Mardi 12 novembre 2013

Nouveau trajet matinal via le tramway, histoire de changer, après tout pourquoi pas, après tout… Bondé durant deux stations, puis allégé. Je me plonge alors dans la lecture, et puis soudain, au bout d’une page, je réalise qu’au dehors, il y a autre chose qu’habituellement : de la lumière, de la vie. Il n’y a pas le sombre des tunnels, la lumière artificielle des stations, l’ambiance éternelle qu’il fasse beau ou mauvais temps, nuit ou jour. Dehors ça respire, et j’ai l’impression moi-même de respirer un peu mieux, de ne pas être encore en sommeil. De ne pas encore être en apnée ?

Lorsqu’on se retrouve, la journée a passé, il fait nuit, il y a des lumières et de la vie, beaucoup de vie, celle de ce quartier qu’on fréquente si peu. On y cherche un bar puisque l’on a du temps avant le film, un lieu qui fait envie. Enfin sur l’écran, c’est également inhabituel, c’est l’Afrique, un film africain. Touki Bouki, le meilleur film africain de tous les temps, a dit JLB. Coloré, fou, africain dans ce que j’imagine être l’Afrique à cause de tout ce que j’en ignore, Touki Bouki m’évoque la folie des JLGodard des années 60 tandis que Joséphine Baker continue sa rengaine… Pariiis Pariiiis Pariiiiis.

Lundi 11 novembre 2013

À travers la vitre, les touches jaunes et oranges ne changent rien à l’affaire d’un paysage triste et froid (donc potentiellement beau ou photogénique, j’hésite), ce froid qui m’a surpris plus tôt. Dans le wagon la chaleur vient d’en bas, ça vous brûle au niveau des chevilles et une pensée émue est adressée aux ingénieurs qui ont pondu ce système ainsi qu’à ceux qui ont curieusement fait des sièges plutôt bas (simple impression ?). À travers la vitre il y a donc une évocation et je me dis qu’il faut que je voie le Voyage d’hiver de Vincent Dieutre ; je pense à Schubert mais je n’en ai pas sous la main, non j’ai Barthes qui parle de sa mère, d’une photo de sa mère enfant, Barthes qui parle de photo ça me point, comme il dit lui même. C’est ensuite que j’écouterai Vivaldi en parlant, moi, de photo ; dehors il commencera à faire nuit et je me perdrai un peu dans la concordance des temps.

Dimanche 10 novembre 2013

Je crois que ne n’avais jamais vu ce genre de fleurs en plastique dans un cimetière. Ni même dans un magasin vendant n’importe quoi, pourvu que ce soit pas cher et fabriqué loin. J’en ai ramassé quelques pots, renversés par le vent et je ne sais pourtant presque plus à quoi ils ressemblaient. J’ai trouvé ça beaucoup plus triste que les céramiques cassées que je prends régulièrement en photo en me demandant si quelqu’un un jour les recollera, si l’employé communal est triste, s’il se demande ce qu’il doit faire.

Et puis j’ai compris que la petite fille ne faisait plus de balançoire.

Samedi 9 novembre 2013

Un tour au CGS, un tour chez JLB, et pour moi aussi un blouson. Rouge. 37. La taille ? Non, le prix.

Vendredi 8 novembre 2013

Elle s’appelle Charlotte D, elle dort à côté de moi. J’ouvre la tablette pour mieux écrire et découvre un Paris-Match plié en deux. La couverture ne m’intéresse pas mais j’ouvre par curiosité, j’y surprends de l’art contemporain et Brassens. Moi aussi j’ai dormi, évidemment bercé par le TGV et par la lecture de ce Nue qui m’a fait un peu rire dans la semaine mais qui me lassera ensuite. Je regrette définitivement les premiers Toussaint (les Toussaint d’ouverture, diraient les rois du jeu de mots).

Jeudi 7 novembre 2013

Tu t’assieds, je t’ai attendu pour commander, tu as donc ce blouson, tu me parles de l’autre que tu vas faire réparer et avant que tu finisses ta phrase j’ai ce sentiment — que malheureusement la science explique —, cette impression d’avoir rêvé ou vécu ce moment.  J’ai failli te couper la parole pour finir ta phrase : il devait rester le verbe « recoudre » à prononcer.

