Lundi 30 septembre 2013

Il faudrait que je révise mon petit Art nouveau illustré, car quand V me demanda de parler, là, sur ce boulevard de la République tellement typique, je bafouillai. Toi tu étais parti au Moulin, et le soir même je me dis qu’il était peut-être temps d’illustrer à nouveau, de mes propres mots, ce style 1900.

Samedi 28 septembre 2013

Avec « Swandown » on parcourut un bout d’Angleterre à pédalo, chez Gibert on retrouva Marcel Proust d’occasion, la galerie Loevenbruck exp(l)osait Alain Declercq et « Chronique d’un été » nous plongea en 1960. La jeune femme entra, noir et blanc impeccable, tu me demandas ce qu’on voyait. Les Halles, majestueuses.

Vendredi 27 septembre 2013

Pas autant fébrile que je l’imaginais, plutôt calme même, dirais-je, j’ouvre l’enveloppe, parcours les notes, ne sais pas vraiment sur quel nombre ou quelle ligne m’arrêter. En bas c’est… assez conséquent. Consécration ? Qu’on s’écarte, faut que je téléphone ! Quelles conséquences ? Le soir on se retrouve, tous, presque tous, lieu inédit. Quand c’est vous que je retrouve, toi et M, elle dit que je n’ai jamais été aussi souriant. Ah ?

Jeudi 26 septembre 2013

On n’est pas là pour comparer. Mais il y a toujours quelqu’un qui se détache. Au moins une personne. Deux ou trois peut-être. Ne serait-ce parce qu’on a les mêmes (tranche d’âge, milieu artistique, etc.). Avec P, sans rien dire on s’est un peu tourné autour je crois au début. Peut-être qu’elle me contredira. Est-ce que cela elle le lira ? Bref, ce jeudi on a dîné chez P, elle nous avait invités, elle avait soigneusement sélectionnés les autres convives, je n’avais pas trouvé de caviste en repartant du chien qui fume où J avait tenu absolument à prendre une petite assiette de fromages – après l’expo il lui fallait bien ça ? Finalement j’ai peu parlé au dîner, je crois : les bulles du début, l’envie d’écouter. Et puis on ne parle pas la bouche pleine, n’est-ce pas ?

Mardi 24 septembre 2013

Et puis il a suffi d’un compte linkedIn trouvé par le hasard relatif des réseaux sociaux et d’un mail dans lequel je demandais si ça allait mieux depuis le dernier (novembre). À la terrasse d’un café au métro Jussieu on s’est amusé de nos relations communes, de nos emplois communiquant et soudain du Japon. Dans ses yeux, le onsen de Kurama sous la neige. Dans les miens, l’imaginé : Onomitchi sous la lumière d’automne. Du Japon j’avais justement parlé peu avant, pour cette exposition qui verra le jour en 2014. Sur le grand mur j’imagine déjà quelque chose de nouveau, des mots – les miens. Mais les mots les meilleurs en ce 24 septembre furent ceux en provenance du Celsa. Noir sur blanc. Diplômé.

Mercredi 25 septembre 2013

Édith Scob, évidemment.

(En dire plus, pourquoi pas, parler de la diction, parler de la voix, parler du montage, du film entier, tout entier, de la poésie, des mots que je manque parce que pfiuttt je pense à autre chose, de l’horreur ressentie en réalisant que pfiuttt j’ai pensé à autre chose, comparer avec le deuxième film, préférer les objets moins scénarisés, malgré le cimetière et Mireille Perrier, Mireille ailleurs peut-être, persévérer et donc écrire ça : « Édith Scob, évidemment »)

Samedi 21 septembre 2013

Il faut vraiment supporter ça ? Toi tu quittes la salle tandis qu’ils s’engueulent comme deux crétins buttés ; moi je reste malgré l’insupportable, déçu par ce qu’a fait la réalisatrice de ses images du 6 mai, exaspéré par un peu tout, mais donc surtout déçu par cette plongée dans les foules politisées, pro-Sarkozy ou entassées rue de Solferino. Il ne me restera de La Bataille de Solferino que cette image, cet entassement, cette foule qui, à l’annonce du résultat, devient une vague, une exaltation, une exultation.

Je te retrouve à la terrasse, en compagnie amicale : hasard. Ils me demandent si j’ai aimé et puis on passe à autre chose, ce moment du matin pour le prix des jardins fleuris par exemple, cette ambiance loin de ce café Beaubourg ou même d’une foule rue de Solferino. Et puis on passe ailleurs, notre cantine, ce Bûcheron. Mezzelune.

