions, de toute façon, l’intention d’aller voir. Or, c’est dimanche. A l’intérieur, c’est coude-à-coude et touche-touche – champ lexical corporel bien adapté -, et donc l’on fait la queue – hum… – à pas lent pour voir de près toutes ces images habituellement sous le manteau, un manteau duquel dépassent ici les sexes démesurés. Voilà qui change des minettes en petite culotte à la vue de tout le monde dans les supérettes… le Japon n’étant pas à une contradiction près.
Il n’était jamais venu. Son visage, sa réserve, étaient toujours là-bas, chez lui, chez eux. Ce soir, agréable surprise, il accompagnait D et K pour la projection du soir, le cercle amical et resserré dans lequel nous nous trouvons tous les quatre, ou tous les cinq si l’on ajoute A, étant tout à fait apte à l’y laisser entrer. Le film, Maborosi (幻の光), le premier Kore-eda, agréable surprise, nous emporta du côté de Wajima, village côtier dont on reparlerait ici 3 semaines plus tard.
Samedi 6 février 2016
Vendredi 5 février 2016
Alors les voici épinglées sur le mur gris clair, un gris qu’on qualifiera de souris ou de tourterelle peut-être. Il peut paraître triste de sceller ainsi leur sort, définitivement objets épinglés ou épinglables, mais tel était leur chemin depuis le début, la solution technique bordelaise leur ayant donné un peu de répit. C’est de tout façon moins triste que le sort humain en général, pas le mien oh non, mais par exemple celui du personnel et des patients de l’hôpital qui jouxte la rivière et qui, depuis que les travaux ont commencé, ne peuvent plus accéder aux berges pour une cigarette, un bol d’air, quelques minutes d’envolées d’oiseaux, une vision plus verte que leur blouse en d’autres saisons.
Jeudi 4 février 2016
Les Beatles, dont je n’ai pas écouté les chansons depuis une vingtaine d’années, s’immiscent parfois dans d’incontrôlables fredonnements. Ce fut le cas entre 11h50 et 14h20, le temps que le postier, qui m’avait demandé une certaine somme que je n’avais pas sur moi, revienne et puisse encaisser la somme en question, quémandée par le service des douanes après un incompréhensible pli dans la langue locale, de moultes interrogations, quelques inquiétudes et un échange de courriels semble-t-il efficace puisque, oh voilà déjà le postier.
Hey Mr Postmahahahahaaannn, chantonnai(s)-je alors, les paroles refaisant surface sans trop savoir de quel recoin de ce cerveau, qu’il serait bon de vider pour faire de la place pour le vocabulaire japonais… bref…
– Mais pourquoi tu n’as pas payé par carte bancaire ?
– Heu… Ah ben oui c’est vrai ça… Heu…
– Tu vis à l’époque d’Edo, toi…
– Non, Meiji : j’ai un vélo.
Mercredi 3 février 2016
Le film du soir : 俳優 亀岡拓次, littérallement « Actor Kameoka Takuji ».
Mardi 2 février 2016
Est-ce que quelqu’un peut me dire pourquoi j’ai écrit « Atarashii kare o tsurete kitaitte » sur mon carnet ? Parce que bon… a priori ça ne veut rien dire.
Lundi 1er février 2016
Et les voici enfin, avec leur attirail et les échelles, grimpant, frottant, ça pousse et ça mousse, donnant aux vitres inatteignables un brillant tant attendu.
Dimanche 31 janvier 2016
Le café est à l’étage, il y a de la place à la table le long de la baie vitrée ; il est déjà tard, le last order approche mais nous venons juste pour un café puisque l’on a pique-niqué, là-bas, un peu plus au nord, sur ce coin de rivière rocailleux où les berges ici ou là boueuses obligeaient à sautiller, ici ou là. Il reste encore deux tasses où l’on s’assied, celles des clients à peine partis ; on regarde la rivière, la même, et comme souvent tu me dis que ce serait bien de venir travailler ici. Ce serait bien.
Le soir un visage de passage, les années passent (treize peut-être) et le hasard fait que l’on se retrouve parfois, ici ou là. Ici ce soir.
Samedi 30 janvier 2016
La voici, heureuse, pour cinq mois je crois, rendez-vous devant la mairie, un verre chez Japonica, point un peu central d’une rue inévitable. Dans son sac, un Sauvignon rouge joliment emballé : « J’ai trouvé que c’était mieux que du papier cadeau. »
Le film du soir : Iya monogatari : oku no hito. Où comment être emballé par des poupées dans un village reculé puis perplexe devant un retour à la réalité urbaine.