C’est ensuite un autre goût de déjà vu, un goût qu’on connait mais un lieu qu’on ignorait. Chez Nanashi on a eu notre dose quotidienne de Japon. Mais on a tout de même pris un cheese cake au thé vert en dessert.

Mercredi 6 novembre 2013

Parce qu’ensuite ce sera moi, parce que tu voulais venir, parce que l’Islande nous fait encore rêver, parce que je manque le moins possible ces rendez-vous, parce que la galerie des Filles du Calvaire, parce que la curiosité est un défaut indispensable. Et puis devant cette photo qui en entasse d’autres, une certaine émotion.

Mardi 5 novembre 2013

Le problème c’est d’avoir évidemment plein de choses à dire sur « Interior. Leather bar » mais de ne pas vraiment savoir les exprimer. Ou alors pas ici.

Lundi 4 novembre 2013

Car là-bas, dans la rue, dans un bar, dans un magasin, dans un train, il advient toujours quelque chose. Ce quelque chose – qui est étymologiquement une aventure – est d’ordre infinitésimal : c’est une incongruité de vêtement, un anachronisme de culture, une liberté de comportement, un illogisme d’itinéraire, etc. Recenser ces événements serait une entreprise sisyphéenne, car ils ne brillent qu’au moment où on les lit, dans l’écriture vive de la rue, et l’Occidental ne pourrait spontanément les dire qu’en les chargeant du sens même de sa distance : il faudrait précisément en faire des haïku, langage qui nous est refusé.

Roland Barthes – L’Empire des signes.


Samedi 2 novembre 2013

L’accrochage est strict, trop parfait, en opposition avec les photographies – quoi que. Au Bal c’est encore une fois un vrai parti pris, l’affichage d’un genre – la street photography, encore. On aimerait peut-être, un peu, y respirer, mais devant la rigueur je m’incline… et surtout devant certaines photos de Mark Cohen. Évidemment, mes images préférées sont ces corps cadrés qui oublient les visages, cette bouche, ces mains… Des mains qui pourraient signer, n’est-ce-pas ?

Et puis on croqua des queues d’hippocampes. Allitération culinaire.

Vendredi 1er novembre 2013

Et puis finalement nous sommes sortis après ce férié studieux. Un Château en Italie nous attendait, sans avoir besoin du moindre vol low cost. Mais ce n’était pas vraiment un voyage, tout juste une chronique autobiographique où les arbres s’écroulent dans une symbolique appuyée.

Jeudi 31 octobre 2013

La masse bruissante d’une langue inconnue  constitue une protection délicieuse, enveloppe l’étranger (pour peu que le pays ne lui soit pas hostile) d’une pellicule sonore qui arrête à ses oreilles toutes les aliénations de la langue maternelle : l’origine, régionale et sociale, de qui la parle, son degré de culture, d’intelligence, de goût, l’image à travers laquelle il se constitue comme personne et qu’il vous demande de reconnaître. Aussi, à l’étranger, quel repos ! J’y suis protégé contre la bêtise, la vulgarité, la vanité, la mondanité, la nationalité, la normalité. La langue inconnue, dont je saisis pourtant la respiration, l’aération émotive, en un mot la pure signifiance, forme autour de moi, au fur et à mesure que je me déplace, un léger vertige, m’entraîne dans son vide artificiel, qui ne s’accomplit que pour moi : je vis dans l’interstice, débarrassé de tout sens plein.

Roland Barthes. L’Empire des signes.

Mais au retour ce sont des chansons légères.

Mercredi 30 octobre 2013

J’aurais aimé que le travelling arrière s’arrêtât avant. J’aurais aimé rester sur cette image qui dévoile juste un détail du dispositif du film : ce robot qu’on retrouve dans la salle d’à côté. Mais en écrivant, plusieurs jours plus tard, ces quelques mots sur ce journal, c’est tout de même la beauté de ce Marylin qui reste : la voix, les descriptions (que je n’ai pas toutes comprises, fuck l’absence du moindre sous-titre), les répétitions, l’écriture, les superpositions, l’obsession.

(C’était l’expo Parreno, mais j’aurais pu à la place vous parler de mes photos, de mes nouvelles chaussures ou du dîner avec JF&N)

Mardi 29 octobre 2013

L’homme rit. Pas moi. Il m’ennuie. Pire : il m’agace. On part ?

