Mercredi 3 septembre 2014

« Oui c’est moi… Tu fais quoi cet après-midi ? » Rien, enfin rien de précis, rien d’indispensable, rien d’urgent. Alors j’y suis allé : habituelles images des hommes casqués et puis d’autres, qu’on gardera pour archives. Elle, souriante et curieuse, demande à voir et à les recevoir. « Pour les mettre sur mon blog, c’est possible ? »

Mardi 2 septembre

Et voici que soudain, parce que je décidai de tourner à droite, je découvrai les commerces de Omiya dori, interminable rue de Kyoto dont l’extrémité nord regorge de primeurs aux devantures rouillées, de boutiques désuètes de vêtements pour femme, de pâtisseries chic, de ce petit restaurant qu’il faudra tester, d’une jardinerie qui deviendra sûrement une destination régulière, d’une immense poissonnerie tout autant indispensable, de cafés comme je les aime et comme il y en a tant, retrouvant quelque chose de ces villes françaises dont on regardait un peu tristement l’atmosphère d’abandon.

Lundi 1er septembre

« You’re using Nikon!« , me dit-il depuis l’extérieur. Il a entendu le déclic de mon appareil tandis que je photographiais cette enveloppe reçue des mains du propriétaire, et me fait la preuve de son oreille de spécialiste – puisque les photographes n’ont pas qu’un oeil. Je suis à peine surpris qu’il soit encore là, mais voilà donc 3 heures qu’il tourne autour de notre « house » pour ce magazine. Le ciel est nuageux ; cela lui convient.

Samedi 30 août 2014

Les feuilles de thé vert sombre, une fois passées sous la meule, deviennent une poudre d’un vert éclatant. Ce n’est que le lendemain que je fais le rapprochement entre ce moment coloré de notre visite d’usine et ce qui m’avait poussé à étudier la chimie : l’étonnement, et l’inexplicable enfin expliqué par de vastes histoires d’oxydation, d’effet Markovnikov et d’une multitude de je ne sais plus quoi… J’ai, depuis, trouvé d’autres sources d’étonnement… comme ces fables et légendes qui remplissent les romans et les films japonais. Mais cette histoire de raton et de renard vue ce soir aurait mérité meilleur traitement pour m’enthousiasmer.

Vendredi 29 août 2014

Itterasshai, crie l’enfant, courant soudain le long du quai. Deux autres garçons le suivent, l’un d’eux répétant la même chose, puis une fille. Tous ce même sac à dos jaune vif : moment furtif de gaieté. Plus tard ce sera un autre sac, bleu ciel à pois, que je tenterai d’attraper sous les néons jaunes d’un escalator. Mais d’autres images m’attendent, les fleurs dans ce petit chemin que je n’avais emprunté qu’une fois depuis mon arrivée, et les travaux, encore, dont le deuxième étage entrevoit la fin : voici qu’on aménage.

Jeudi 28 août 2014

La voix trop parfaite du bus “nord 1” annonce «Kitaozi» avec un Z sortant d’on ne sait z’où. Le bus s’engouffre dans le souterrain avant de repartir vers son terminus (Demachi yanagi) et ma destination (le magasin D2 pour y acheter pots, terreau, vis, etc.). Petit à petit, ma pratique du bus me permettra de pratiquer les meilleurs conseils à nos hôtes, indiquant l’horaire du prochain 46, la meilleure solution pour rejoindre le métro ou l’inutilité de courir vers l’arrêt pour prendre ce bus qui… n’est pas le bon.

Mercredi 27 août 2014

Parmi les commerces du quartier, il en est un que l’on a découvert récemment et que l’on n’avait jamais testé : le bain public. Aucun occidental ne résidant dans le coin (ou alors ils se cachent bien), on peut se demander si les regards posés sur nous en entrant ne dégageaient pas un peu de surprise… peut-être le reflet de la nôtre devant la modestie et la petitesse du lieu (et l’absence de bain froid).

Mardi 26 août 2014

J’avais noté – et tenté de me rappeler – récemment les mots pierre, caillou, persuadé qu’ils seraient utiles quand on en viendrait à parler de ce petit chemin que je balaye presque chaque matin et sur lequel glissent inlassablement terre et sable. Mais au moment de cette discussion bien sûr ils étaient oubliés, de même que j’avais omis l’inévitable roulage de R pour prononcer « rocks ».

Lundi 25 août 2014

Nous avons oublié son prénom ; il était un visage habitué avant de quitter ce bar, où nous-mêmes nous n’allons plu. Le voici, comme nous, aux puces ; il porte sous son bras une immense toile et l’on se rappelle évidemment ses dessins, ces visages aux traits particuliers. Nul tissu pour nous, mais fidèles à nos habitudes, de la vaisselle bleue, une plante aux fleurs violacées et un arbre à yuzu.

