Mardi 13 décembre 2011

À mon retour du Mali, j’avais cru comprendre que l’homme n’est rien ni personne. Et j’aurais pu aussi bien dire qu’il était tout.

Et la femme de ce roman, ne fut-elle personne ? Exista-t-elle ? Et l’homme, le narrateur, qui est-il ? Lui ou un autre ? Un peu lui, certes, malade du sida, ce sida qu’il l’a déjà emporté quand le livre parait, ce livre où la mort frappe dès la première ligne, mais pourtant livre de vie (l’ivre de vie, dirait Cixous), une vie (tumul)tueuse, etc. Le Paradis, titre posthume, est refermé. Comment ai-je pu penser un seul instant que ça ne ressemblait pas à du Guibert ?

Lundi 12 décembre 2011

On aurait pu se réjouir et parler pour une fois ici de manchons de canard. Mais voilà qu’ils avaient la peau dur et la chair ferme. On allégea donc le dîner par quelques conversations souriantes et Chopin, toujours Chopin, il faut bien cela avant de se pencher sur les phrases qui accompagneront les images, une petite musique, en attendant celle des mots.

Dimanche 11 décembre 2011

« C’est à Rome, c’est ça ? »

Oui c’est à Rome, c’est même le titre de l’exposition que vous êtes en train de visiter… Oui, je suis de retour devant les photos de W. Klein à la MEP, je m’en imprègne, je les ausculte, je les décrypte un peu plus, m’arrêtant sur les textes qui les accompagnent. Un autre regard aussi sur la photographie albanaise, sur ces visages hors du commun, sur ces gris et cette vieille femme devant sa porte, un parapluie en guise de canne. Sur la carte achetée, je découvre, je vois enfin autour de son cou un boa en fourrure, noir sur les vêtements sombres, et je me demande encore quelles pensées se cachent derrière ce visage perdu.

Le hasard d’un restaurant au nom ensoleillé de Salento plus tard, nous voici au Bal, Le Bal, autre lieu de photographies, l’exposition en cours se nomme « Topographies de la guerre », et que voilà de beaux travaux encore ici, surtout ceux de Jananne Al-Ani, Walid Raad ou Till Roeskens. Ce dernier, en quatre films de quelques minutes chacun, expose la notion de territoire au camp d’Aïda à Bethléem. Fort.

Les courants d’air d’un café de la place Clichy plus tard, nous voici à l’église. J’ai entraîné JLM chez Bizet, l’orchestre remplit le lieu de culte d’une foule, chanteurs et spectateurs, repartant en chantonnant que le toréador doit prendre garde.

Quelques cacahuètes enrobées de chocolat plus tard, nous ne sommes toujours pas seuls, mais c’est un écran qui nous fait face pour le film Shame. La nouvelle coqueluche du cinéma plus ou moins d’auteur se dévoile (et à vapeur), mais on aurait préféré voir moins, ressentir plus, et ne pas subir la version la plus chiante de New York, New York jamais entendue ou les cris sous la pluie.


Samedi 10 décembre 2011

Il faisait beau, nous étions là, on rendait hommage à Jorge Semprun, Bernard Pivot lisait quelques passages et le hasard me ramenait donc, après Écorces, sur les terrains douloureux des camps de concentration. Je relirai le livre un peu plus tard, très bientôt sûrement, mais d’abord en offrir un exemplaire à JLM et finir Le Paradis de Guibert. En attendant on m’a présenté comme étant celui qui… et l’on a visité le lieu où…

Je découvrais alors Blois, charmante, escarpée, vivante, c’était Noël, ça achetait et patinait… Les bords de Loire me rappelait un sandwich au rôti de veau orloff et la chambre d’hôtel désuète de Beaugency ; ces souvenirs plutôt agréables (comme quoi…) ne remplissaient cependant pas les rêves dans le wagon du retour.

Vendredi 9 décembre 2011

N° 11 du boulevard, c’était bien ça, le repère c’est la station service, mais je n’avais pas le code. Une fois entré et présenté je pose par terre les 2 formats 40×60 et les 4 plus petits, je regarde le résultat, satisfait, très satisfait. Ceux qui m’accueillent ont aimé ce qu’ils on vu l’autre jour, K me demande si cette fois aussi j’écrirai un texte et sur la table basse il y a de quoi faire saliver les yeux. Je fais donc la très jolie connaissance de Sh, ses paroles et des anecdotes teintées d’ailleurs sont douces ; sur la photo le petit garçon, assis en tailleur évidemment, a l’air bien concentré sur son nouveau cahier. S puis L arrivent, on se presse un peu et malheureusement mon dîner se finit avant le leur puisque un train m’attend… et JLM aussi, dans ce hall d’Austerlitz où les inconnus ont les traits autant tirés que leur valise ; il est bien tard quand enfin on part.

Jeudi 8 décembre 2011

Cette journée aurait pu être constellée d’échecs, voire être elle-même un échec total, car sur la liste des choses à faire, en raison d’inadvertance et circonstances, j’ai bien failli de rien rayer. Mais le hasard d’un salon de coiffure encore ouvert, le courage d’un aller-retour supplémentaire at home, ou la perfection d’une librairie possédant l’objet du désir sauvèrent cette jour(tt)née.

Alors me voici accoudé au bar, la femme au fond mange du raisin et j’ouvre le petit sac. Colette K m’a dit qu’elle l’avait lu deux fois de suite. Je commence :

J’ai posé trois petits bouts d’écorce sur une feuille de papier. J’ai regardé.

En vingt-quatre heures, dans mon cas, le livre aura été lu, absorbé. Dans Écorces, Georges Didi-Huberman — auteur dont je regardais justement régulièrement les tranches sur l’étagère —, mêle et entremêle deux analyses, sur le camp d’Auschwitz-Birkenau et sur les photographies du lieu. Dès le début de la lecture, l’adjectif « extraordinaire » s’impose, mais au fur et à mesure s’en interposent d’autres : précis, émouvant, intelligent, bref… indispensable.