Vendredi 20 septembre 2013

… Par exemple, est-ce que tu t’es jamais demandé si papa c’était une usine ou un paysage ? Et maman, c’est un paysage ou une usine ?

Cinémathèque. Godard. Numéro Deux.

Parfois, tu m’emmènes au cinéma : tu me prends par la main et tu m’entraînes sur les chemins escarpés du septième art, là où il faut prendre le risque d’aller pour voir un autre horizon, une autre Histoire, celle que je n’ai pas vue dans les encyclopédies, là où tu sais sûrement que ma curiosité et ma faim seront satisfaites malgré le heurt, le tunnel, les limites incroyables de ces espaces qu’ils ont dynamités, les questions. Godard, pour moi – mais je n’étais pas dupe, je me rappelais Film, Socialisme – c’était surtout trois films avec Anna Karina. Vous voyez quoi… Godard c’était fou, drôle, à part, peut-être génial. Avec Numéro deux, Godard c’est devenu des questions, du je-ne-sais-pas, la quête d’un sens, des peut-être et puis tu me demandes si après/grâce à la sémio je peux tirer quelque chose de ça, oui sûrement, mais non, je n’y arrive pas, juste que c’est un film mais que c’est autre chose, un combat, une baffe, une volonté. « Encore film politique alors ?« , dit-elle.

(Et avant il y avait eu un entretien avec Claude-Jean Philippe sorti des tiroirs, un truc improbable là aussi, bref…)

Jeudi 19 septembre 2013

Dans les mains, masquant éventuellement la couverture d’une carte postale, parce que sur la couverture est écrit « Comment manipuler l’opinion en démocratie« , un livre écrit en 1928, Propaganda d’Edward Bernays, neveu de Freud et père fondateur des relations publiques (que l’on écrit dorénavant relations publics mais ça ne change pas grand chose) : une autre plongée dans la comm, pour continuer à aller de l’intuitif à autre chose, à supposer que j’aie jamais cru en mes intuitions. Mais sur le chemin du retour, je reprends Marcel. Swann a un peu abandonné Odette pour retrouver les mondanités, et me voilà entraîné dans quelques pages d’une majesté sans égal, entre beauté des phrases et fines railleries. Autour ils peuvent bien grouiller, papoter ou m’annoncer les stations, le rythme syllabique m’entraîne d’un monocle à l’autre. Je ne referme l’ouvrage que pour faire connaissance avec Marie L ; elle accompagne Cécile puis on s’accompagne tous au Crédac, une fois n’est pas coutume. Nul monocle ne nous attend, juste quelques mondanités sans railleries.

Mercredi 18 septembre 2013

Surnom Saucisse, elle parle de l’entretien du lendemain, suite logique de nos quatre mois en commun où l’on fit connaissance ; je commande une deuxième blanche, l’heure a défilé sans m’alerter, c’est quand tu m’appelleras que le temps signalera sa présence.

Mardi 17 septembre 2013

« C’est moi, c’est moi Lola » : devant moi, dans la petite fenêtre, Romain Duris imite Anouk Aymée. Tu me demandes ce que c’est, je réponds 17 fois Cécile Cassard, tu réponds « Tiens et si on regardait ça ce soir ? », je réponds oui. C’est justement comme une réponse à la page 284 annotée ce matin… une sorte de douceur surabondante et de densité mystérieuse.

Lundi 16 septembre 2013

À la radio, on parle de ce parti dont je n’ai même pas envie de parler. C’est pourtant l’heure du café, une heure où je navigue un peu entre sommeil, réflexions météorologiques, hésitations pour une éventuelle cravate, regards intempestifs sur les différentes sources donnant l’heure. Il me vient alors à l’esprit ce texte survolé au printemps, et lu avec attention récemment.

« En combinant ces mesures, on peut conclure qu’une minorité convaincue de sa domination future et, par suite, disposée à s’exprimer, verra son opinion devenir dominante, si elle est confrontée à une majorité doutant que ses vues prévalent encore dans le futur, et donc moins disposée à les défendre en public. L’opinion de cette minorité devient une opinion qu’on ne peut désormais contredire sans courir le risque de quelque sanction. Elle passe ainsi du statut de simple opinion d’une faction à celui d’opinion publique.« 

Élisabeth Noëlle-Neumann – LA SPIRALE DU SILENCE (1989)

Dimanche 15 septembre

Jeune et Jolie, d’Ozon. Lady Oscar, de Demy. Sur écran plus ou moins grand, des femmes plus ou moins jeunes, des histoires avec un h plus ou moins majuscule, un plaisir plus ou moins fort… Fort quand Mme Rampling intervient ; ce n’est presque plus surprenant.