Le soir, une sorte d’autre ancienne habitude un peu passée : un film. Mais de l’occitan nous n’avons point coutume.

Samedi 23 août 2014

Confirmer – comme si n’en avait pas encore complètement conscience – que la montagne est proche. Découvrir ce temple aux allures d’abandon. Rechercher dans les boutiques ce qui pourrait être une affaire. Dormir presque trop, comme si c’était possible et déraisonnable. Et puis s’attabler, écouter ces conversations où les langues se croisent, écouter cette histoire en rêvassant, ce qui n’aide pas à la comprendre. « Trois ans ?« , disent-ils surpris.

Jeudi 21 août 2014

Je n’écris plus. Je ne note plus les petits riens et les jolis plaisirs, que, par conséquent, j’oublie : la date d’arrivée d’une carte postale, le chant des cigales qui a disparu, la pluie qui tombe, les ouvriers perplexes, le jardinier aux gestes improbables, les cris des corneilles, le sommeil dès 21h45, l’anglais hésitant, les premiers gestes du matin – balayer le chemin, arroser les plantes -, les listes de vocabulaire, les visages dans le bus, les phrases trop rapides de la fille du pressing, le jour précis où l’on a mis dans l’eau les graines de lotus. Dis, c’était quand, les grains de lotus ?

Mercredi 20 août 2014

Derrière l’accueil, contente de ses vacances, elle me demande si je compte travailler là aujourd’hui. Ma réponse négative la rassure car la clim est en panne. On parle peu car il y a (toujours) ces histoires de travaux qui m’attendant à midi, mais les quelques mots osés en japonais me confirment que hanasanakereba narimasen.

Mardi 19 août 2014

(…) Adolescent, je me baignai un jour à Malo-les-Bains, dans une mer froide, infestée de méduses (par quelle aberration avoir accepté ce bain ? Nous étions en groupe, ce qui justifie toutes les lâchetés) ; il était si courant d’en sortir couvert de brûlures et cloques que la tenancière des cabines vous tendait flegmatiquement un litre d’eau de javel au sortir du bain. De la même façon, on pourrait concevoir de prendre un plaisir (retors) aux produits endoxaux de la culture de masse, pourvu qu’au sortir d’un bain de cette culture, on vous tendit à chaque fois, comme si ne rien n’était, un peu de discours détergent.

Roland Barthes par Roland Barthes

Sur le petit papier blanc, la date de demain. Pourtant, je n’ai pas terminé le livre : les parenthèses barthiennes que je m’offrais de temps en temps n’ont pas suffi. Me voilà donc, photographiant les dernières pages, certaines déjà lues puisque c’est un livre dont on peut picorer les pensées – dont acte. Mais sur le vélo, me rendant une fois de plus au bureau de l’immigration où cette femme ignore l’idée d’une autre langue que le japonais et d’un sourire immédiat, je réalise que le livre est resté sur la table. Pour avoir le plaisir de refaire le même chemin demain ?

Lundi 18 août 2014

Au Japon, en entrant dans une maison, on se déchausse. Ce geste pourtant simple laisse parfois l’autochtone perplexe, ou plutôt hésitant. C’est le cas chez nous, les espaces à l’arrière, appelons-les la terrasse et la buanderie, étant ouverts mais aménagés. Aujourd’hui encore, l’équipe de l’architecte (avec un grand A) est venue – ignorons les détails techniques et humides sur la raison de leur visite – et… hésita, me regardant pour savoir quoi faire ou m’imitant – ce qui pour le coup, les désarçonna encore plus, ne sachant jamais trop moi-même, par temps sec, où mettre les pieds nus. Et tandis qu’ils devisaient dans la chambre sur le renouvellement des nappes phréatiques provenant des intérieurs coquets des CSP+ , un lot de 16 chaussures attendaient patiemment devant la fenêtre. « Parce qu’ici aussi, on entre par la fenêtre ?« , demanda l’habitué d’Ivry.

Dimanche 17 août 2014

Je découvre les murs jaunes, un détail pour eux qui découvrent le lieu, et puis on rejoue la scène du dimanche précédent, ce déjeuner improvisé avec les uns, comme ce dîner avec les autres.

Samedi 16 août 2014

Comment montrer l’immensité ? Comment montrer le mythe des dunes de Tottori, la magie du vide perturbé par quelques traces, l’horizon comme jamais perdu dans la brume et la pluie ?