(C’était Histoire de ma mort, d’Albert Serra, devant lequel il aurait sûrement fallu rester. Ou pas.)

Lundi 28 octobre 2013

« Savez-vous pourquoi rien n’avance ? » te demande l’étudiante. Elle ne boit rien, pourtant c’est un bar ; j’ai chuchoté au serveur un nom à bulles. Au Champo on file ensuite : Chris Marker est à l’affiche pour « Lettre de Sibérie« , soixante-deux minutes d’un documentaire qui – évidemment – n’en est pas tout à fait un.

Vendredi 25 octobre

Les petites, rieuses, sont sur le canapé ; je ne les y attendais pas. Arrivent ensuite une autre génération, qui ne reconnait pas tout, qui ne voit pas tout, mais qui, soudain, reprend en main le cours des choses. Les voici toutes trois devant la webcam, gardant un souvenir de ce canapé peut-être pas assez éclairé.

Jeudi 24 octobre

Opium, film bancal dont presque indispensable, dans lequel on se rappellera le tordu, l’onirique, l’opiacé. Et la FIAC, c’était comment ?

Mercredi 23 octobre

Il fait (encore) (presque) nuit quand je pars (travailler), (vague) impression d’une nuit inachevée. J’entame un (petit) carnet (gris), pourtant ce n’est pas le début d’un mois, d’un an, d’une période, ce n’est qu’un retour après une parenthèse de quinze jours. Mais la parenthèse va rester entrouverte.

Lundi 21, mardi 22 octobre

Me voici durant deux jours, à l’EHESS, au séminaire organisé par Le Bal : « La persistance des images« . Deux jours merveilleux, entre le sentiment de continuer la route entamée au printemps, après ce virage dont je disais en juillet que c’était le début de quelque chose. Le quelque chose continue de se dessiner, et les références citées durant deux jours (Barthes, Mauss, Foucault…) rejoignent les noms que l’on partage parfois toi et moi (Henrot, Des Pallières, Judd…).

Le thème s’avère être beaucoup plus vaste que ce que j’imaginais, et voici que Tanguy Viel croise un psychanalyste, qu’un critique d’art se met à philosopher, que les images en mouvement de l’Amérique d’hier se confrontent aux photographies enfouies du Sahara occidental. Douze interventions, autant de sujets dans le sujet et des dizaines de pages noircies en espérant ne rien oublier et en supposant pouvoir, ensuite, relire et retenir. Comprendre aussi, peut-être. Ces persistances des images ont une autre particularité, celle de m’ouvrir les yeux et l’esprit sur mes deux projets en cours, cette exposition qui viendra en janvier et ce livre qui peut-être, un jour, aboutira. Ces deux objets offrent aux mots et aux images la possibilité de se croiser et de persister, ils interrogent les souvenirs, le souhait de ne pas (trop) oublier, les visages enfouis, que sais-je encore… Bref. En relisant mes notes j’ai comme une envie de retranscrire ici, dans ce journal qui offre aux images un peu de persistance, quelques phrases, tronquées, incomplètes, mal notées, décontextualisées, comme celle-ci, prononcée au tout début des deux jours : « Ce que nous réclamons de l’art, c’est de fixer ce qui est flottant. » Mais voici que j’abandonne l’idée et qu’il m’en vient une autre, rédiger un long et précis compte-rendu, faire partager ces heures. Mais le temps file, saurez-vous patienter ?

Et le mardi, c’est charcuterie !

Du 10 au 20 octobre : Japon

Il n’y a pas de journal, il n’y a qu’une évocation, des noms, des lieux (Kyoto, Onomitchi, Naoshima, Teshima, Tokyo), des nuages, des îles, des centaines de kilomètres de route, de train, de bateau, le ravissement de la mer, l’effervescence de la capitale, du bonheur.

Mercredi 9 octobre

Tu regardes l’avion comme les enfants regardent au loin les bateaux qu’ils rêvent de prendre pour traverser la mer, mais nous ce n’est pas un rêve. Et ce n’est pas la mer.

Mardi 8 octobre

J’ai hâte et en même temps je n’y crois presque pas… Japon, nous revoilà !