Mercredi 7 décembre 2011

Évidemment dans le métro du retour il y a de quoi écrire ici, cette femme trop maquillée endormie sur les sièges bleus, et cet(te) androgyne, moue et regard droit sous les cheveux longs. Je repense à ce qu’elle m’a dit, mon éclat de rire face à cet air détaché en m’annonçant l’incroyable, puis mon impassibilité face à la deuxième nouvelle, encore plus incroyable, je repense à cette journée, à la liste écrite en orange qui m’attend à la maison, cette liste de ce qu’il faut faire demain, je suis sûr qu’au milieu j’oublierai quelque chose, que la liste ne suffira pas et pourtant j’ai éliminé un élément, j’ai biffé sur mon avenir proche ce dossier d’inscription à envoyer, c’est tellement vain, je ne pourrai pas préparer l’impossible en une semaine, surtout avec les jours qui viennent, rappelons-nous la fable, rien ne sert de courir, alors un jour je partirai à point, sur un plateau d’argent je leur donnerai ce qu’ils veulent, tous les recoins de ma vie estudiantine, professionnelle, bénévole voire personnelle… Bref, en attendant les compétences et les acquis, pensons d’abord aux vacances et aux confettis : contrepet approximatif.

Mardi 6 décembre 2011

À l’aller je me plonge dans un nouvel ouvrage, un Guibert, tiens le revoici, Le Paradis, un Guibert surprenant qui ressemble à un livre écrit par quelqu’un d’autre en fait… mais je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai cette impression…

Jayne éventrée, l’andouille, l’ex-championne de natation, sur la barrière de corail au large des Salines, je me retrouvai seul au bout du monde, avec une voiture de location que je ne savais pas conduire, les mains vides mais les poches bourrées de liasses de billets de cent dollars, un grand chapeau de paille sur la tête, dans ce pays de sauvages dont j’ignorais la langue, ayant longtemps attendu sur cette plage qu’un rouleau me rapporte le corps de Jayne pour constater que sa ch…

Mais stop, cette première phrase fait une page, passons à la suite, aux fugaces révisions avant d’arriver à Nogent et ce « soko de tomette kudasai » qui me revient.

Au retour… dialogue improbable, une virgule d’accent asiatique pour la fille, une difficulté à articuler pour le garçon…
– Elle : J’ai pas très bien compris c’est qui l’autre là.
– Lui : Qui ?
– L’autre
– Quel autre ?
– Ben l’aaauuutre làààà.
– Machin * ?
– Non l’autre.
– Bidule ?
– Oui, j’sais pas, c’est qui ?
– J’sais pas…
(Bon en fait après la fille a dit qu’il avait bu trop de bière, lui il a commencé à s’effondrer sur elle en l’embrassant dans le cou tandis qu’elle tapotait sur son nifône et puis voilà, ensuite j’ai cuisiné du lapin pourtant il était tard, dîner à vingt-trois heures c’est de la folie mais c’était excellent d’ailleurs en même temps j’ai commencé à faire ma compil 2011 ben oui.)

* Les prénoms ont été changés.

Lundi 5 décembre 2011

« Ah au fait je vous ai pas proposé un chouinegomme« . J’avais acheté Le Monde, pour me tenir un peu au courant de l’aura de Mme Clinton et pour découvrir qu’on étouffe à Pékin, et évidemment le vendeur, vous savez le vendeur, enfin non vous ne savez peut-être pas, mais il est un peu bizarre. Très gentil. Mais bizarre. Du genre qu’il m’aurait fait louper mon rer avec son histoire de chouinegomme… bref, vers 22 h, ça sent encore le foie de volailles dans le salon, mais le lit m’accueille déjà. D’une tâche à l’autre, les pieds sous la couette mais les mains sur le clavier, le film reste dans sa boîte et je m’endors sous les airs de Bach. JS, pas CPE, écorché hier d’ailleurs le pauvre mais bref…

Dimanche 4 décembre 2011

« Oh elles sont belles tes chaussures ! » La petite fille sourit ; un sourire satisfait. « Elle attendait ça« , me dit le propriétaire de la boutique d’à-côté où mon choix avait failli se porter sur des chaussures plus colorées que celles que je suis en train d’essayer, tandis que le père de la petite (probablement le frère de l’autre, il y a un air) est descendu chercher une autre pointure d’une autre couleur : le 42 ça n’allait pas. Elles seront donc chocolat, c’est de saison — vous n’avez pas acheté des truffes ? — finalement c’est aussi bien que la version noir profond qui me faisait de l’œil en vitrine depuis des mois.
« Et celles-ci ? » Ma pointure avait été achetée par un japonais, alors on se met à en parler du Japon, du style des Japonais, les tissus, les coupes…

Il m’avait proposé de les garder aux pieds, malgré la pluie. C’est donc avec un certain plaisir que me voilà donc assis à une table du bar-restaurant du Lucernaire, parce que les chaussures neuves, vous voyez… À ma droite deux femmes remontent le temps et les anecdotes, elles en sont en 1981 et j’attends CK qui sera en retard. Et puis cette femme entre, lunettes ovales, coiffure datée, manteau cintré, on est soudain quelque part à la fin des années 50, peut-être un peu après, même son visage est d’autrefois. Elle aussi vient écouter Marie-Christine Barrault nous plonger dans l’Europe des lumières, quand Frederic II et Voltaire usaient de bons mots, entre deux airs, flûte et violoncelle. Plus tard elle fera la grimace : le vin, c’était pas ça.

Samedi 3 décembre 2011

Le déjeuner eut lieu, finalement il eut lieu, peut-être au même endroit que prévu la semaine dernière, qu’avait-il prévu, quel nom m’avait-il alors dit au téléphone, je n’en sais rien, qu’importe, le déjeuner avec MRG et OT eut lieu, entre deux bouchées distinguées on tenta de résumer la situation et les années passées, nous n’avions pas changé (toujours ce même parfum léger) si ce n’est de fonction.

Plus tard, autre table, tellement plus bruyante, on se retrouva à nouveau, mais des visages étaient passés (à la Galerie, rue Berthe) et d’autres étaient encore là, ça tombaient plutôt bien : points communs, etc.