Samedi 14 septembre 2013

Est-ce que certains s’endorment chez le psy ? Moi j’ai terriblement somnolé, embarqué une fois de plus dans le confort d’un siège et de la nuit d’une salle de ciné. Difficile après cela de donner un avis digne de ce nom sur Jimmy P. (psychothérapie d’un indien des plaines), le dernier Desplechins. Mais cette sieste m’a mis en pleine forme pour l’exercice qui a suivi, exercice culinaire qui a fait défilé les surprises gustatives, le tourteau en gelée sous le gaspacho, la salade qui donne des ailes à la photo, le cèpe en beignet, la demi queue de homard, le dos de (quel poisson déjà ?), la cuisse de pigeon, le sorbet au yuzu, la crème brûlée revisitée (sic)… Ton anniversaire tout rond est devenu un moment qu’on n’oublierait jamais. Que n’oublierait peut-être pas non plus cette Japonaise qui s’écria en sortant des toilettes, les mains devant la bouche et les yeux effarés : « Ooooh mensu desu ? Oooooh i’m so sorry« .

Et le sanglier ? Il est où le sanglier, s’insurgea Obélix.

Jeudi 12 septembre 2013

62 jours, 14 photographes, 777 photographies sur quelques murs. Le compte n’y est pas vraiment, d’ailleurs nous ne sommes que 5 puis 6 participants, là, ce soir au vernissage, 6 à qui on s’adresse, à qui on demande « Et toi c’est lesquelles ?« . Parfois entre nous on se pose cette même question, on s’étonne « Ah c’est toi ça ?« , sorte de petite famille sans lien de parenté n’ayant même pas passé les vacances d’été ensemble, regardant l’album de ces deux mois. Je reste encore plein de bonheur de cette aventure quotidienne, et plein d’interrogations, de tentatives d’explication là il ne faudrait peut-être pas en chercher : la démarche, les moments, le pourquoi, le comment, les où, qui, les impressions… J’avais relu plus tôt les cinq réponses faites rapidement à Fabien un samedi, bof, tant pis, pouvais faire mieux…
Et puis surtout il y a ceux qui ont pu venir, ce qu’on n’a pas vus depuis quand ? pas revus depuis tant… Même JLM, voyez-vous ça, l’amitié faisant un détour entre deux provinces. Sur le chemin de chez J on l’abandonnera.

Mercredi 11 septembre 2013

La couleur était un peu trop rouge ; ce n’était pas prévu. Le vendeur m’a dit « Vous ne vous en seriez pas rendu compte« , j’ai trouvé ça un peu grossier, un peu gonflé, de toute façon je n’avais pas le choix, le chapeau je l’ai mis sous mon bras déçu, déjà chargé de victuailles. On a fêté comme il se doit cet anniversaire tout rond, il y avait aussi, bien emballés, trois petits objets japonais, sans souci de colori… âge.

Avant la nuit, Mastrioanni était enceint, c’était l’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune, il y avait même Mireille Mathieu et mon air assoupi…

(Et mon air à soupière ?)

Mardi 10 septembre 2013

Vouloir n’y pas penser c’est y penser encore.

p. 263

C’est un peu ça aussi, la lecture dans les transports, chercher dans les mots ceux qui glissent suffisamment pour ne plus vouloir ne plus penser à ce qui se passe autour, ça, cette femme qui parle très fort à son enfant, un ton condescendant, irritant, parce que l’enfant n’a pas pris les bonnes chaussures, ni la sucette, ni un tee-shirt. La femme qui lit Zweig cherche elle aussi les mots qui glissent, mais elle se retourne, cherche qui peut parler ainsi, cherche un visage pour savoir à quoi on peut ressembler quand on parle ainsi à un enfant qui ne répond rien.

Mon temps de lecture est plus long que d’habitude, aussi long qu’avant juillet, j’ai pris pour une fois le chemin de Neuilly, pour quelques visages et des échanges : Comment peut-on faire mieux ?

Lundi 9 septembre 2013

Il y a cette chanson de Françoise Hardy, où elle dit que même sous la pluie dans le vent mon amour je t’attends. Là, il y avait la pluie. Et des aller-retours à pieds et en métro, pour des impressions imprécises et des reliures à relire. Et quel rapport avec l’amour qu’on attend ? Aucun, le mien ne m’attendait pas si tôt.