Lundi 7 octobre

Et puis rentrer tard. De toute façon tu ne m’attends pas, tu es ailleurs. Mais pas autant que dans votre film.

Dimanche 6 octobre

C’est la sortie de la messe, la petite fille a les souliers vernis dans la fromagerie. Je chantonne encore Till there was you ; je me demande si ce n’était pas ma chanson préférée des Beatles quand j’avais 18 ans, je pense que non, qu’importe. Et puis on croise S et sa petite fille recroquevillée dans son sommeil, on a encore en bouche, non pas un air, mais le goût fin du comté 24 mois ; la petite n’en a que 2.

Samedi 5 octobre

Tes mots et ceux de M. Scènes, actions, sens, impression, passion, dépassion, dépassement. J’aime ce que je lis, ce que j’imagine, ce qu’on pourra entendre, voir. Mais je ne dois pas me laisser emporter, je dois rester concentré, guetter les fautes, les anicroches et autres coquilles circonflexes. Puis, d’une galerie à une autre, de la boutique de Nicolas qu’on ne verra plus (la boutique) au bar au bout du Perche, on Nuit blanchit à peine, juste pour un peu de poésie sans rime.

Jeudi 3 octobre

Certaines œuvres de Leopoldo Novoa sont sous verre. On tend la main pour pouvoir les toucher, savoir si c’est du papier, du béton, quoi… Mais on ne touche pas non plus les autres, celles accrochées sans protection, sans crainte. C’est un peu frustrant, l’art, non ?

Mercredi 2 octobre

Ça a 17 ans et c’est hilare dans le métro clairsemé — il faut dire qu’à cette heure… Suis resté tard, puisque tu n’es pas là. Mais quelques tâches m’attendent, une affiche pour la Septième de Beethoven par exemple. D’autres s’imposent, l’écriture d’un billet et les premières bases d’un article sur le Lincrusta. Le Lincruquoi ?

Il est donc tard, comme dopé par quelques médications faites pour contrer, lorsqu’à haute voix — une voix haute mais prise, voilée, presque dramatique dirais-je avec un sourire —,  j’entreprends la lecture de quelques pages : un passage splendide, cet amour pour Gilberte, cet amour qui n’ose pas se dire, pas dire son nom et celui, différent, plus fort peut-être, amour admiration, amour fascination, pour le père.

Mardi 1er octobre 2013

12h22 : nous sommes légèrement en retard, parce M lui-même l’a été, et l’on ne voulait pas partir comme ça, trop vite fait. À la MaBA, Giulia nous parle du travail de l’artiste, mais finalement on pourrait transposer les mots à beaucoup d’autres œuvres, d’autres artistes : la place du spectateur, le travail du spectateur même (qui me rappelle la question du travail du consommateur abordée par M.A. Dujarier et d’autres, mais bref…), le spectateur qui, face à la pièce, au tableau, à l’installation, doit questionner, se questionner soi-même, trouver un sens, un lien, une appropriation. Dans la dernière salle, le cintre est devenu oiseau, décolleté, symbole d’un ordre machiste : la sémiologie aussi est un sport de combat.

Ce n’est peut-être pas anodin que mon rhume (appelons ça un rhume) m’ait poussé en fin de journée à la maison plutôt qu’à la projection du film sur Ralf König. Peut-être que mon corps refuse de garder contact avec cette ancienne vie. Mais sûrement que c’est un tort, parce que le travail du dessinateur a toujours été politique, parce qu’on m’a demandé d’écrire sur lui, parce que justement je n’ai pas encore décidé clairement de  fermer le site qu’autrefois j’animais.

Lundi 30 septembre 2013

Il faudrait que je révise mon petit Art nouveau illustré, car quand V me demanda de parler, là, sur ce boulevard de la République tellement typique, je bafouillai. Toi tu étais parti au Moulin, et le soir même je me dis qu’il était peut-être temps d’illustrer à nouveau, de mes propres mots, ce style 1900.

Dimanche 22 septembre 2013

Après que le poulet du dimanche a présenté une nouvelle tête féminine et que l’Art nouveau a déplié quelques pages, voici que la chevelure blonde de Dorothy Malone flotte dans les airs et caresse les espoirs de Rock Hudson et la joue de Robert Stack dans le Tarnished Angels de Douglas Sirk.

