À peine éveillé, les yeux engourdis, ma voix ensommeillée et la tienne prise par les écarts de températures, 31 minutes de notre quotidien. Tu me demandes si j’ai fait des photos, j’hésite. Non, enfin à peine, hier dans le métro mais elles n’ont aucune importance. Je pensais montrer ton absence dans ce lieu qui est devenu le mien… et puis non. Pas d’images de ma part, des mots donc des deux côtés, pour moi le figuier fatigué, les couleurs du film d’hier, mes achats à venir, pour toi la chaleur, le riz, le Ministre, la langue et puis j’ai faim. Alors le matin est studieux : le lieu est propice et le retard aussi. Les achats viendront plus tard dans la journée, un vêtement léger pour la pluie, indispensable au Japon, un pull pour la demi-saison, porté une semaine plus tard en France, rouge le pull, bien rouge. J’oublie le passage chez Muji pour les stylos, j’abandonne l’achat d’un jean ou de chaussures en me demandant quelle peut être ma pointure là-bas. Au retour, plusieurs messages de Fanny, même un amusant petit mot à la fenêtre, messages désespérés avant la fête pour une chaîne, pour du son, alors je rencontre sa rousse avant la blonde platine, une platine ça tombe bien avec cette histoire de chaîne. La blonde platine c’est Jeanne Moreau, dans La Baie des Anges, errant au propre comme au figuré entre les numéros et les tables, merveilleux film sur le hasard, la chance, l’obsession, un film qui tient à quoi ? des joueurs, des gains, des pertes, ça recommence, faites vos jeux, rien ne va plus, le numéro 17 et Jeanne Moreau froide et attirante comme une table de jeu.
Et puis la fête donc, fête voisine. Aurais-je, sinon, osé traverser Paris avec ce pantalon au pied de poule vif ? La bottine était indispensable et parfaite pour accorder le soulier au look sixties, mais pour être assorti à la douzaine féminine une fois sur place, j’aurais dû porter un vieux tee-shirt usé venu tout droit des années 80, mais je n’ai pas de vieux tee-shirt usé, années 80 ou autres. Bref, amusons-nous, surtout avec ce couple venu de l’autre bout de la ligne, des histoires de Naff et que sais-je encore, et puis évidemment des « Tu es artiste toi ? », et le lendemain on a quatre nouveaux amis.