Dimanche 8 septembre 2013

– Je crois que tout à coup elle ne s’est pas vu rentrer avec un type comme moi à la maison.
– Mais elle y pense le jour du mariage ?
– Ben c’est justement le mariage qui lui a fait penser au mariage, par association d’idées.


Samedi 7 septembre 2013

Voir complets les murs de la galerie Vivoequidem.

Chercher ici ou là des cadeaux, avoir l’impression que l’impossible fête lui aussi son anniversaire.

Croiser, ô hasard,  JF&N dans une improbable supérette, un air de Queen, des crackers au sésame et au miel.

Du Gare du Nord de Claire Simon, vouloir retenir les moments de grâce : ces mots, le ciel dont cette femme parle, Nicole Garcia qui reprend les paroles, lui qui dit qu’il dégraffera son corsage…

Vendredi 6 septembre 2013

L’une porte des tongs, un short en jeans très court. L’autre un débardeur, un short à peine plus long. Leurs tenues sont à l’été, mais dehors on ne sait pas trop. Lorsque les premières gouttes commencent à frapper la vitre du RER, elles se regardent vaguement, pas de parole, une moue légère. De l’indifférence. Elles n’ont pas idée des hallebardes qui frapperont leur destination peu après. Elles n’ont pas l’attitude de ce lycéen qui dans le bus s’écriera le soir : « P’tain, j’ai oublié ! J’devais acheter un camembert pour ma mère, ouais p’tain j’ai oublié… Ouais j’devais lui acheter un cœur de lion« . Sa mère il appellera, s’excusera platement, tout ça pour une embrouille qui lui a fait oublié le camembert. Un cœur de lion, vous vous rappelez ? Et moi j’hésiterai presque à rester pour le poulet.

Jeudi 5 novembre 2013

À peine Yvette aperçue que je filoche, attendu ailleurs, ailleurs où quand j’arrive il est déjà plus ou moins tard. Ils sont 5, plus tard un de plus, et j’en ai retenu quoi ?
– « Moi Twitter ça me saoule, j’ai juste retweeté un tweet d’Obama. »
– « Bordeaux, c’est très joli, y a des toilettes partout. »
– « Personne ne veut un dessert avec moi ? »
– « T’as qu’à demander à la police socialiste.« 

Mercredi 4 septembre 2013

La petite table a les pieds dans l’eau, bientôt moi aussi ; tu as arrosé. Le maquereau est aux gingembre, les fraises aussi, mais pour faire passer toute cette délicieuse acidité voici que Vincent D. est chez Laure A. Les pieds au sec ?

Mardi 3 septembre 2013

Commencer la journée dans un bureau du treizième pour travailler plus (pour gagner plus…), poser les questions et les jalons, chercher les contours pour mieux les dessiner. Finir la journée dans un RER qui a des airs de plage : il fait si chaud que certains ont gardé leurs lunettes de soleil et leur Heineken, qu’un autre porte un tee-shirt au motifs africains. Il redresse sa moustache délicatement tandis que ma musique couvre leurs paroles à eux ; que se disent-ils en souriant ?

Sur la banquette en osier tu m’attends, content, les bras croisés sur ce nouvel achat. On file au cinéma, Grand Central, étouffant, oppressant, il fait chaud là aussi, les cadrages sont serrés, les êtres aussi. C’est quand Laure Adler parle avec (qui déjà ?) que tout s’allège, tandis qu’on équeute.

Lundi 2 septembre 2013

Philport lui a écrit « tu as oublié ton écran solaire« . Dans sa réponse que je ne peux manquer en raison de nos positions respectives dans ce métro matinal, elle lui répond que de toute façon cé pa dans son sombre bureau de l’Île St Louis qu’elle va en avoir besoin. Elle est de toute façon déjà très bronzée. Elle tendrait sous certaines lumières vers l’abricot évoqué hier, celui du livre Marseille en autobus que je commence à peine à lire. Dans le RER suivant, après un trajet sous le ciel de Paris, histoire de reprendre doucement, je m’étonne de certaines phrases, plutôt biffables, mais l’objet reste un exemple à garder en tête. « Un joli livre » me dit alors M que voilà sur le hasard du dernier quai ; « C’était bien les vacances ? »

Dimanche 1er septembre 2013

En général, lorsque nous allons au Jeu de Paume, nous passons par les Tuileries depuis le Palais Royal. Cette fois également, nous sommes passés par les Tuileries depuis le Palais Royal, après avoir bu un café probablement hors de prix et avoir rapidement regardé les objets de la boutique des Arts décoratifs ; probablement abordables ? J’avais repris mes habitudes, mon habitude, c’est-à-dire mon appareil photo mais je n’ai pas fait de photographies dans le jardin. Seulement tes mains à la terrasse de ce café.

