
Quelle heure est-il lorsqu’on se lève pour aller s’asseoir dans les fauteuils ? Tu tires les rideaux, dehors il fait encore nuit. Café. Petit gâteau ; c’est comme cela que tu m’appelles parfois. J’ouvre le livre The one hundred years of Lenni and Margot. La mort n’est pas loin, la narratrice en sourit. C’est en anglais, mais ça glisse. Le temps ne se presse pas, je jour se lève, et nous allons au spa, il est peut-être 7h, je ne prête pas toujours attention à l’heure, juste un coup d’œil et puis j’oublie, tout ça n’a aucune importance, sauf pour respecter certains horaires.
Il a plu cette nuit, dehors c’est mouillé, des flaques même.
Petit-déjeuner, délicieux, je meurs de faim, je le prends en photo, c’est bien, tout est bien, un peu trop de cannelle parfois, éventuellement je grimace, éventuellement je fais semblant de grimacer pour t’amuser et toi derrière tu souris.
Puis nous partons marcher. Là encore, le temps ne compte pas. Soudain un animal là où on se recueille pour les enfants morts ; un cervidé, il ne s’enfuit pas, il nous regarde, je chercherai plus tard, c’est semble-t-il un cerf mulet avec ses grandes oreilles. Il y a aussi des oiseaux bleus comme jamais je n’ai vu d’oiseau bleu, et puis plus tard un héron sur la petite mare.
Tu racontes les peuples qui vivent à la frontière, les Pai Pai et les autres dont je ne retiens pas le nom, chacun d’un côté de la frontière, et qui peuvent (pouvaient) circuler librement d’un pays à l’autre. Et puis l’arbre là-haut.
– J’aime cet arbre, là-haut, tout seul.
– Il a un nom : Alex.
Je ne dis rien. Tu sais.
Les photos servent de pense-bête. La plupart creusent vers le rien, comme une contradiction. Une pierre, ce qu’il reste des incendies – ils ont autrefois détruit 8 maisons du ranch – l’essentiel.
Et puis le jour passe. Notons ici un massage par Omar.
Et puis le soir arrive, la ville, à peine, la nuit, restaurant, spécialités locales. Je découvre le goût fumé du Mezcal. Je n’aime pas le goût fumé du Mezcal. Nous rions du dessert volcanique et gourmand. Le lieu me rappelle le séjour à Chicago. Ça pourrait faire un livre, le séjour à Chicago, la Ford Mustang sur les autoroutes dans la nuit, les jours qui s’étirent dans une banlieue, le Mexique aussi, l’ennui, la mégalopole qui n’existe presque pas parce qu’on me l’interdit.
Le taxi qui nous ramène a les vitres teintées : la ville n’existe presque pas.