Samedi 28 septembre 2013

Avec « Swandown » on parcourut un bout d’Angleterre à pédalo, chez Gibert on retrouva Marcel Proust d’occasion, la galerie Loevenbruck exp(l)osait Alain Declercq et « Chronique d’un été » nous plongea en 1960. La jeune femme entra, noir et blanc impeccable, tu me demandas ce qu’on voyait. Les Halles, majestueuses.

Vendredi 27 septembre 2013

Pas autant fébrile que je l’imaginais, plutôt calme même, dirais-je, j’ouvre l’enveloppe, parcours les notes, ne sais pas vraiment sur quel nombre ou quelle ligne m’arrêter. En bas c’est… assez conséquent. Consécration ? Qu’on s’écarte, faut que je téléphone ! Quelles conséquences ? Le soir on se retrouve, tous, presque tous, lieu inédit. Quand c’est vous que je retrouve, toi et M, elle dit que je n’ai jamais été aussi souriant. Ah ?

Jeudi 26 septembre 2013

On n’est pas là pour comparer. Mais il y a toujours quelqu’un qui se détache. Au moins une personne. Deux ou trois peut-être. Ne serait-ce parce qu’on a les mêmes (tranche d’âge, milieu artistique, etc.). Avec P, sans rien dire on s’est un peu tourné autour je crois au début. Peut-être qu’elle me contredira. Est-ce que cela elle le lira ? Bref, ce jeudi on a dîné chez P, elle nous avait invités, elle avait soigneusement sélectionnés les autres convives, je n’avais pas trouvé de caviste en repartant du chien qui fume où J avait tenu absolument à prendre une petite assiette de fromages – après l’expo il lui fallait bien ça ? Finalement j’ai peu parlé au dîner, je crois : les bulles du début, l’envie d’écouter. Et puis on ne parle pas la bouche pleine, n’est-ce pas ?

Mardi 24 septembre 2013

Et puis il a suffi d’un compte linkedIn trouvé par le hasard relatif des réseaux sociaux et d’un mail dans lequel je demandais si ça allait mieux depuis le dernier (novembre). À la terrasse d’un café au métro Jussieu on s’est amusé de nos relations communes, de nos emplois communiquant et soudain du Japon. Dans ses yeux, le onsen de Kurama sous la neige. Dans les miens, l’imaginé : Onomitchi sous la lumière d’automne. Du Japon j’avais justement parlé peu avant, pour cette exposition qui verra le jour en 2014. Sur le grand mur j’imagine déjà quelque chose de nouveau, des mots – les miens. Mais les mots les meilleurs en ce 24 septembre furent ceux en provenance du Celsa. Noir sur blanc. Diplômé.

Mercredi 25 septembre 2013

Édith Scob, évidemment.

(En dire plus, pourquoi pas, parler de la diction, parler de la voix, parler du montage, du film entier, tout entier, de la poésie, des mots que je manque parce que pfiuttt je pense à autre chose, de l’horreur ressentie en réalisant que pfiuttt j’ai pensé à autre chose, comparer avec le deuxième film, préférer les objets moins scénarisés, malgré le cimetière et Mireille Perrier, Mireille ailleurs peut-être, persévérer et donc écrire ça : « Édith Scob, évidemment »)

Samedi 21 septembre 2013

Il faut vraiment supporter ça ? Toi tu quittes la salle tandis qu’ils s’engueulent comme deux crétins buttés ; moi je reste malgré l’insupportable, déçu par ce qu’a fait la réalisatrice de ses images du 6 mai, exaspéré par un peu tout, mais donc surtout déçu par cette plongée dans les foules politisées, pro-Sarkozy ou entassées rue de Solferino. Il ne me restera de La Bataille de Solferino que cette image, cet entassement, cette foule qui, à l’annonce du résultat, devient une vague, une exaltation, une exultation.

Je te retrouve à la terrasse, en compagnie amicale : hasard. Ils me demandent si j’ai aimé et puis on passe à autre chose, ce moment du matin pour le prix des jardins fleuris par exemple, cette ambiance loin de ce café Beaubourg ou même d’une foule rue de Solferino. Et puis on passe ailleurs, notre cantine, ce Bûcheron. Mezzelune.