Et le soir, soudain, voilà qu’ils parlent italien.

Tottori, dunes de sable

Vendredi 15 août 2014

La baie d’Amanohashidate où, après un bain improvisé, on petit-déjeune à 9h22 de nouilles et de tempura. Les courbes vertes de la côte qui nous rappelle l’abrupte arborescence de certains espaces méditerranéens. Kinosaki et son majestueux onsen malheureusement sans bain froid. Et enfin Tottori, où les jeunes femmes femmes ont sorti leur kimono pour ce soir de hanabi. On dit que tout le chic de cet habit vient du nœud, là, dans le dos. Alors on les regarde, on l’on compare, peut-être un peu moqueurs, en tout cas parfois surpris ; et quelques voix font Ooooooh.



Jeudi 14 août 2014

Les voilà partis, et nous aussi, mais par pour la même destination et de manière moins définitive. La voiture louée n’est pas un de ces modèles typiques, parallélépipédiques, mais inclue un GPS, lui, bien typique (c’est à dire dont la version anglaise reste écrite en japonais et qu’on ne peut pas éteindre, etc.) et d’autant plus inutile que pour éviter les bouchons nous sommes partis… ailleurs, oubliant pour quelques heures la destination saisie par le loueur de voiture. Au nord, donc, direction Obama, où le soleil et la plage nous attendaient, puis, après une longue et belle route côtière, Miyazu, cité peut-être rendue un peu triste par cet immense centre commercial, cité bordant pourtant l’un des plus beaux paysages du Japon.

Et là, après ce repas dont on se souviendra, ils dansaient. Et dansèrent encore.

Mercredi 13 août 2014

C’était l’idée de départ, un restaurant de yakitori, proposition amusante et locale d’un repas de départ qui leur plairait, qui changerait. Et puis faute d’une adresse, nous voici ailleurs, ce restaurant coréen où il faut attendre. Attendre. Attendre. Longtemps. Trop. Même pas avec un verre ? Nous repartons, la patience a ses limites mais nous a permis d’acheter trois jolies tasses. Au hasard des rues, c’est sur dans un yakitori que nous entrons. Moment amusant et local qui leur aura plu.

Lundi 11 août 2014

La rivière était brune, rapide, bruyante, regardée d’un air abattu par les aigrettes n’y voyant plus le moindre poisson à gober.

Dimanche 10 août 2014

La pluie, encore elle, annula l’idée d’une visite de ton quotidien. On la remplaça – la visite -, par un déjeuner, puis, calmée – la pluie -, par ce temple après tout pas si loin où l’on croisa quelques parapluies et l’incomparable mollesse de quelques sucreries.

Samedi 9 août 2014

Alors attention chers auditeurs, à l’approche du cyclone on annonce 100% d’humidité. Dans l’air ? Non, dans les chaussures.

Vendredi 8 août 2014

Chez Circus, boutique de café, c’est à chaque fois le même plaisir : l’odeur du café. Je n’y suis jamais entré, mais l’odeur envahit avec douceur la vingtaine de mètres alentours. Je me retourne toujours, en attendant au feu que le piéton passe au vert, pour y voir je ne sais quoi, les corps sans tête des clients, visages masqués derrière les petites rideaux. Cette fois-ci, me retournant encore, j’y ai vu un joli hasard. Posée sur la coffee table en bois, une toupie, LA toupie, celle que tu as conservée en France et qui, quelque temps, est restée posée sur les caisses métalliques, attendant son sort et un carton.

Jeudi 7 août 2014

Il fait du stop, il fait nuit, il y a une brume improbable, les phares des voitures donnent un peu d’espoir à Llewyn Davis et les plus belles images du film des frères Coen. C’est une première pour moi, cette séance de cinéma au Japon. V.O. (j’allais dire bien sûr) et sous-titres locaux qui m’attirent l’œil pour décortiquer les caractères japonais, parfois moins obscurs que l’accent de celui qu’il vient d’abandonner, ronflant, dans la voiture.

Mercredi 6 août 2014

Au bord de la piscine, on boit une bière en grignotant cette salade de tofu qui fait un peu office de cacahuètes… A gauche une église d’on ne sait où (en toc ?), blanche sous la lumière parce qu’il fait déjà nuit. A droite un bâtiment imposant (en béton !), gris sous moins de lumière, gris de toute façon. Et donc au bord cette piscine, qui n’aura de piscine que le nom et l’aspect, pas la fonction. Essayez donc d’y nager !