Au Jeu de Paume, après Ahlam Shibli et Lorna Simpson, c’est à la librairie que la photographie me tend encore les bras : Alan Sekula parce que tu me dis que P le cite souvent… et  le Marseille en autobus de Plossu et sa couverture au papier abricot dont la matière est caressable, mais sûrement moins que les tirages sur feutre de Lorna Simpson – dont certaines pièces m’ont vraiment plu, mais vous savez je ne suis jamais très disert.

Et c’est à 17 qu’on déjeune ; il fallait que la volaille mijote.

Samedi 31 août 2013

C’est au 103 bd Beaumarchais qu’on s’est retrouvés. 13h, c’était convenu ; surprise nostalgique pour J. À 21 h c’était ailleurs, moins surprenant peut-être, il devait bien s’attendre à ne pas être seul. Autour de nous des sourires, des barbus, peu de filles, O, B, S, ou un type à casquette que finalement personne ne connaissait réellement. Il croyait t’avoir déjà vu. As-tu compris le nom de l’acteur qui le faisait… ?

Et puis on s’est éclipsé. Dans la rue, à 22h37, j’ai envoyé ma dernière photo prise à 21h44, il faisait doux, c’était tout à fait ça. Dans le métro, le nez vaguement dans des soupirs de langue asiatique, il faisait plutôt curieusement chaud. Tu lisais ce livre au titre un peu facile que le lendemain tu m’as tendu, sans enthousiasme. En face il avait l’air pensif, dans sa chemise à carreaux.

24 – 28 août 2013

Le cocher, qui ne semblait pas disposé à causer, ayant à peine répondu à mes propos, force me fut, faute d’autre compagnie, de me rabattre sur celle de moi-même et d’essayer de me rappeler mes clochers.

Du côté de chez Swann

On continue, comme dans La Recherche (dans la page en face de l’extrait ci-dessus), à ne demander rien d’autre à la vie que de se composer toujours d’une suite d’heureux après-midi. Sur le chemin du retour, je découvre le doux intérieur et le petit jardin de Rezé après avoir revu Nantes, brièvement ; les souvenirs s’entremêlent, un concert de Placebo, un ami perdu de vue, un autrefois qui ne m’évoque je crois aucune nostalgie. L’arrêt familial en Saintonge est assez bref, doux, il laisse le temps d’un cheval, d’oies, de vaches au poil humide à la fin du dimanche. Et c’est ensuite Limoges, autre arrêt familial et une autre famille, une famille qui s’étend puisqu’ils emménagent, qu’il faut monter le frigo et qu’on fait connaissance. C’est enfin la campagne charentaise, une autre, qui pousse jusqu’à Rouillac pour la foire mensuelle. Et c’est alors qu’au milieu de cette ruralité ensoleillée au déjeuner gorgé de gras de porc et de mayonnaise, assis à ma table ils font connaissances. Elle tient le stand de meringue où J s’est libérée d’une envie ; lui, il habite là, en face, la maison derrière le camion du primeur. 13 ans de veuvage pour elle, 7 pour lui. Elle est assez fataliste, mais de ses paroles à lui sourd l’insupportable. Ça ne peut plus durer, dit-il.

17 – 23 août 2013

Une semaine de Bretagne, tout là-bas, au-dessus de Brest : Coat-Méal. Il m’en a fallu du temps pour retenir le nom, pour ne pas inverser les dernières consonnes. Finistère nord, sept jours calmes, doux, ensoleillés. Indolents, a dit Denis. La pluie ? Presque ignorée. Sept jours de plaisir(s) : ne rien faire, paresser, lire Écoute la pluie, écrire, lire La Recherche, regarder le ciel, essayer de prendre les ragazzi locaux ou le curé en photo, se plaindre vaguement du roucoulement qui rompt le rythme des pages, regarder la jeunesse me rappeler la mienne devant une assiette de légumes, se dire que l’eau est froide mais y nager un peu quand même, éviter les algues, manger, regarder l’horizon ou les cerfs-volants, chanter au volant, boire, dormir, regarder les touches de couleurs sur la plage et en décrire la multitude dans le petit carnet gris qui sent maintenant le sable, regretter un peu la foule, gémir d’un flan, en reprendre, regarder les corps, être content de ce maillot que tu m’as offert, regarder les photos du Japon, reculer de l’odeur de renfermé dans le bazar, surexposer et flouter ceux qui jouent sur la plage, regarder les couleurs vives des grues à Brest, imaginer des soirées libertines chez les propriétaires, regarder le soleil.