Un arrêt à Concorde, pour changer de ligne c’était bien agréable, un peu d’air frais, la grande roue qui me faisait de l’œil et cette femme hurlant à Palais Royal face aux visages à peine interloqués de touristes en terrasse. Et puis le soir passa, salade et caetera, jusqu’à Wenders, Wim, déjà la nuit, déjà le lendemain. Sur l’écran, l’Ami américain, ce fut ton film culte, c’était une lacune pour moi, comblé(e) : on m’avait caché que le cinéma allemand produisait en 1976 de tels albums photos où contempler les grues sur Beaugrenelle ou ce couloir orangé… Le petit garçon blond regarde à travers la vitre de la Volkswagen bleue, sa mère monte, démarre… l’image m’emporte.


Vendredi 2 décembre 2011

Dans quinze jours tout devra être acheté, fini, prêt, même certaines échéances administratives pour pouvoir voter ici. En attendant les urnes du 22 avril, on en avait sorti quelques-urnes pour le Téléthon (qui croyait tondre, évidemment), et moi pour l’occasion j’avais repris mon 24-120 ; le pauvre il est bien délaissé depuis l’arrivée du petit frère. Il était 13h passées, j’étais en retard, c’est ça les demi-journées de repos, on prend son temps et puis voilà, on change d’objectif et on se demande si on ne devrait pas considérer cela au figuré, mais c’est juste pour la formule parce que le reste n’a rien à voir.

Pour ne pas regretter d’être rentré tard, amusé tout de même par le sérieux d’une gamine pailletée de 5 ans, un passage par Beaubourg avec achat compulsif à la librairie (Sur la photographie » de Susan Sontag), peut-être le seul livre que j’emporterai à l’autre bout du monde : il va falloir partir léger.

Métro, strapontin, profil droit d’un asiatique, coréen probablement à voir les caractères de son livre à jaquette bleu ciel, profil superbe, garçon très grand, très brun, très mate, imper clair, on dirait presque un sud-Américain, j’essaye d’être discret, à défaut d’un photo, un dessin, j’ai envie de me rappeler ce visage tandis que quatre jeunes femmes entrent dans la rame. Point commun : petit sac à main. Pointe commune : celle d’un accent. R qui roule amasse Erasmus ?

Jeudi 1er décembre 2011

« Vous pouvez fermer la fenêtre complètement ! » me dit-il sur son échafaudage, compréhensif vu mon état (tousse tousse mouche mouche) et sur le point de quitter le chantier. Au bureau, toujours les travaux, alors ça fait du bruit, des bruits qui courent et des bruits qui assomment, et ce jeudi ça faisait aussi de l’air, avec le bow window auquel je tourne le dos (le dow ?) grand ouvert… Et là vous me direz « Quoi ? Tu tournes le dos à la fenêtre ? ».

Ben oui.

Juillet 2011

Dimanche 24

Décollage… Direction… ça :

http://www.arnaud-rodriguez.net/voyages/japon/

Samedi 23

Une journée comme celle-ci pourrait peut-être faire un roman, d’autres on en fait avec moins, il suffit de talent et d’un peu d’imagination pour boucher quelques vides, ajouter un peu de suspense, d’humour, de passion pourquoi pas, on y glisserait des rêveries du voyage à venir, des rappels de cette relation qu’on a avec celui qu’on rejoint (pour faire comme Jean-Philippe Toussaint*), des interrogations sur ce qu’il signifie à 37 ans alors que depuis des années on y pense au Japon, à ses petites fleurs et à ses grandes carpes qu’on rêve tatouées.

Alors voilà, des livres mais pas celui que je cherchais (épuisé**), donc un livre sur le traitement noir et blanc des photos numériques et un « Hervé« , une valise bordeaux et puis une autre tant que j’y étais, une pizza et puis tant de pluie, un 50mm Porte de Champerret, ce 17ème que je connais si peu, un bureau de change avec une jeune blonde à l’accent inconnu derrière la vitre, Scaré-Machin acheté aux Cahiers de Colette, CK, sa collègue et sa chanson inconnue, Muji rue des Francs-Bourgeois, Muji aux Halles, un shampooing, la terrasse avec Marc-Christian Barrauld derrière nous et deux japonaises allant et venant, la veste en velours de chez Tim Bargeot, les vodkas-colocs chez Othphane avec miss ONG, ma voix au loin parce que mon téléphone décroche tout seul, la chance d’attraper le métro sans attendre onze minutes, FP que j’avais oublié, le CD pour tobefab, etc. Bon, j’emporte quoi comme chaussures ?

* Pourquoi me sens-je obligé de préciser ?

** Le livre, pas moi.

Vendredi 22

Vous avez vu le joli tas multicolore de dossiers bien rangés ?

Non ?

Ben vous auriez dû le voir en photo mais je me suis trompé, j’ai formaté la carte avant…

Voilà…

Mais sinon ça veut dire que je suis en vacances.

Voilà.

Et sinon ?

Sinon quand ce livre est sorti, j’étais sûr que je l’aimerais, c’était aux éditions de Minuit, y avait sûrement eu un article vite lu dans mon abonnement, le titre était suffisant (je veux qu’il me suffisait, que je n’avais pas besoin de plus), le nom de l’auteur inconnu et rassurant, mais ne me demandez pas pourquoi je ne l’ai pas acheté. C’était quand la sortie ? À Emmaüs, sur le rayonnage, j’ai été content de le voir peut-être un surpris – une marque de snobisme ? –, et de l’entrouvrir pour voir ce prix dérisoire. Hier ouvert pendant que je souriais au spectacle dans le rer avant de sourire à sa lecture ; aujourd’hui je continue, avec l’envie de l’emmener avec moi, d’emmener là-bas ce que je n’aime de mon pays : ses mots.

Jeudi 21

Il a l’air un peu étrange, un peu rude, rugueux malgré sa jeunesse. Il fait la manche dans le métro alors je fouille et lui tends cinquante centimes. Il me demande peu aimablement si j’ai pas un ticket resto, je le trouve un peu gonflé mais 100% des gagnants etc. Il avance, revient, se retourne, et regarde fixement une jeune femme : « Hé t’as pas un ticket resto au lieu de faire la gueule ». Elle me regarde désolée. Connard.