Mardi 5 août 2014

La voix de Duras à la radio, en podcast évidemment (parce qu’avec le décalage horaire vous comprenez… La voix de Duras ! À chaque fois que je l’entends je me demande s’il y en a une autre qui me fait un tel effet. La voix de Duras ce soir en écho au film regardé hier. Privilège ?, se demanderont les curieux quand ils sauront de quel film il s’agit. Qu’importe, car surtout petit bonheur, cette fenêtre sur la femme cinéaste que je connais à peine, Le Camion c’est tout, c’est à ne pas y croire, quand je te le dis tu n’y crois pas. Pourquoi, pourquoi on passe à côté de telles évidences ? Sûrement parce qu’il faut le cinéma, le lieu, être assis, dans le noir, être englobé, et regarder. Un cycle à Kyoto bientôt, parait-il…

Lundi 4 août 2014

Cher toi,

Trois semaines déjà. Petit à petit, ce que je percevais plutôt comme un moment de vacances (la chaleur, les découvertes, le bord de la rivière) ponctué d’obligations (les achats de meubles, l’administration) a pris la forme d’un quotidien réel, ancré, défini, définitif. Une nouvelle fois, ce lundi, je suis resté à la maison. J’omets l’aller-retour pour faire deux courses – le pressing, le dîner, de l’anti-moustique à la boîte si jolie qu’on est presque ravis d’être envahis de ces satanées bestioles qui au matin, agrippées au mur, te regardent comme regardaient les oiseaux chez Hitchock. Ce lundi, donc, me voilà sans prendre mon vélo pour aller dans le centre de la ville. Le temps était incertain – il a d’ailleurs plu vers 14h, une de ces averses japonaises, drues, nettes, éphémères – et je n’avais rien d’important à faire en dehors d’ici – les tuteurs pour les pieds de tomates attendront demain.

Les nouveaux meubles arrivés (et montés) hier donnent à la maison ce côté définitif de se sentir chez soi, bien plus que depuis le premier jour où nous y avons dormi – il y a deux mois maintenant ! C’est peut-être ce qui m’a aidé à travailler ce matin, ce sentiment d’être là, au bon endroit, plus que vendredi puisque trainait encore par terre et sur le bureau un certain foutoir, plus que vendredi alors que j’y avais réellement profité du cadre, du calme, de l’air de la terrasse – mais sans la table basse pour y poser livres et pieds – où cette portion de toit permet de regarder la pluie, quelques éclaboussures au passage. Les nouveaux meubles donnent aussi un peu de couleur à cet ensemble gris, bois, blanc, béton ; ce n’est pas, tu l’imagines, pour me déplaire.

L’aménagement du sous-sol en chambre d’ami est semble-t-il un bon choix, fortement apprécié par ceux qui l’ont testé, par toi aussi un jour j’espère. Il nous reste à trouver de quoi masquer ce qui (conserves, cartons, valises, etc.) y a sa place depuis l’origine. Vendredi, nous avons pour la première fois testé cette pièce pour y regarder un long métrage. Le film était magnifique – je ne sais pas si la mort de quelqu’un peut être montrée d’une manière plus belle – et ce moment avec Ch nous installait, là-aussi, dans l’idée d’être chez nous.

Et toi ? Tu me raconteras Lectoure !

Je t’embrasse,

A.

Dimanche 3 août 2014

C’est une sorte de grand écart, entre l’odeur de peinture de l’atelier d’un artiste contemporain et l’odeur de barbecue d’une sorte de village gastronomique sur les bords de la Kamogawa, entre la quête de la perfection et la quête des plaisirs simples, entre les explications et nos visages ne comprenant pas.

Vendredi 1er août 2014

Chez mes grands-parents, lorsque j’étais enfant, et même peut-être adolescent, je rapportais souvent de mes promenades, c’est à dire lorsque je « descendais dans les bois » sans m’aventurer ailleurs, des bouquets de graminées. C’était dans mon souvenir toujours le même bouquet agrémenté de fleurs de saison, mais c’est peut-être toujours le même souvenir, se terminant dans le petit vase bleu fêlé. Les bouquets que l’on fait ici, en piochant en bordure du champ de longues tiges dont on ignore le nom et l’usage éventuel, me rappelle ces moments, même s’il y manque la fleur de saison. On la remplace par le millepertuis qui pousse devant le pas de la porte, ou par quelques fleurs achetées au supermarché ou chez le fleuriste, triste fleuriste aux fleurs trop raides. C’est alors un autre souvenir qui surgit, cette scène de Six Feet Under où Ruth tente de faire un bouquet, et nous rions ensemble, la triste mine du fleuriste balayée par une imitation.

(Et puis retrouver le cinéma. Peut-on filmer la mort de manière plus belle et poignante ?)