Vendredi 16 août 2013

– Il n’y a personne à cette place, si vous voulez y mettre vos affaires…
– Comment savez-vous ?

Cette construction interrogative, sa voix, son port de tête, elle pourrait sortir du Proust que j’hésite à poursuivre dans ce TGV ; et en effet finalement tout d’abord j’écris. Elle pourrait aussi être la sœur de Laetitia Casta ; dans quel rôle cette petite robe à fleurs ?

Jeudi 15 août 2013

On avait mis sur la liste et installés autour de la table des visages pas vus depuis bien longtemps, et sous le soleil ou l’ombre on se prélassa. Tu m’entraînas ensuite là où nous sommes rares à être entrés : cette histoire – ces histoires – inouïes, inuit.

Mercredi 14 août 2013

Dans le RER B qui m’éloigne de la Gare du Nord, je veille sur la photo que j’ai enfin récupérée. Le petit garçon est épuisé, comme tant d’autres. Regardez-nous, nous étouffons. Comme si la chaleur soudain revenue nous frapper, n’en déplaise aux marabouts qui prédisent toujours que c’est la fin de l’été — et soudain je pense à la chanson de Françoise Hardy, La Fin de l’été justement, Alors je voudrais bien savoir le pourquoi, qui me fait rester là près de toi, sous la pluie, ce soir — oui donc la chaleur, comme si on en avait perdu l’habitude ou quelque chose comme ça, était plus maligne, sournoise, dure, mal aimable. Je te retrouve au Luxembourg, ce jardin que je connais bien peu ; tu t’en étonnes. La buvette ? Oui, la buvette, où le vin est moins cher que les sodas ; ça vous étonne ?

Chez O, ils sont déjà presque tous arrivés, dont ce garçon dont j’ai regretté hier de n’avoir pas lu ce qu’il avait écrit en préface de ce livre offert par JLM. Avec V ont parle des Pouilles, avec R on sourit de L, quand D glisse sa main en face le cognac est déjà arrivé sur la table basse, et puis ce piano qu’on ouvre et revoici Françoise H ; ça sert à ça le cognac, à ouvrir la voix.

Lundi 12 août 2013

C’est un rythme qui s’installe : une exposition par an. Les dates 2014 ne sont pas encore fixées, mais le rendez-vous est pris et la série « Vous suivre » retrouvera d’autres cimaises, peut-être tronquée, sûrement complétée. Enrichie ?

C’est un rythme qui s’installe : une traversée longue et rude, car certains jadis, étaient prêts à tout pour quelques pépites. Jusqu’à risquer leur vie dans le film Gold, western allemand où l’avidité et l’amour sont une fois de plus ce qui fait marcher le monde.

Dimanche 11 août 2013

Longtemps, je me suis couché de bonne heure.

Longtemps, je me suis dit que je n’oserai jamais m’y attaquer, sentant pourtant l’inévitable arriver, sentant aussi le plaisir, sans savoir pourquoi, le plaisir de lire ça, ça, je vous épargne les majuscules et les exclamations, oui ça. Sur le petit carnet gris j’ai écrit « choisir extrait -> jusqu’à la page 34« .  Je ne sais plus si chez M&G on en a parlé, peut-être oui, ah oui je me rappelle, tu étais étonné que j’aie ri. Les 25 — vingt-cinq seulement, quelle hérésie — premières pages de la recherche m’ont déjà fait vibrer et rire, et si j’osais ce journal reprendrait chaque virgule, chaque trait, chaque émotion.

Samedi 10 août 2013

Il suffit d’aller au bout de la ligne 10, mais ce bout là-bas côté ouest, celui qu’on ne fréquente pas, pour découvrir (enfin, depuis le temps qu’on en parle), un admirable coin de verdure aux couleurs choisies, aux recoins japonisant qui nous rappellent que dans deux mois, nous y serons à nouveau. Le jardin Albert Kahn est un hymne à la sérénité, à la couleur, au calme. Le musée est peut-être trop bavard, les cartels parlant pour rien puisque je ne les lirai pas, l’esprit ailleurs, dans ce Japon des années 20, dans ces lointains, dans ces drapeaux accrochés avec joie fin 1918. Et les regards d’hier vous accrochent dans d’improbables coloris.