Chemin du retour. Un peu de musique commence à se faire entendre derrière moi, à moins de dix mètres, les premiers rythmes de Billie Jean. Je grommelle, « Un soir au Club » de Christian Gailly à la main. Mais je ne grommelle pas longtemps. Devant moi un groupe de blackettes se mettent à sourire, l’une pousse un « hhhhi » à la Jackson, et puis ça gigotte et ça sort un « hé r’gardez il danse le mec ». Ambiance agitée, mon bouquin reste ouvert mais je les regarde amusé. Elles commentent, un grand blond se marre, les connait peut-être, il va vers le danseur mais c’est alors dans mon dos que ça se passe et puis le danseur arrive, habillé comme il se doit, total look Mickael, chapeau, frisettes, chemise noire ouverte sur tee-shirt blanc, etc. Elles lui demandent un petit pas de danse ou deux, alors il fait le geste à la Jackson, il ouvre la chemise brusquement… les filles manquent de s’évanouir, le mec pue la sueur… Hilarité totale. Il repart, revient, elles n’osent plus lui demander quoi que ce soit, le moindre de ses mouvements génèrent un flux poisseux qui les fait grimacer… Mais il gigote encore un peu : monté sur pile l’épouvantail bicolore… Et moi ? Moi je raconterai bien mieux cette histoire à Fanny 1 heure plus, à la terrasse du troquet d’en face, cacahuètes en option.

Mercredi 20

Du couvert de la manche en mousseline de soie, je dégageai un bras enduit de blanc ; ses lignes puissantes et robustes s’estompèrent dans la nuit où se détacha une forme souple, blanche et potelée. Je restai fasciné devant la beauté de mon propre bras ; j’enviai les femmes de posséder « pour de vrai » une pareille beauté.

Fin de la courte lecture de trois récits de Junichirô Tanizalki : Le Tatouage, Les Jeunes Garçons et Le Secret. Dans la troisième nouvelle, la plus élégante, Kyôto y est évoquée comme la ville où le personnage principal a acheté un kimono dessous en mousseline de soie imprimée. Je doute d’en rapporter le même souvenir, mais sait-on jamais, peut-être le même imprimé.

Mardi 19

Hier, À bout de souffle. Aujourd’hui, essoufflé.

PS. Ne jamais oublier la tarte au citron.

Lundi 18

Mais ai-je vraiment envie de regarder À bout de souffle ?

Dimanche 17

Elle décortique un guide sur Bali. Il lit Rouge Brésil. Je commence Le Tatouage. J’ai feuilleté Réponses Photos. C’est dimanche, je suis dans le train.

Samedi 16

Tiens, et si on allait chez Emmaüs ? Fouiller n’est jamais pour me déplaire, alors on fouilla. Le fatras en extérieur, qui aurait mérité des paragraphes entiers de description si j’avais eu le temps et le courage (et l’idée d’en faire des photographies), fut la caverne pour Chicken Ali Baby * tandis que je désespérais de trouver des sujets à photographier et la vaisselle en Arcopal qu’il cherchait avec avidité et sourire.

Pour ma part c’est sous le hangar que je trouverai mon bonheur, une cravate, un livre… un euro et cinquante centimes.

* Tiré par les cheveux…

Vendredi 15

Que faire ? La question revient. Dépenser ? Direction Emmaüs où je fouille dans les cartes postales, j’hésite sur ces portraits, pourquoi ne les ai-je pas pris ? Les doigts poussiéreux on prend la sortie, direction les boutiques du centre-ville et le 1er étage des Galeries L, où l’on passera un temps fou à la recherche de la perle rare. La mienne sera courte, bermuda bleu de bon aloi pour là-bas.

Jeudi 14

Campagne, temps agréable, compagnie amicale. Fred est là, nous avons fait la route ensemble, et sous l’ombre du grand chêne une sieste termine les 5 heures de route et le déjeuner. Que faire ensuite ? Que faire dans le coin un jour férié. Je ne suis pas un bon hôte, je ne sais pas. Nous réservons notre sortie pour le soir, où Saintes est étonnamment animée du côté du Jardin public, ça gigote et ça danse sous les ampoules multicolores. Au Tall bar, nom improbable, la serveuse l’est tout autant, improbable tenue — talons hauts et maillot bleu — sous le triste prétexte de soutenir l’équipe de France féminine de football. Et puis… boum… Quelques souvenirs reviennent, le vendeur de cacahuètes dans la prairie ou le feu d’artifice modeste mais tant attendu de Chaniers. Mais ne sont-ce pas des rêves ?

Mercredi 13

Gare de Lyon. Changement. Quai du RER A. Tiens, le gars là, il était dans le film d’hier, non ? Je ne suis pas sûr. Je m’approche, je le regarde du coin de l’oeil, il doit s’en rendre compte que je le regarde, non ? Il lit Libé, ah ben s’il lit Libé c’est forcément un acteur. Bon si c’est lui je ne sais pas son nom… et je ne me rappelle même pas la scène qu’il joue dans le film d’hier, merde. Ah ben il monte dans le même RER, hop je le suis et plus il s’assied en face d’une place vide, hop je m’y mets. Oui bon de près je pense que c’est lui, mais je lui dis un truc ou pas ? Du genre « C’était bien vous hier dans le film de Valérie Mréjen ?« , ça ferait une espèce de complicité, du genre « oui je suis super branché je vais voir les avant-premières des films de Valérie Mréjen » quoi et puis au moins je serai sûr que c’est lui. Ah ben tiens il ouvre son sac… et il sort un script. Bon de toute façon il y a trop de bruit, je ne peux pas lui parler et puis je ne me rappelle toujours pas le rôle qu’il avait quel naze je suis. Bon… On arrive à Nogent… il se lève, parfait je lui dirai un truc sur le quai. Il regarde par la vitre, ah ben non il se rassied et moi me voilà sur le quai. Au revoir… heu… qui ça ?