Vendredi 29 janvier 2016
« Y avait personne pour faire des photos ? »
Évidemment, on ressent quelques manques quand on vit ici. Le fromage, c’est la première réponse. Et puis il y a les éponges, parce qu’ici, le synthétique atteint une espèce de paroxysme dont Wikipédia vous parlerait en terme de faible pouvoir d’absorption. Certes, nos visiteurs auront remarqué l’éponge posée sur le rebord de la baignoire, une éponge dont le coloris rose éclate sur l’émail blanc, une éponge en tissu qui, voyez-vous, ne nous sied guère pour l’incontournable tâche ménagère de la vaisselle (食器 お 洗う, n’est-ce-pas…). Et là, bien sûr, vous allez me dire « Mais ça ne pèse rien, vous pouvez en mettre dans vos valises« . Sauf si l’on oublie. Et donc quel rapport avec la journée ? Le colis reçu.
Jeudi 28 janvier 2016
Ils sont 6, sales, pelés, pastels. Au milieu, un bac à sable, et au milieu de ce bac un éléphant, autre style, mais bien connu de ma photothèque, la trompe en arc de cercle fièrement plantée dans le bac. Ils sont les frères de ces trois animaux dont l’image trône sur mon profil Facebook depuis des mois. Alors je tourne autour. Et tourne encore, insatisfait, gêné par tout ce qui reste dans le champ ou ce qui n’entre pas. Et puis un enfant passe, rieur, m’ignorant, cartable bleu sautillant. Au loin d’autres voix légères.
Mercredi 27 janvier 2016
Je vous ai parlé des cours de danse de salon ?
Mardi 26 janvier 2016
Le film du soir : Sugihara Chiune, puisque vous ignoriez sans doute, vous aussi, qu’un diplomate japonais avait sauvé des milliers de Juifs durant la 2ème guerre, et que de surcroît nous étions capables de rester là, confortablement installés dans ces mêmes fauteuils rouges décrits il y a quelques jours, pour regarder ce genre de film historique.
Lundi 25 janvier 2016
Je vous ai parlé des cours de danse hawaïenne ?
Dimanche 24 janvier 2016
Il y a des films de référence, qui, un jour, enfin, dépassent leur aura et quittent l’irréel pour être enfin vus. La Ballade de Narayama fait partie de ces films de référence, entre autres parce que Slow Life y faisait référence et surtout que les spectateurs, eux-mêmes, y faisaient référence. Et voici donc le film, film animal, intemporel, film, comme ça, vite dit, tellement japonais, tellement enfoui dans le Japon, dans ses saisons, dans sa négation de l’individu, dans, dans, quoi d’autres ? bref… Et palme d’or ayant « battu » Furyô au festival de Cannes de 1983, merci au jury de m’avoir écouté.
Plus tôt, soleil couchant, Kyoto baignée d’un rouge inédit. Plus tôt encore, matin, Kyoto baignée de soleil, ce petit temple au jardin accueillant et cette librairie presque parisienne, du quartier Takano, un quartier… tellement enfoui dans le Japon.
Samedi 23 janvier 2016
Vendredi 22 janvier 2016
La sueur apparait d’abord sur son crane, là où les cheveux sont ras, au-dessus des oreilles. Quelques minutes plus tard, l’effet des piments est bien plus visible, et il s’éponge sans s’émouvoir, prenant du plaisir à manger ce bol de ramen dans cet agréable petit restaurant, bon et bien situé et donc à noter sur les tablettes.
Avant, ils avaient ri, comme hier, puisque les travaux durent trois jours, des rires communicatifs et bien inhabituels, ici où l’on n’entend généralement que ceux des corbeaux.
Après, l’anime du soir : Miss Hokusai.
Jeudi 21 janvier 2016
Ils sont arrivés tôt et ont recouvert d’un film plastique opaque la grille qui donne sur la petite terrasse, exposée au nord, et dont l’usage est de deux ordres – y étendre le linge et permettre une séparation visuelle avec la pièce qui faisant jusqu’en juillet office de chambre -, un film plastique opaque empêchant que la terre retirée pour la tranchée ne vienne s’y éparpiller.
Ils sont arrivés tôt, avant que je prenne ma douche, car dès potron-minet il y fait trop froid, d’ailleurs à peine étais-je levé. Il est donc peut-être 9h30 quand, nu comme un ver, je fais quelque pas pour refermer la porte et aperçois, au-dessus du film plastique opaque légèrement retombé, deux yeux droits dans ma direction.