Jeudi 31 juillet 2014

Derrière le comptoir d’accueil, une femme. L’air plutôt strict, sans faire d’effort linguistique, elle pourrait modifier l’opinion que j’avais sur les employés du service de l’immigration – sympathiques. Je lui parle dans un anglais le plus articulé possible, elle répète le dernier mot, j’acquiesce en japonais et puis je vais attendre, le ventre vide et le numéro 518 en main. Quand elle revient, mon numéro s’affiche ; un grand sourire aussi, sur son visage.

Mardi 29 juillet 2014

Surprise, elle me dit en japonais que mes lunettes sont très belles, c’est du moins, par son sourire et son geste de la main – une boucle désignant mes yeux -, ce que je comprends. On s’est pourtant vus depuis mon retour et donc depuis cette nouvelle paire bicolore, je me dis que c’est la coiffure qui change tout, il a suffi d’un peu de gel dans les cheveux pour offrir à cet accessoire – qui n’en est pas un – ce qu’il mérite d’attention. Elle me dit ensuite qu’il faut aller à Shimogamo shrine : c’est le dernier jour. Nous y voilà donc, et je dis que la dernière fois que j’ai fait une procession avec une bougie j’avais 13 ans, c’était à Lourdes et on chantait l’Ave Maria. Mais je ne crois pas que je chantais.

Lundi 28 juillet 2014

Le petit appareil photo ne permet pas tout, et je vous laisse imaginer le coucher de soleil depuis les hauteurs de Kyoto University of Art and Design, cette vue magnifique qui surprend toujours, car lorsqu’on arrive et monte l’immense escalier, on ne pense pas à se retourner. C’était après la conférence de José Lévy sur son travail : couleurs, matières, lumières, miroirs, dorures, oiseaux… une délicatesse qu’on regarderait des heures, un peu comme un coucher de soleil.

Dimanche 27 juillet 2014

Fushimi Inari est ce type d’endroit qu’on aime encore plus sous la pluie. Je dis peut-être ça pour me satisfaire d’y être allé pour la deuxième fois un jour de pluie, mais je crois que la moiteur, la brume – moins importante cette fois, malheureusement – et le scintillement des gouttes sur les tori au milieu de la forêt sombre lui offre un charme indéniable… qui ne fait pas fuir les touristes. On me dit que c’est le lieu le plus visité au Japon à présent ? Je ne sais pas si c’est vrai, mais, comme disait la chanson, la solitude, ici, ça n’existe pas. On conseillera néanmoins au visiteur avisé de se munir d’un parapluie ou d’un vêtement imperméable s’il lui prend l’idée de choisir ce charmant petit chemin qu’il croit être un raccourci.

Mais vous reprendrez bien un peu de gaspacho ?

Fushimi Inari

Samedi 26 juillet 2014

On a beau, ici même, éviter les sujets météorologiques, on notera tout de même que la campagne d’Ohara fut baignée d’un soleil de plomb. Repenser aux flocons tombant sur le Sanzen-in en décembre 2011 ne suffisant pas à se rafraichir, quelques pieds trempés en bas de la cascade qu’on aimait tant retrouver en juillet 2012 ; on y lisait Duras après un bento, accompagnés parfois dans ce moment délicat par quelques ouvriers profitant de leur pause-déjeuner.

Vendredi 25 juillet 2014

Aux puces, il faut y aller tôt. Avant la chaleur, même si à 7h20 elle est déjà là. Avant ton travail. Avant la foule. Avant que quelqu’un d’autre ait acheté ce qu’on cherche, de la vaisselle bien sûr, et puis cet album de photos anciennes. Nous voici témoin d’un autre temps, loin, même si on ignore les dates ; on cherche les airs de famille dans les regards, les postures ; on constate les bouches figées ; on imagine celui-là partir pour la guerre ; on s’étonne de ces tirages de 2004, reproductions médiocres, visages, zooms… souvenirs ?

Jeudi 24 juillet 2014

(…) il ne participait pas aux valeurs de la bourgeoisie, dont il ne pouvait s’indigner, puisqu’elles n’étaient à ses yeux que des scènes de langage, relevant du genre romanesque ; il participait seulement à son art de vivre.

Roland Barthes par Roland Barthes

Et les voici enfin, elle revenant avec ses souvenirs et cette envie de revoir les îles, lui arrivant avec ce regard qui découvre – chanceux, si jeune.


Mercredi 23 juillet 2014

« Le lecteur est donc invité à n’y voir que les choses, gestes paroles, événements qui sont rapportés, sans chercher à leur donner ni plus ni moins de signification que dans sa propre vie, ou sa propre mort. »

Alain Robbe-Grillet, préface à Dans le labyrinthe.