Le soir autre parcours, détour par la rue Beaubourg puis les Gobelins pour retrouver Natt en terrasse, se raconter tout ça entre deux pickpockets, le Val-de-Loire et le Japon, l’épilation et la coupe de cheveux, son angine et ton mal de gorge.

Et ensuite ? Ensuite… Boum !

Mardi 12

Sur le quai pavé, elle est là, parle avec elle, avec lui, je reste au loin, bêtement peut-être, sans lui dire que je suis là, un peu à ta place, je me demande un peu si elle se rappelle mon visage, même pas un salut de loin, bref… Je suis là pour l’avant-première de « En ville« , un film qui m’embarrasse parce que Valérie Mréjen c’est, habituellement, rien que du plaisir. Et là ? Là non, désolé, déçu, je suis déçu, je ne sais pas. Peut-être qu’après cinq Demy, un film de plus sur les rapports amoureux c’était le film de trop, surtout que ça manque d’enthousiasme tout ça, de poésie, de plaisir… c’est difficile et triste l’amour un peu là, non ? Mais heureusement, il y a du Mréjen dans le film, il y a des mots, des moments magnifiques portés par une écriture pointue, ou cette scène si drôle avec les ormeaux… Ca reste un film à voir, pour ça justement, et si vous n’aimez pas, à la sortie, lisez ses livres, vous comprendrez.

Et ensuite ? Ah ben ensuite j’ai juste traversé la rue, y avait Fred alors… et Brenda. Brenda ? Oui Brenda.

Lundi 11

Je m’assieds. À ma droite, elle est en train de s’écrire sur la cuisse, dessinant ce qui semble un visage. Japonaise ? Blazer bleu à boutons dorés, jupe écossaise, petites chaussures noires, longs cheveux noirs couvrant son visage. Je suis justement plongé dans mon vocabulaire nippon et je navigue entre les fruits et les verbes, les couleurs et les formules de politesse, découvrant en souriant la pomme (ringo), la pêche (momo) ou ce kanji 肉voulant dire viande et ressemblant à deux cintres dans une armoire. Aurais-je donc une obsession pour le rangement des vêtements en ce moment ?

Et puis… Dans mes souvenirs les plus lointains, il y a une peau d’âne, une chanson, une fée qui débarque en hélicoptère. Dans mes a priori, jusqu’à aujourd’hui, il y avait l’idée que, non, ce film n’était pas pour moi. Mais le charme a agi. Carrément.

Préparez votre Préparez votre pâte Dans une jatte Dans une jatte plate Et sans plus de discours, Allumez votre Allumez votre four Prenez de la Prenez de la farine Versez dans la Versez dans la terrine Quatre mains bien pesées Autour d’un puits creu Autour d’un puits creusez…

Dimanche 10

Un dimanche plein de projets : aller au BAL, rue des Francs Bourgeois, au cinéma, mais les transports et puis le temps… Alors je range, je lave et j’essuie, je m’interroge sur ces tas plus ou moins bien entassés, je rêve de ce dressing dont tu m’as parlé mais il est là-bas ; qu’aurais-je à y pendre ?

Un autre Demy, Lola, merveilleuse Lola, pétillante, quelle bouche ! quels yeux ! Et puis quels blancs, quels contrastes, merveilleux ça aussi, vite un dictionnaire des synonymes… J’ose pourtant quitter parfois du regard le film*, pour un faux pli, mais mon rythme le fer à la main est d’une lenteur rarement vu.

Un autre encore, Model Shop, la suite, Lola a traversé l’Atlantique depuis quelques années, mais les robes devenues colorées ont perdu de leur éclat et cet amoureux transi me lasse.

* Me voici qui hésite sur l’ordre des mots…

Samedi 9

À peine éveillé, les yeux engourdis, ma voix ensommeillée et la tienne prise par les écarts de températures, 31 minutes de notre quotidien. Tu me demandes si j’ai fait des photos, j’hésite. Non, enfin à peine, hier dans le métro mais elles n’ont aucune importance. Je pensais montrer ton absence dans ce lieu qui est devenu le mien… et puis non. Pas d’images de ma part, des mots donc des deux côtés, pour moi le figuier fatigué, les couleurs du film d’hier, mes achats à venir, pour toi  la chaleur, le riz, le Ministre, la langue et puis j’ai faim. Alors le matin est studieux : le lieu est propice et le retard aussi. Les achats viendront plus tard dans la journée, un vêtement léger pour la pluie, indispensable au Japon, un pull pour la demi-saison, porté une semaine plus tard en France, rouge le pull, bien rouge. J’oublie le passage chez Muji pour les stylos, j’abandonne l’achat d’un jean ou de chaussures en me demandant quelle peut être ma pointure là-bas. Au retour, plusieurs messages de Fanny, même un amusant petit mot à la fenêtre, messages désespérés avant la fête pour une chaîne, pour du son, alors je rencontre sa rousse avant la blonde platine, une platine ça tombe bien avec cette histoire de chaîne. La blonde platine c’est Jeanne Moreau, dans La Baie des Anges, errant au propre comme au figuré entre les numéros et les tables, merveilleux film sur le hasard, la chance, l’obsession, un film qui tient à quoi ? des joueurs, des gains, des pertes, ça recommence, faites vos jeux, rien ne va plus, le numéro 17 et Jeanne Moreau froide et attirante comme une table de jeu.

Et puis la fête donc, fête voisine. Aurais-je, sinon, osé traverser Paris avec ce pantalon au pied de poule vif ? La bottine était indispensable et parfaite pour accorder le soulier au look sixties, mais pour être assorti à la douzaine féminine une fois sur place, j’aurais dû porter un vieux tee-shirt usé venu tout droit des années 80, mais je n’ai pas de vieux tee-shirt usé, années 80 ou autres. Bref, amusons-nous, surtout avec ce couple venu de l’autre bout de la ligne, des histoires de Naff et que sais-je encore, et puis évidemment des « Tu es artiste toi ? », et le lendemain on a quatre nouveaux amis.