Vendredi 9 août 2013

Madonna chante « I can’t help falling in love » et la femme pleure, soutenant son visage d’un poing ferme. À ses pieds une valise marron. Dans la sélection de morceaux savamment intitulée « RER hop hop » qui m’accompagne, une autre chanson pop et légère aux paroles presque opposées, ç’aurait pu être le fond musical de cette discussion avec F, son été, moi médusé. Mais son Italie s’éloigne et je m’imagine là, la foule autour de moi dansant insignifiante aux annonces de station.

On reste pop, mais pop art, avec l’expo Liechtenstein à Beaubourg, histoire de découvrir autre chose que les célébrissimes blondes en pleurs et autres Whaam, puis on passe aux Whaaaa (et autres onomatopées étonnées ou hilares) pour un dîner japonais avec B&J (Non, pas Ben & Jerry).

Jeudi 8 août

En franchissant l’entrée je te dis que ça sent l’hiver. Les dimanches d’hiver devrais-je préciser. Dans le four un poulet, odeur douce, agréable, chaleureuse, gourmande. Et Cléo de 5 à 7 pour clore la journée, vois-tu que je m’endors ?

Samedi 3 août

Lectoure. Chaque année (ou presque, diront ceux qui suivent) on s’y retrouve. On ? Un on qui change, les uns s’en vont les autres viennent, les uns pardon ? les autres reviennent.  Lectoure, plaisir photographique gersois, et une cuvée 2013 passionnante, qui ne laisse que quelques moues fugaces sur un taureau dans une douve ou devant un jeu de miroir. Il y aurait tant à dire qu’on pourrait presque faire l’impasse sur la photographie, se replier sur le partage amical que ces moments génèrent, potacheries et évidences. Mes deux coups de cœur qui s’accrochent à mes souvenirs : les portraits de Bruce Wrigthon (un modèle pour un futur travail… je vais bien finir pas y venir, aux portraits…) et tout le travail de Guillaume Herbaut, qui fait ressortir Nagasaki de ses cendres, l’Albanie de sa boue, Tchernobyl de sa poussière. Et tout finit, lumineux, sur l’herbe verte qui borde la piscine. Les arbres sont partis mais notre amour de ces moments est bien là, increvable sous d’hirsutes parasols.

Vendredi 2 août

Il y a ce souvenir d’un jour de pêche : ma montre se décrochant, tombant dans l’eau, des mètres plus bas. Est-elle aujourd’hui entièrement décomposée dans la vase ? Ce 2 août, ce sont mes lunettes de soleil qui sont tombées, le petit plongeon m’ayant un peu trop entraîné la tête sous l’eau. Puisque on avait pieds je retrouvais les binocles au fond de l’eau brune : c’est avec les pieds qu’on tâtonna.

Jeudi 1er août 2013

Voici que je retrouve J et qu’on part, chaleur extérieure, rame légèrement climatisée, pantalon léger que j’aurais peut-être dû remplacer par ce bermuda, là-haut, dans le sac. On part, séjour inévitable et attendu, là-bas, en bas. Des heures plus tard, le temps d’un joli Week-end – le film – et de quelques papotages / sandwiches, nous voici à Agen où le rosé est déjà frais.

Mercredi 31 juillet 2013

Il y a toujours moins dans la duchesse de Guermantes que dans le nom de la duchesse de Guermantes.

Je poursuis lentement mais sûrement la lecture de cet Invisible de Clément Rosset, où les adverbes laissent parfois un petit goût péremptoire. Mais le livre reste un délice, un délice tout de même difficile à capter, dont la lecture est mise à mal par mon cruel (et mondialement connu) manque de concentration qui, à la moindre virgule, me fait penser à autre chose, surtout à la satisfaction d’avoir lu la phrase précédente sans être déconcentré. Il suffit qu’une donzelle parle fort dans les transports pour que ma concentration soit ruinée avant la virgule et me voici qui poursuis mon occupation en imaginant comment je vais pouvoir raconter ça dans ce journal.

J’arrive en revanche à rester concentré devant les films – devant lesquels souvent je m’endors alors que je m’endors jamais sur un livre – et ce fus le cas devant ce court mais magnifique film de Ch, qui souhaitait notre avis (surtout le tien) sur ce nouvel objet.