Le livre a été enregistré à la bibliothèque Paul Claudel le 12.10.1966. Du même auteur, il est noté trois ouvrages : Les Gommes, Le Voyeur, La Jalousie. Pour chacun d’eux, il est précisé : roman.

C’aurait alors pu être une journée faite uniquement de mots, puisque entre la terrasse et la bibliothèque, il y a ceux recopiés dans le carnet rouge offert par Fred, ceux de Robbe-Grillet et de Barthes, par exemple lorsque celui-ci désigne les hortensias, entre deux parenthèses, fleur ingrate du Sud-Ouest.

C’aurait pu être une journée sans photographies, afin de voyager léger.  Mais le Pentax acheté en juillet 2003 n’a pas encore dit son dernier mot et permit – et permettra – d’imager. Pourtant, de la visite du magnifique bâtiment de l’EFEO, point d’image. Comment, alors, vous faire imaginer ?

Mardi 22 juillet 2014

Il suffisait que les tomates ne soient pas prêtes et que l’on me dise de revenir dans 10 minutes ; j’ai pris le temps d’aller un peu plus loin et de tourner à droite. Je n’avais ni mon appareil photo ni mes téléphones, juste de quoi acheter ces tomates et du pain, si possible. A droite, au bout de la rue, il y avait, imaginez, les montagnes. Vertes. Le ciel était voilé, il l’avait été toute la journée, c’était plutôt mieux pour aller jusqu’à Oike voir l’exposition Apichatpong, belle, belle exposition, lumineuse, parfaite peut-être, dont j’étais revenu à vélo par les petites rues après avoir longé l’imposant château de Nijo, et au supermarché, amusé, j’avais goûté tout ce qu’ils voulaient nous faire goûter – pêche, pieuvre, friture, bœuf – dans un brouhaha de voix appelant à la consommation.
Vertes, donc, les montagnes, vert sombre, plus ou moins sombre en fonction des arbres bien sûr, vertes sous le ciel voilé, et le soleil diffusant sa lumière en face puisque ici aussi il se couche à l’ouest. Face à elles je me suis arrêté et j’ai compris que c’était ça qu’on était venu chercher.

Au retour, tomates, pain, découvertes de ce qui se cache derrière certaines façades du quartier et par bonheur tu es déjà là. Alors sur les bords de la Kamogawa une bière, la lumière qui décline, une grand-mère et sa radio, des vols de hérons.

Lundi 21 juillet 2014

Au-delà des envies il y a le raisonnable et l’impossible, mais nous trouvons aux puces de quoi nous satisfaire – un plat, un vase, des agrumes.

Au-delà de la fascination et de l’imaginaire il y a la réalité des maisons de geishas comme celle visitée ce matin, au-delà des images il y a ce mélange d’autrefois et d’aujourd’hui.

Au-delà des cimes il y avait Kyôto : Arashiyama a toujours ce charme, cette beauté des alentours de la ville, et quand on marche un peu, cette force plongée dans un semblant de brume en fin d’après-midi. Arashiyama a aussi une « great view », c’est écrit, je confirme. En ce jour de la mer – jour férié -, on n’avait pas besoin de l’océan pour fixer l’horizon.

Arashiyama - Kyoto

Dimanche 20 juillet 2014

Ce Shozan, on ne savait pas trop ce que cela pouvait être : un temple ? un jardin ? C’est un jardin et quelques bâtisses d’un autre temps voire – puisque déplacées – d’un autre lieu. C’est surtout, sur le chemin, une jardinerie, quelques pots, quelques plantes (érable, star grass), complétées l’après-midi par des comparses (pieds de tomates, basilic) et de quoi faire une expédition en scooter en trouvant dommage que les tapis ne soient pas volants.

Samedi 19 juillet 2014

Nous retournons à ce qu’elle appelle la Forêt Imaginaire, je reviens avec un grand angle mais ce n’est pas forcément facile, bien que forcément plus adapté. Dans les magasins de meubles on erre sans surprise, contrairement au soir tandis qu’on suit les flèches, apercevant au travers des murs arbres et lumières… autre forêt imaginaire ? On reviendra demain, sans ces lumières-là.

Vendredi 18 juillet 2014

Médiathèque de l’Institut franco-japonais du Kansai. Sur une étagère, un essai d’autrefois : Les romans de Robbe-Grillet. Préface de Roland Barthes. J’ouvre, commence à lire, retrouvant ce plaisir savant teinté de la sensation curieusement presque agréable de ne pas tout saisir, retrouvant ce besoin de devoir insister pour se concentrer et comprendre – bien plus que sur les notices Ikéa suivies rigoureusement le matin -, comme si je profitais du texte sans y creuser le sens, ce qui tombait à point nommé puisque Barthes parle dans la préface de l’être-là d’un texte.