Vendredi 8

À la lecture du magazine, pour ce concours qu’il ne me faut pas oublier, je pense à la photo de Veules-les-roses, cette plage sous les bourrasques, cette silhouette floue là-bas. Mais en cherchant bien, peut-être trouverai-je d’autres évidences. Et puis sur le canapé je m’installe, j’ai décliné l’invitation de B.C., pas envie, pas le courage, pas l’aisance, pas la tenue, vous savez, ce sentiment du vendredi soir quand on a dans les jambes et dans la tête la semaine qui vient de passer… Sur l’écran en face du canapé, Les parapluies de Cherbourg, Geneviève est triste, elle chante en attendant Guy parti en Algérie tandis que d’un autre œil, vaguement, je griffonne quelques mots dans mon carnet bleu. Vieille habitude de l’enfance qui revient, installé sur le sofa ou à la table du salon, téléviseur allumé, à faire autre chose (devoirs, mots croisés, classement de timbres, que sais-je encore). Comme disait l’autre, la solitude, ça n’existe pas : c’est juste l’enfance qui refait surface.

Jeudi 7

Au réveil, aucune présence, ni souffle ni soupirs, rien que le bruit de la rue et la peine à me lever. Une douche, quelques bouchées, l’ordi en espérant un message ; je l’ai, accompagné des premières images de là-bas. Puis un appel, nous nous parlons à peine : je m’en vais et je m’en veux, reviendrai tard. 23h05, gare de Noisy-le-Sec, odeur de fumée imprégnant mes vêtements, éclairage au néon, pourquoi ne sors-je point mon appareil photo ? En ai-je trop fait dans cette soirée, à guetter les gestes et les flammes, les couleurs et les regards… Sûrement.

Mercredi 6

Nous nous sommes éloignés dans cet aéroport où je t’avais accompagné, c’était plus qu’évident, indispensable, et puis soyons pragmatiques, c’était un peu plus simple pour tous ces kilos de bagages. Dans un film, la scène d’au revoir aurait pu être au ralenti, la foule autour aurait pu être floue, ça n’aurait pas fait une très jolie scène tous ces clichés. Mais c’est pas un film tout ça, c’est un bout de vie, une expérience… rendez-vous le 25 juillet à l’autre bout du monde. Dans le RER la femme chante avec un accent improbable « C’est l’histoire d’un amour« . A travers la vitre le ciel est triste puisque tu pars. Tunnel, noir, lumière jaune, le bruit du train couvre sa voix. Silence.

Mardi 5

Matin.

George V est à nos pieds, puzzle plus que centenaire couleur d’anti-rouille. Les deux complices se vouvoient, à la recherche d’indices, de réponses, de mesures inédites, de rayons de courbures, de détails invisibles et apposent, doigts poussiéreux, leur nom et quelques mots sur la page 5 de leur ouvrage.

Soir.

Derrière toi, au-dessus du petit panneau SANS ISSUE, le calendrier 2011 de la direction du matériel de la SNCF. Entre nous, des plats japonais, algues, anguilles, tempura, tofu fermenté… Devant nous ton départ.

Lundi 4

Y aller ? Fatigue. Rester. Ici, et seuls.

Dimanche 3

C’est dimanche, et il fait beau. L’évier est plein de notre sommeil et de notre abandon de 4h30. La table aussi, débarrassée du strict minimum quelques heures plus tôt ; on y avait laissé des piles de sourires en faïence. Quelques bouteilles ne sont pas vides, nos têtes non plus, il y reste quelque chose de la fête, il reste aussi un peu de terrine, de brie, ça vous étonne ? Un peu plus tard les corps réclament un peu de repos supplémentaire, puis l’on marche vers un coin d’herbe troublé par de la musique trop forte aux sonorités asiatiques. Sur la première ligne du livre que tu lis, c’est dimanche et il fait beau.

Samedi 2

J a un peu grossi, G aussi, F a une belle chemise et de jolies trouvailles, C n’est pas venue, J sait enfin qui je suis, C ne m’a pas reconnu, O n’est plus avec ce garçon, F est venue seule, J avec S et leur enfant, C a toujours cette étrange façon de parler, P a changé de couleur de cheveux, JL est arrivé en premier, C n’est pas resté longtemps, F est partie la première, j’ai laissé mon téléphone à P pour G, D est venu pourtant c’était samedi, M n’a pas goûté la terrine, tous les autres l’ont adorée, W a voulu danser, S est toujours rayonnante, J m’a offert ce livre déjà posé sur l’étagère, j’avais oublié le prénom de S, E m’a vraiment surpris, N avait évidemment une robe étonnante, N avait une cravate et un camarade hispanophone, F avait vu les Taxi Girl en concert, J a dansé aussi, O &C avaient pourtant déménagé, X n’est pas venu non plus, B a cru voir N qui pourtant n’était pas là, elle a dû confondre avec J qui sait enfin qui je suis, E a failli louper l’invitation… et toi, comme il y a un an, tu danses, un peu fou, un peu comme ça, tu m’entraînes. Vers 4h30 on se couche, amusés, contents. Comme il y a un an ? Non, vraiment pas.

Vendredi 1er juillet

Arrivée féminine, courses, gâteaux, chocolat, abricots, vin, assez à manger ? assez à boire ? Qui viendra ? Qui ne viendra pas ? Tant que ça ? Si peu ? Disons 50, non ? Et cette terrine, on la goûte ?

Mai 2011

Mercredi 18 mai

Pfff… Mais pourquoi je me suis embarqué là-dedans bénévolement ?

Mardi 17 mai

Même devant les chefs d’œuvre je m’endors. Cette fois, le sommeil a été plus fort que l’Aurore (A Song of Two Humans), film muet de Murnau réalisé en 1927, meilleur film de tous les temps selon certains.

Le sommeil m’a juste fait manqué un passage, le passage de la réconciliation puisque avant de clore les paupières la belle devait finir dans l’eau glaciale. Une fois les yeux bien ouverts, le couple d’amoureux s’embarque dans un manège d’humour, de beauté, de plaisir des sens mais l’embarquement n’est pas sans risque : l’orage gronde. Virtuosité, légèreté, drame, L’Aurore m’a emporté. Moi aussi, je quitte la grande ville pour aller de l’autre côté, là, sur l’autre rive : l’orage est loin.