Vendredi 20 septembre 2013

… Par exemple, est-ce que tu t’es jamais demandé si papa c’était une usine ou un paysage ? Et maman, c’est un paysage ou une usine ?

Cinémathèque. Godard. Numéro Deux.

Parfois, tu m’emmènes au cinéma : tu me prends par la main et tu m’entraînes sur les chemins escarpés du septième art, là où il faut prendre le risque d’aller pour voir un autre horizon, une autre Histoire, celle que je n’ai pas vue dans les encyclopédies, là où tu sais sûrement que ma curiosité et ma faim seront satisfaites malgré le heurt, le tunnel, les limites incroyables de ces espaces qu’ils ont dynamités, les questions. Godard, pour moi – mais je n’étais pas dupe, je me rappelais Film, Socialisme – c’était surtout trois films avec Anna Karina. Vous voyez quoi… Godard c’était fou, drôle, à part, peut-être génial. Avec Numéro deux, Godard c’est devenu des questions, du je-ne-sais-pas, la quête d’un sens, des peut-être et puis tu me demandes si après/grâce à la sémio je peux tirer quelque chose de ça, oui sûrement, mais non, je n’y arrive pas, juste que c’est un film mais que c’est autre chose, un combat, une baffe, une volonté. « Encore film politique alors ?« , dit-elle.

(Et avant il y avait eu un entretien avec Claude-Jean Philippe sorti des tiroirs, un truc improbable là aussi, bref…)

Jeudi 19 septembre 2013

Dans les mains, masquant éventuellement la couverture d’une carte postale, parce que sur la couverture est écrit « Comment manipuler l’opinion en démocratie« , un livre écrit en 1928, Propaganda d’Edward Bernays, neveu de Freud et père fondateur des relations publiques (que l’on écrit dorénavant relations publics mais ça ne change pas grand chose) : une autre plongée dans la comm, pour continuer à aller de l’intuitif à autre chose, à supposer que j’aie jamais cru en mes intuitions. Mais sur le chemin du retour, je reprends Marcel. Swann a un peu abandonné Odette pour retrouver les mondanités, et me voilà entraîné dans quelques pages d’une majesté sans égal, entre beauté des phrases et fines railleries. Autour ils peuvent bien grouiller, papoter ou m’annoncer les stations, le rythme syllabique m’entraîne d’un monocle à l’autre. Je ne referme l’ouvrage que pour faire connaissance avec Marie L ; elle accompagne Cécile puis on s’accompagne tous au Crédac, une fois n’est pas coutume. Nul monocle ne nous attend, juste quelques mondanités sans railleries.

Mercredi 18 septembre 2013

Surnom Saucisse, elle parle de l’entretien du lendemain, suite logique de nos quatre mois en commun où l’on fit connaissance ; je commande une deuxième blanche, l’heure a défilé sans m’alerter, c’est quand tu m’appelleras que le temps signalera sa présence.

Mardi 17 septembre 2013

« C’est moi, c’est moi Lola » : devant moi, dans la petite fenêtre, Romain Duris imite Anouk Aymée. Tu me demandes ce que c’est, je réponds 17 fois Cécile Cassard, tu réponds « Tiens et si on regardait ça ce soir ? », je réponds oui. C’est justement comme une réponse à la page 284 annotée ce matin… une sorte de douceur surabondante et de densité mystérieuse.

Lundi 16 septembre 2013

À la radio, on parle de ce parti dont je n’ai même pas envie de parler. C’est pourtant l’heure du café, une heure où je navigue un peu entre sommeil, réflexions météorologiques, hésitations pour une éventuelle cravate, regards intempestifs sur les différentes sources donnant l’heure. Il me vient alors à l’esprit ce texte survolé au printemps, et lu avec attention récemment.