Mercredi 20 janvier 2016
Comme chaque matin, elle passe en courant. Mais ce matin il n’y a pas le bruit des talons qui claquent (batabata) sur le bitume, il y a le son feutré de ses bottes fourrées sur la neige. Et plus tard le silence de la montagne.
+ Le film du soir : Life, ou l’histoire des photos célèbres de James Dean, photos qui évoquent pour moi le mur de la chambre de ma sœur, mais tout cela est une autre histoire.
Mardi 19 janvier 2016
Lui : 会いたかった。 会いたかった です。
Elle (très troublée) : …
Nous : Hein ? Quoi ? Qu’est-ce-qu’il a dit ? Reviens en arrière !
Lundi 18 janvier 2016
Dimanche 17 janvier 2016
Puisque S nous racontait, hier, comment la fiction s’était transformé en réalité pour K (vous savez, la voisine, etc.), nous voilà partis, chez le loueur de DVD, T jaune sur fond bleu, à demander cette série télévisée – nan mais une série télé japonaise, vous imaginez ? -, série dont le nom à l’anglaise suscita une première incompréhension avant que tu n’insistes et que l’on puisse obtenir le petit boitier contenant les deux premiers épisodes.
Nous avions appris, par S et par la même occasion, que les séries télévisées diffusées sur NHK pouvait oser des sujets comme l’homosexualité ou le fait qu’une femme de 45 ans tombe amoureuse d’un homme marié de 25 ans sans révolter les annonceurs puisque la chaîne… n’a pas de pub ! Le film du soir n’aurait rien à voir, un Ume no futa (Le couvercle de la mer, ne me demandez pas pourquoi…) rentrant dans la catégorie des films japonais contemporains « bien gentillets », tendance amitié et bord de mer, après un moment rentrant dans la catégorie « cérémonie de thé à l’aveugle » bien bien plus agréable qu’on ne l’imaginait.
Samedi 16 janvier 2016
Vendredi 15 janvier 2016
Le film du soir (parce que la voisine etc.) : heu… c’était quoi déjà ?
Jeudi 14 janvier 2016
Tout se passe bien jusqu’à ce qu’elle me montre une photo d’un fauteuil double. Je comprends bien qu’on doit être s’y mettre à deux, enfin c’est évident, mais que veut-elle que je lui dise ? Est-ce que ça veut dire qu’il y a aussi des fauteuils non-double ? Elle veut juste un « oui oui » ? Cette capacité japonaise à compliquer des situations simples par des questions supplémentaires, souvent posées pour ne faire que confirmer ce qu’on vient de demander, est bien souvent totalement désarçonnant et c’est encore le cas cette fois-ci en raison d’un débit trop élevé, d’un vocabulaire trop étoffé et d’une indifférence totale au fait que je viens de lui dire que je ne comprenais rien, tandis que derrière moi la file s’allonge (mais pas encore par terre). Quand on arrive dans la salle – parce que mon « OK » a été utile ou qu’elle a fini par abdiquer ? – la surprise est de taille, d’abord parce qu’il n’y a que 5 rangées de ces fauteuils doubles (et rouges), ensuite parce que les fauteuils sont au ras du sol. Et nous voici donc confortablement affalés par terre, au milieu de quelques coussins, tendance « comme à la maison », pour le film, agréable histoire de fantômes post-horreur atomique à Nagasaki, éclairante sur certaines pratiques catholiques au Japon, avec un Ave Maria faisant ressurgir les souvenirs de Lourdes et une fin digne des plus dégoulinantes fresques baroques…
Mercredi 13 janvier 2016
12h25. Bruit de tracteur, parfois un hurlement de chien, comme la veille. Il va déposer son sac poubelle rempli de canettes de bière, qui ne sera ramassé que le lendemain, contrairement aux directives et aux bonnes pratiques qui prévoient un dépôt le matin même. Il est, comme chaque matin d’hiver, vêtu de cette doudoune vert pomme dont je regrette moi-même l’achat en raison de la difficulté évidente de l’assortir avec d’autres vêtements, et, comme à chaque fois, il regarde vers chez nous avec insistance, cherchant à apercevoir quelque chose, tâche aisée. Il n’est pas japonais, il pourrait être français, et me voit peut-être parfois, en ce moment, cueillir des narcisses derrière chez nous et regarder vers chez lui, sans insistance.