Lundi 16 mai

« Oh génial le piercing ! » Je viens de tourner la tête, elle a 19 ans. Elle vient d’intégrer le service pour quelques semaines et j’avais soigneusement choisi la cravate le matin même, elle n’attendait donc pas à voir sur moi ce détail plutôt commun chez elle. On parle alors de trous et de tatouages, voilà qui détend l’ambiance après les insupportables billevesées de notre voisin de table, billevesées presque closes après mon « Si j’avais su je serais allé à la salle de sport ».

Le soir, les esprit poussiéreux du déjeuner sont oubliés, mais sous le lit il y a de quoi tousser, les grains et les moutons entassés autant que les magazines et les souvenirs. Les uns finirent aspirés, les autres finiront tôt ou tard déchirés après un rapide coup d’œil sur le peu d’intérêt qu’ils contiennent, les derniers, vieilles paires de lunettes et objets familiaux, iront bientôt ailleurs.

Dimanche 15 mai

Odilon Redon, petit garçon accompagné de son père, regardait les nuages et s’émerveillait de ces formes changeantes, chimériques, bizarres, merveilleuses. On a tous regardé les nuages, n’est-ce-pas ? Mais qu’en a-t-on fait. Si peu. Les nuages d’Odilon sont devenus des bestioles étranges, des êtres rêvés, des cauchemars gravés, puis plus tard des profils aux couleurs qui n’existent pas, bleus troublants, rouges définitifs, dorés méconnaissables. De Redon je connaissais les bouquets : ils m’avaient accompagné sur cartes postales dans ma vingtaine naissante. De Redon je connais dorénavant le mystère et l’oeuvre, et il m’accompagnera encore par ce livre que tu m’as offert.

Des visages sans dorures si bleus nous avaient suivis au Grand Palais : JLM qu’on ne remerciera jamais assez (pour ce moment, ce Merci et ces Carnets japonais), S encore troublée par sa nuit et sa matinée, deux poitevins dont les initiales n’auraient que peu d’intérêt et L avec à l’esprit les révisions du bac. Au Café Marly les regards hésitent et je pense à la salle de sport, choisis une simple orange pressée mais la salive s’extirpera devant ton cheese cake.

Samedi 14 mai

Passer l’après-midi sur un stade, voilà qui ne m’était pas arrivé depuis bien longtemps. Certains se souviendront de l’époque où je tenais la buvette, à l’abri des éclats de voix, du soleil ou des gouttes…

Cette fois c’était pour le travail, la ville était animée ce samedi, triplement animée, et je passai de la pelouse synthétique à la musique traditionnelle japonaise via de l’accordéon, avec légèreté, étonnement ou plaisir.

Vendredi 13 mai

La bibliothèque de la Maison des artistes est un lieu mythique que je n’ai jamais vu. On m’en a parlé, j’ai aperçu une vague photo. Un jour…

Jessica Warboys a investi ce lieu pour nous le restituer : un film et puis quoi ? Tellement peu. Comment est-il possible de n’extraire aucun mot d’une bibliothèque chargée d’histoire ? Je m’incline devant les choix, la simplicité, la rigueur peut-être, je cherche les mots, l’aspect monacal ou je ne sais quoi… mais je ne comprends pas. Du rien je ne retire moi-même rien, si ce n’est une vaste déception et – ouf – la joliesse désuète d’un petit film aux airs d’autrefois.

Jeudi 12 mai

– Tu sais, c’est très surfait les Seychelles.
– Ah ? Je ne sais pas surfer, je vais changer de destination.

{Hot dogme is not dead ?}

A la sortie du film, tu n’as pas encore parlé mais je sais déjà que tu ne seras pas d’accord avec moi, moi qui ai trouvé le film délicat, doux, clair, plutôt juste même si j’aurais évidemment préféré un heurt final, une impossibilité prise de plein fouet ou cette possibilité que tu évoques bien sûr, mais je n’y ai pas pensé, c’est vrai que ç’aurait été beau que tout se passe comme si de rien n’était, oui rien, pas de crise, pas de mère qui tire l’enfant par la main, juste une rentrée des classes comme une autre.

Tomboy reste à mes yeux un joli moment, un jour d’été ensoleillé, un jour d’enfance et d’amitiés, un jour que je n’ai pas vécu, ce n’est pas moi toutes ces histoires : quand j’allais à la pêche, près du bac, il n’y avait pas de petite fille ressemblant à un petite garçon.

Mercredi 11 mai

Je commence à regarder d’un autre œil les livres qui s’alignent, les vêtements qui s’entassent, les revues qui s’accumulent, les années qui s’empilent. Sur le portable fatigué, j’efface la musique stockée et les photos d’avril déjà ailleurs : le clic droit sur les livres, les vêtements, des revues, les années, ça ne fait rien, ça enlève à la rigueur quelques grains de poussière.

Mardi 10 mai

Du raisin. C’est la première idée qu’il me vient à l’esprit. Un grain. Puis un autre. Ils épousent la nef du Grand Palais de leur matière synthétique, de leur couleur aubergine. L’installation m’étonne, mais ça n’a pas l’élégance du Monumenta de 2008. L’installation m’étonne mais la file d’attente pour entrer dans la bête me décourage, je reviendrai.

Lundi 9 mai

Alela. J’en rêvais. La voix avait envahi les travaux l’an passé, au milieu des bâches je chantai(s). Merveilleux hasard, c’était le 9 mai.

À La Cigale elle chanta ce soir, était-ce une fable ? La voix bien sûr, extraordinaire, poignante, mais son country band un peu bruyant je l’aurais volontiers remisé au placard, au milieu des santiags. Au milieu, heureusement, un moment de grâce, elle seule à la guitare pour deux titres. Soupirs.

Dimanche 8 mai

Vous êtes sortis, vous ?

Fabien oui. Catherine oui. Susanna et Laurent, oui. Ils sont sortis, ils sont venus, ils sont tous là, même ceux du sud… de la Corse. Ah mais j’oubliais, l’alcool ça fait perdre la mémoire : j’ai oublié de parler de la dégustation de vin de 11h30. Hips.