Le soir, premier dîner entre amis, première (terrible) erreur entre gauche et droite pour expliquer où nous habitons, premier hanabi faisant sortir les voisins pour regarder au loin (sur les bords du lac Biwa ?) les étoiles multicolores et fugaces des feux d’artifice.

Concours de lancer d'avions en papier

Jeudi 17 juillet 2014

On passe d’anecdotes en souvenirs, elles prennent leurs marques et rêvent de la découverte de fondations claudeliennes, il fait défiler les souvenirs de la construction et dans le couloir la lumière est bleue, contraste saisissant avec la chaleur extérieure.

Un peu plus tard, après une vaine première étape administrative à la mairie du quartier et avant les vaines tentatives d’explication sur les dysfonctionnements d’Internet, une témoin de Jéhovah correctement francophone tentait de comprendre qui était cet Hector Guimard.

Mercredi 16 juillet 2014

Effervescence. Les visages sont éblouis, surpris, passionnés… épongés. Dans la chaleur des rues dont l’orthogonalité – et l’idée de l’horizon – me fait encore une fois aller dans le mauvais sens, le japonais – local ou touriste venu spécialement pour la Gion Matsuri – profite des éventails publicitaires et, inexorablement, caricaturalement, prend des photographies. Les chars sont pris d’assaut, comme un oxymore ou je ne sais quel symbole pacifiste… J’attrape au vol quelques visages qu’on verra peut-être ailleurs avant de m’attaquer à une autre difficulté photographique : montrer l’espace dans la double exiguïté d’une jolie maison et d’un objectif 50mm.

Mardi 15 juillet 2014

La légèreté. Pas celle du temps, puisque il fait loooouuuurd (private Lectoure joke) mais celle des moments, des images. Première sortie à vélo le long de la Kamogawa, légèreté des échassiers, des enfants qui sautillent sur les pierres qui traversent la rivière, de ce faon mangeant de l’herbe sur la berge, des bulles de savon faites par deux jeunes femmes que je regrette de ne pas avoir abordées pour les photographier, des immenses drapeaux que faisaient danser deux garçons… Légèreté des couleurs des jeux pour enfants : j’y crois voir des couleurs délavées par le soleil et le temps, mais l’explication est plutôt dans la symbolique japonaise de ces demi-teintes… ce qui n’est pas si éloigné.

Lundi 14 juillet 2014

Au temple Genko-an, deux fenêtres, l’une ronde, l’autre carrée, représentent pour la première l’accomplissement, la maturité, les lumières (au sens philosophique) et pour la seconde la confusion, l’ignorance, l’immaturité. C’est devant la première et la beauté de son cercle que l’on passerait des heures à méditer… si l’on n’était pas attendus à midi.

Nous voilà ensuite plongés dans deux bulles occidentales à l’opposé l’une de l’autre. D’une part la célébration – que je qualifierais de gourmande – du 14 juillet, d’autre part… Ikéa. Ikéa ? s’étonne le lecteur. Ikéa, confirmé-je, en ajoutant que ce n’était pas une mince expédition… Heureusement, haitatsu ga dekimasu.

Genko-an Temple - Satori no mado

Dimanche 13 juillet 2014

Quand elle est arrivée, parée de son yukata, son regard sur moi a eu un temps d’arrêt, très bref, pas de quoi donner un indice clair. Je t’ai glissé qu’elle ressemblait à cette fille vue le matin-même à Ohara ; le hasard aurait tout de même été étonnant. Nous venions de tester avec amusement les nagashi somen, ces nouilles de l’on attrape à la volée tandis qu’elles glissent le long d’un bambou et nous avions goûté d’autres délices, tout aussi frais – il fallait bien ça pour atténuer la moiteur. C’est en repartant, puisque j’avais remplacé mon yukata par mes vêtements du matin, que son sourire confirma mes doutes. – Where you in Ohara this morning – Yes

Samedi 12 juillet 2014

Kyoto ni sunde imasu.

On en est là, on peut le dire, je peux le dire – j’habite à Kyoto – pas officiellement, pas administrativement, mais géographiquement, visiblement, maritalement, amoureusement, idéalement, merveilleusement. Chaudement.

On en est là, le virage a été pris, reste à créer peut-être autre chose que ce journal, quelque chose en complément, j’imagine deux visions, deux paroles, deux objets. Plus de liberté ou de contraintes ?, je ne le sais pas encore.