« En combinant ces mesures, on peut conclure qu’une minorité convaincue de sa domination future et, par suite, disposée à s’exprimer, verra son opinion devenir dominante, si elle est confrontée à une majorité doutant que ses vues prévalent encore dans le futur, et donc moins disposée à les défendre en public. L’opinion de cette minorité devient une opinion qu’on ne peut désormais contredire sans courir le risque de quelque sanction. Elle passe ainsi du statut de simple opinion d’une faction à celui d’opinion publique.« 

Élisabeth Noëlle-Neumann – LA SPIRALE DU SILENCE (1989)

Dimanche 15 septembre

Jeune et Jolie, d’Ozon. Lady Oscar, de Demy. Sur écran plus ou moins grand, des femmes plus ou moins jeunes, des histoires avec un h plus ou moins majuscule, un plaisir plus ou moins fort… Fort quand Mme Rampling intervient ; ce n’est presque plus surprenant.

Samedi 14 septembre 2013

Est-ce que certains s’endorment chez le psy ? Moi j’ai terriblement somnolé, embarqué une fois de plus dans le confort d’un siège et de la nuit d’une salle de ciné. Difficile après cela de donner un avis digne de ce nom sur Jimmy P. (psychothérapie d’un indien des plaines), le dernier Desplechins. Mais cette sieste m’a mis en pleine forme pour l’exercice qui a suivi, exercice culinaire qui a fait défilé les surprises gustatives, le tourteau en gelée sous le gaspacho, la salade qui donne des ailes à la photo, le cèpe en beignet, la demi queue de homard, le dos de (quel poisson déjà ?), la cuisse de pigeon, le sorbet au yuzu, la crème brûlée revisitée (sic)… Ton anniversaire tout rond est devenu un moment qu’on n’oublierait jamais. Que n’oublierait peut-être pas non plus cette Japonaise qui s’écria en sortant des toilettes, les mains devant la bouche et les yeux effarés : « Ooooh mensu desu ? Oooooh i’m so sorry« .

Et le sanglier ? Il est où le sanglier, s’insurgea Obélix.

Jeudi 12 septembre 2013

62 jours, 14 photographes, 777 photographies sur quelques murs. Le compte n’y est pas vraiment, d’ailleurs nous ne sommes que 5 puis 6 participants, là, ce soir au vernissage, 6 à qui on s’adresse, à qui on demande « Et toi c’est lesquelles ?« . Parfois entre nous on se pose cette même question, on s’étonne « Ah c’est toi ça ?« , sorte de petite famille sans lien de parenté n’ayant même pas passé les vacances d’été ensemble, regardant l’album de ces deux mois. Je reste encore plein de bonheur de cette aventure quotidienne, et plein d’interrogations, de tentatives d’explication là il ne faudrait peut-être pas en chercher : la démarche, les moments, le pourquoi, le comment, les où, qui, les impressions… J’avais relu plus tôt les cinq réponses faites rapidement à Fabien un samedi, bof, tant pis, pouvais faire mieux…
Et puis surtout il y a ceux qui ont pu venir, ce qu’on n’a pas vus depuis quand ? pas revus depuis tant… Même JLM, voyez-vous ça, l’amitié faisant un détour entre deux provinces. Sur le chemin de chez J on l’abandonnera.

Mercredi 11 septembre 2013

La couleur était un peu trop rouge ; ce n’était pas prévu. Le vendeur m’a dit « Vous ne vous en seriez pas rendu compte« , j’ai trouvé ça un peu grossier, un peu gonflé, de toute façon je n’avais pas le choix, le chapeau je l’ai mis sous mon bras déçu, déjà chargé de victuailles. On a fêté comme il se doit cet anniversaire tout rond, il y avait aussi, bien emballés, trois petits objets japonais, sans souci de colori… âge.

Avant la nuit, Mastrioanni était enceint, c’était l’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune, il y avait même Mireille Mathieu et mon air assoupi…

(Et mon air à soupière ?)

Mardi 10 septembre 2013

Vouloir n’y pas penser c’est y penser encore.

p. 263

C’est un peu ça aussi, la lecture dans les transports, chercher dans les mots ceux qui glissent suffisamment pour ne plus vouloir ne plus penser à ce qui se passe autour, ça, cette femme qui parle très fort à son enfant, un ton condescendant, irritant, parce que l’enfant n’a pas pris les bonnes chaussures, ni la sucette, ni un tee-shirt. La femme qui lit Zweig cherche elle aussi les mots qui glissent, mais elle se retourne, cherche qui peut parler ainsi, cherche un visage pour savoir à quoi on peut ressembler quand on parle ainsi à un enfant qui ne répond rien.