Mardi 12 janvier 2016
Lundi 11 janvier 2016
Il porte une cravate très large, très très large, vert foncé à motifs blancs, et le nœud est tout aussi large. Il est assis en compagnie de trois amis – à leur âge on pourrait même dire camarades – et leurs activités personnelles sur téléphone mobile sont entrecoupées de quelques rires charmants. La frange caresse ses yeux, son costume est gris, le fauteuil vert-de-gris. On se demande un court moment ce qu’ils font là, dans cet hôtel que la curiosité nous a poussés à visiter alors que nous venions voir ce qu’il y a en face, le centre de congrès tout de béton bâti. Les filles, autrement habillées, de couleurs et de froufrous, nous éclairent : ils sont là parce que c’est le jour – férié ! – où l’on met à l’honneur ceux qui viennent d’avoir vingt. Le bel âge.
+ Le film du soir (parce que notre voisine est une actrice et qu’il faut se tenir un peu au courant) : おかあさんの木 (Les arbres de ma mère)
Dimanche 10 janvier 2016
Samedi 9 janvier 2016
Autrefois, à une époque où ma présence en ligne était un bric-à-brac, on pouvait y lire mes réponses au questionnaire de Proust ou de Sophie Calle, laquelle demandait quelle tache ménagère nous rebutait le plus. En ce deuxième samedi de l’année, je trouvais une réponse supplémentaire : le nettoyage du rideau de douche qui a insidieusement fixé de minuscules pointes de moisissure dans son ourlet. Suivait une tache bien plus agréable, la confection de confitures de clémentine-kumquat, vous m’en direz des nouvelles…
+ Le film du soir : Furiko
Vendredi 8 janvier 2016
Je lui tends ma carte et lui dis que c’est la première fois. はじめてです。Il me montre où sont les vestiaires, bien sûr il faut se déchausser, là-bas les douches, ici les casiers, attention à ne pas oublier le numéro, vous voyez pour la clé il faut faire faire comme ça. Quand j’ai fini de me changer, il a disparu, vraiment, non non il n’est plus là. Heureusement j’arrive à décrypter les panneaux et je me souviens du chemin suite à la visite de l’an dernier, l’escalier en colimaçon, le couloir qui longe la piscine, encore des escaliers, ça monte et ça descend pour accéder à la salle. Là encore je dis que c’est la première fois. はじめてです。Mais cette fois c’est inutile et après lui avoir demandé de parler moins vite, je comprends juste que… si je ne comprends pas je dois demander.
Jeudi 7 janvier 2015
Mercredi 6 janvier 2016
Mardi 5 janvier 2016
13h, je pensais que l’on se retrouverait en bas, et c’est finalement sa collègue, par le hasard probable d’une fin de déjeuner, qui passe devant moi, me sourit de manière aussi radieuse que d’habitude et m’invite à monter, tandis que H san, qui l’accompagne, me demande, rigolard, si j’ai bien dormi, puisque il était l’un des « deux autres » Japonais, arrivés par surprise et pour notre plus grand plaisir.
A l’étage je découvre ces lieux qu’ils me proposent pour exposer. Je réfléchis, on mesure le couloir, j’imagine, mais ça ne colle pas avec le projet, le couloir est trop étroit, le mobilier sera trop présent, l’éclairage est un peu bas. Dans la discussion du soir – était-ce avant ou après le dîner avec D qui n’a rien cassé, E qui a aimé mon pantalon et N qui ne sait pas qu’elle conduit une Daimler ? -, tu évoques un autre possible, un jeu avec le lieu, un projet qui collerait, la présence du mobilier. En effet, pourquoi pas?
Lundi 4 janvier 2016
Dimanche 3 janvier 2016
Les particularités japonaises – c’est à dire surtout l’absence de réglementation – en matière d’urbanisme offrent au regard du promeneur 2015 2016 une terrifiante multitude de maisons de plastique poussant comme des champignons. Mais, pendant des décennies, elles ont aussi laissé construire des bidules géants faisant office de lieu d’habitation, hôtel… ou clinique dentaire. C’est donc vers l’un d’eux – aussi vite construits que détruits, faut-il le préciser – situé à côté de la gare de Momoyama minamiguchi (« sortie sud de la montagne aux pêches »), que l’on se dirige en ce dimanche, sans trop savoir s’il faut qualifier ces gestes architectoniques d’amusantes surprises ou de simples horreurs sortant d’esprits mégalos… bref…
… Pour compenser, nous poursuivons vers le sud, vers Uji, et le hasard nous assied dans une charmante gargotte tellement traditionnelle que l’on se demande comment elle tient encore debout, pour déjeuner – ô merveille – de soba au matcha, la nouille verte pouvant être considérée comme une amusante surprise.

































































