Ce n’est qu’après qu’on a mangé des frites ; il a juste fallu les attendre.

Dimanche 28 juillet

Je m’étais dit que ç’aurait pu faire un billet quotidien plutôt drôle, en racontant les déboires liés depuis dix jours à cette habitude reprise, à supposer qu’un jour c’en fut une (une habitude) : le vélib’. Parce qu’entre les stations pleines qui vous font faire demi-tour, es stations vides qu’il faut aller chercher en haut du Mont Ventoux, les dérailleurs qui merdoient, l’application officielle d’une incommensurable lenteur, l’improbable outil de recherche de stations libres sur les bornes ou le vélo bloqué… il y a tout de même de quoi péter un pneu. Aujourd’hui c’était sketch avec roue crevée, de quoi finir en haute-voltige ce billet qui aurait donc pu être drôle.

Mais voilà qu’on me laisse un commentaire : Où avez-vous perdu votre joie ? Je me souviens de votre humour, votre goût pour la cuisine… Avez-vous appris pour PM d’Angoulême ?
Google, un prénom et un nom à la place du PM et j’apprends. Je sais qui m’a écrit cela malgré l’anonymat, on avait parlé de lui avec PM. PM avec qui j’avais brièvement bu un verre en novembre 2011, PM n’est plus ; étrange et triste. PM et tant de souvenirs d’Angoulême, ses doses de Ricard, nos dîners chez Paul, son intérieur cossu et surtout son humour ; de là-haut il en rit peut-être.

Et du reste de la journée il faut bien parler sans joie peut-être, comme dirait le presque anonyme JT : la jolie expo Demy, une expo qui ferait shibam, pop, wizzzz si elle ne faisait pas déjà d’autres ritournelles et visions pop, un premier film (Quand la ville dort de John Huston) et un deuxième plus court (splendide Le Horla de Jean-Daniel Pollet).

Jeudi 25 juillet

Et puis je retrouve les Mama girls, les cocottes, champ lexical emplumé, même la brochette était au poulet. Et toi la reprise ? Et toi ça avance ? Et toi pas trop dur ? Et les autres, des nouvelles ? J’avoue que je n’ai toujours pas lu ce que P m’a envoyé, que j’ai échangé deux pauvres phrases avec L, que j’ai lu ceci, que j’écoute différemment cela, que oui, ça a changé quelque chose, que le recueil de textes est toujours posé en évidence, que finalement des matières les plus difficiles que je garde de très bons souvenirs, que c’est comme ça qu’on avance de toute façon. On ne parle pas de Bernadette Lafont, pourquoi ?

Dans le métro, au retour, puisque il fait à peine moins chaud, certains sont accablés et puis voici qu’il monte et que je le regarde, partiellement, parce que des tatouages colorés dépassent de son marcel, de ses manches de chemisette finement rayées, de son bermuda beige, beige comme son style de garçon sage, chaussures bateaux bleues en suédine – sans chaussettes. Un carreau, un pique, un petit 108, ici ou là d’autres signes ou tatoos plus imposants comme sur le tibia : un visage qui pleure et un oiseau, joli graphisme qu’il doit regarder avec satisfaction quand il croise les jambes. À Chatelet le Goku de Dragon Ball Z sur l’avant bras de mon voisin a nettement moins d’allure ; mais il ne le voit plus quand il croise les bras.

Mardi 23 juillet

Le type porte une cravate noire sur une chemise blanche, le pantalon est du même acabit, le cheveu bien coiffé, la peau peut-être un peu luisante. Il dodeline de la tête au son de la musique que lui seul entend, il dodeline sévèrement même, after transilienne un peu ridicule, clubbing matinal dans un RER sans clim ; j’ai sorti l’éventail. Quand le RER entre en gare de Vincennes il se lève. Mais le RER ne s’arrête pas en gare de Vincennes. Il est derrière moi, je tourne un peu la tête, l’aperçoit qui s’arrête net devant la porte tandis que le quai défile à vive allure. Je ne vois pas la tête qu’il fait, je suppose qu’il s’en étonne, qu’il ne secoue plus la tête, qu’il a le cou raide, le regard planté sur le trait rouge et muet qui représente la ligne et qu’il essaye de garder un minimum d’allure alors qu’il ne sait même pas où se train va finir par s’arrêter. Plus tard lui aussi, peut être, boira un panaché.