Au rayon vin, du « Bon rouge », mais pour fêter ça on a retrouvé notre caviste, son pétillant et un Bordeaux abordable.

Mercredi 2 juillet 2014

Dans quelques boîtes rangées dans la remise restent encore de nombreux souvenirs et autres papiers, coupures, etc., conservés, parfois, sans vraiment savoir pourquoi, même si cette formule n’est qu’une formule (tout faite) et qu’on sait toujours pourquoi on les garde, ne serait que simplement pour le souvenir que ça évoque, la période, les petits riens englobant la petite chose.
Parmi tous les documents conservés, il y a ces quelques chroniques d’Olivier Dahan dans Libération, datant de 2001. Je ne les lisais parfois qu’en diagonale, mais j’y trouvais à l’époque un mélange de subversion (toute relative), de légèreté… et de nostalgie, aussi, je crois – celle de ces années d’insouciance où j’allais clubber chaque samedi soir au Tuxedo. J’avais donc conservé quelques chroniques pour ce qu’elles m’évoquaient plus que pour l’objet lui-même… Toujours est-il que, pour en conserver la trace avant de partir « là-bas », me voilà ce mercredi scannant deux ou trois papiers, lorsque apparut au verso d’une page du 26 mars 2001, un article sur Vincent D. Vincent était donc là au milieu de feuilles mortes et de cartes postales tachées de patafix. J’avais donc croisé son chemin dans ces revues et quotidiens trop survolés, trop vite jetés, rangés ou découpés, comme pour Philippe, Valérie ou toi, sans imaginer – pensez-vous, début 2001 ! -, sans imaginer du tout la suite, cette suite, toi, nous, eux, etc.

(Bon sinon je suis allé chez le coiffeur, mais c’est une autre histoire)

Dimanche 29 juin 2014

C’est, dès le départ, une émotion très forte. Une scène dans un taxi, une voix, une photo, le cinéma fragile, presque anodin, tellement maîtrisé et si poétique que j’aime tant et qui, cette fois plus que d’habitude, me bouleverse en un rien de temps. L’histoire – cette femme qui doit écrire – se teinte d’autre chose, ciné rêverie, ciné vertige, ciné possible. Possible en référence (utopique) à ce cinéma que j’aimerais faire moi-même, possible en référence à ce cinéma que l’on peut encore montrer et voir, à ce bonheur que l’on ressent en se disant que ça existe.
Images et mots se croisent et glissent dans un montage délicat transformant cette multitude risquée en une unité gracieuse. Et comme souvent au cinéma mon esprit alors divague, la poésie du récit m’entraîne vers une autre, celle des mots, mais dans le noir comment faire ? Au-delà de que l’on y raconte précisément, reste alors, quelques jours plus tard, un sentiment délicieux, celui d’avoir vu bien autre chose que cette femme qui doit écrire, celui d’avoir vu le cinéma transformer l’affrontement du réel en poésie.

C’est Le Vertige des possibles de Vivianne Perelmuter. C’est la difficulté d’écrire sur un film 4 jours après l’avoir vu.

Samedi 28 juin 2014

Elles seront donc rondes et bleu canard, une couleur de plus au milieu de cette journée, grise diront certains, arc-en-ciel insisteront d’autres.

Vendredi 27 juin 2014

Sur l’enveloppe, des initiales, un nombre entouré, rayé, corrigé. C’est une somme. La somme des moments passés. Sur la carte enrubannée, les souvenirs amusés, les petits mots pesés. J-5

Lundi 9 juin 2014

Retrouver (le supermarché). Regarder (le ciel). Ne pas parler (de ce qu’il est tombé). Avancer (sur l’affiche, le dossier de presse…). Apprécier (les jours fériés laissant le temps de revenir).

Dimanche 8 juin 2014

Ils ont colorisé Les Oiseaux, mais pas tous les oiseaux. La grande scène avec l’explosion marie avec insolence des façades, vêtements et voitures colorés et des oiseaux… gris, ou peut-être plutôt verdâtres, une teinte un peu passée, mais peut-être est-ce dû au petit écran de l’avion, qui, m’a ensuite permis de faire dans l’amusement animé avec Minuscules et dans le classique godardien avec À bout de souffle, qu’il fallait bien que je voie un jour, d’un œil un peu distrait, les autres yeux sur l’écran de l’ordi, le plateau repas ou le vocabulaire japonais pour apprendre que banane se dit banana.

NB du 28 juin. On me glisse à l’oreillette que Les Oiseaux ont été tournés en couleur.