Samedi 7 mai

On devrait tant dire sur les grands yeux des femmes qui regardent le spectateur. Sur les lumières et les couleurs aussi, le fauvisme qui n’en est pas vraiment un, cette écuyère qui s’est échappée de Dieppe, le doigt sur la joue, les tissus, les verts, oui les verts sur les visages, les visages verts, verts d’eau ou d’autre chose, je m’y suis plongé. Les premières années de Van Dongen sont sûrement les plus belles, celles avant la sagesse de ces longs portraits, on est assez d’accord là-dessus ensuite, même si vraisemblablement tu l’idolâtres moins que moi, mais on passe à autre chose pendant cette longue promenade, un kilomètre, puis deux, au moins quatre de quais.

RER C, bibliothèque… une glace ? Un rafraîchissement avant la fraîcheur d’une salle climatisée. Sur l’écran « La ballade de l’impossible« , pour vaguement capter trois mots de japonais et s’embarquer dans une jolie histoire, douce et amère comme une mousse au chocolat.

Vendredi 6 mai

« C’est qui René Flesh ? » Je me trompe sur le prénom, il s’appelle Henri (voudrait bien réussir sa vie ?).

Il était sur scène, icône rock sèche accompagnant Miss Carlotti et Jean-Pierre Petit pour leur « Rock’n’roll lies », conférock pas rance sur les critiques.

À la sortie des artistes on a fait comme les groupies, sourires et accolades, tiens une garçonne, tiens… oui, moi. J’étais revenu dans les parages, j’étais revenu sans dérapages, sans parader.

Jeudi 5 mai

Le soleil, profitons. À la Cinémathèque, je suis donc en avance pour le film, les tours ne sont même pas encore teintées d’ocre. Un peu de repos sur un banc malgré cette fille qui parle trop fort, cette envie de les photographier eux là-bas avec cette poussière qui se soulève sous leurs coups, leurs pieds et leur ballon. Je ferme les yeux, crains de m’endormir malgré l’épuisement ; je les ouvre tandis qu’au loin tu passes. On va voir Kubrick ? Oui, allons-y, je ne nous imaginais pas tant en avance. On a vu Kubrick, enfin l’expo, on a vu et je n’ai rien à en dire, rien à en tirer, ce doit être la fatigue découplée par ce sac à traîner. On a vu le film enfin, ça c’était prévu, « Les équilibristes » de Nico Papatakis, avec Piccoli qu’était là. Anouk Aymée aussi, joli moment, que ce petit hommage à quatre voix, cette lettre lue, ma découverte par leurs témoignages de cet homme dont j’ignorais tout : l’oeuvre comme l’existence, le décès en décembre, etc.

Le film ? Inspiré de Jean Genêt, film vérité sur des amours impossibles ou film impossible sur des amours vraies. Il faudrait peut-être que je parle de ce personnage (presque) secondaire, la mère du jeune homme, cette allemande paumée, mais il est tard, je suis épuisé. Elle aussi.

Mercredi 4 mai

« Excusez-moi monsieur, vous auriez un mouchoir ?« . Je n’ai pas de mouchoir. Elle non plus. Elle vient de se prendre en photo au milieu de sa conversation hachée avec ses deux copines, hachée par la musique qu’elles ont dans les oreilles. Sur l’autoportrait elle dû trouver ses lèvres trop rouge. Faute d’un mouchoir, elle appose à plusieurs reprises ses lèvres sur une feuille de papier tirée de son sac. Difficile de rester concentré l’être humain est définitivement plus complexe et fascinant que les nombres japonais…

Plus tard, autre wagon, tu m’appelles : « Allo ? oui je suis devant la salle n°1. – Devant la salle quoi ? Pourquoi ? on avait un truc de prévu ? ». Ah oui, j’ai oublié Jean Vigo… Ah non, la valise à rapporter, l’aller-retour, la chaleur, ne m’attends pas…

Nous nous sommes retrouvés après, pour ce petit resto souvenir de ma première venue à Paris. Première je crois, un doute peut-être.

Mardi 3 mai 2011

Je n’ai plus pour lecture et obsession que le japonais : retenir, apprendre, comprendre, retenir, retenir, noter, retenir, chercher les moyens mnémotechniques pour retenir, ce kaeru un peu comme en allemand, ce « Kyôto-e iki-masu » de plus en plus vrai…

Lundi 2 mai 2011

La petit fille suce un os, ses collants roses salis par l’absence de chaussures. Posé à l’arrière de la poussette, l’effigie moustachue : KFC. Sa mère a l’œil rivé sur le plan du métro, si petit. Pourquoi si petit ? Moi je la regarde et je rêvasse de là-bas ou de moins loin, Barcelone par exemple, Barcelone me revoici, Barcelone pour mes 37 bougies.

Au bout du trajet retrouver X et Hobo aboyant, puis G, main devant le visage quand il est question de faire un portrait. X s’inquiète, s’embarrasse d’un choix, cherche dans mes mots ce qui fera peser la balance d’un côté plutôt que d’un autre. À propos de balance, c’est pas un peu gras ce confit ?

Dimanche 1er mai

Dur de retenir les mots, les expressions ; je les note sur ce calepin rouge que tu m’as offert. Là, sur la terrasse en travaux et au soleil, deux tasses à café et ce livre que je vais ensuite ouvrir, La chambre claire, de Roland Barthes :

Quoi qu’elle donne à voir et quelle que soit sa manière, une photo est toujours invisible : ce n’est pas elle qu’on voit.

Livre difficile, l’esprit un peu dans le japonais ou ailleurs alors que le soleil se cache derrière l’immeuble et dans les parfums d’aubergine. Livre difficile mais belle vision du portrait par l’auteur.

Et puis c’est dimanche, mais c’est le 1er mai, on l’a juste oublié. Devant les portes chômées du musée d’Orsay on emprunte un autre chemin, d’autres idées, idées de secours vers le 16ème arrondissement, vers Guimard que tu ne connais que peu, vers Mallet-Stevens aussi tandis que Corbu est au fond de l’allée close.