Mon temps de lecture est plus long que d’habitude, aussi long qu’avant juillet, j’ai pris pour une fois le chemin de Neuilly, pour quelques visages et des échanges : Comment peut-on faire mieux ?

Lundi 9 septembre 2013

Il y a cette chanson de Françoise Hardy, où elle dit que même sous la pluie dans le vent mon amour je t’attends. Là, il y avait la pluie. Et des aller-retours à pieds et en métro, pour des impressions imprécises et des reliures à relire. Et quel rapport avec l’amour qu’on attend ? Aucun, le mien ne m’attendait pas si tôt.

Dimanche 8 septembre 2013

– Je crois que tout à coup elle ne s’est pas vu rentrer avec un type comme moi à la maison.
– Mais elle y pense le jour du mariage ?
– Ben c’est justement le mariage qui lui a fait penser au mariage, par association d’idées.


Samedi 7 septembre 2013

Voir complets les murs de la galerie Vivoequidem.

Chercher ici ou là des cadeaux, avoir l’impression que l’impossible fête lui aussi son anniversaire.

Croiser, ô hasard,  JF&N dans une improbable supérette, un air de Queen, des crackers au sésame et au miel.

Du Gare du Nord de Claire Simon, vouloir retenir les moments de grâce : ces mots, le ciel dont cette femme parle, Nicole Garcia qui reprend les paroles, lui qui dit qu’il dégraffera son corsage…

Vendredi 6 septembre 2013

L’une porte des tongs, un short en jeans très court. L’autre un débardeur, un short à peine plus long. Leurs tenues sont à l’été, mais dehors on ne sait pas trop. Lorsque les premières gouttes commencent à frapper la vitre du RER, elles se regardent vaguement, pas de parole, une moue légère. De l’indifférence. Elles n’ont pas idée des hallebardes qui frapperont leur destination peu après. Elles n’ont pas l’attitude de ce lycéen qui dans le bus s’écriera le soir : « P’tain, j’ai oublié ! J’devais acheter un camembert pour ma mère, ouais p’tain j’ai oublié… Ouais j’devais lui acheter un cœur de lion« . Sa mère il appellera, s’excusera platement, tout ça pour une embrouille qui lui a fait oublié le camembert. Un cœur de lion, vous vous rappelez ? Et moi j’hésiterai presque à rester pour le poulet.

Jeudi 5 novembre 2013

À peine Yvette aperçue que je filoche, attendu ailleurs, ailleurs où quand j’arrive il est déjà plus ou moins tard. Ils sont 5, plus tard un de plus, et j’en ai retenu quoi ?
– « Moi Twitter ça me saoule, j’ai juste retweeté un tweet d’Obama. »
– « Bordeaux, c’est très joli, y a des toilettes partout. »
– « Personne ne veut un dessert avec moi ? »
– « T’as qu’à demander à la police socialiste.« 

Mercredi 4 septembre 2013

La petite table a les pieds dans l’eau, bientôt moi aussi ; tu as arrosé. Le maquereau est aux gingembre, les fraises aussi, mais pour faire passer toute cette délicieuse acidité voici que Vincent D. est chez Laure A. Les pieds au sec ?

Mardi 3 septembre 2013

Commencer la journée dans un bureau du treizième pour travailler plus (pour gagner plus…), poser les questions et les jalons, chercher les contours pour mieux les dessiner. Finir la journée dans un RER qui a des airs de plage : il fait si chaud que certains ont gardé leurs lunettes de soleil et leur Heineken, qu’un autre porte un tee-shirt au motifs africains. Il redresse sa moustache délicatement tandis que ma musique couvre leurs paroles à eux ; que se disent-ils en souriant ?

Sur la banquette en osier tu m’attends, content, les bras croisés sur ce nouvel achat. On file au cinéma, Grand Central, étouffant, oppressant, il fait chaud là aussi, les cadrages sont serrés, les êtres aussi. C’est quand Laure Adler parle avec (qui déjà ?) que tout s’allège, tandis qu’on équeute.

Lundi 2 septembre 2013

Philport lui a écrit « tu as oublié ton écran solaire« . Dans sa réponse que je ne peux manquer en raison de nos positions respectives dans ce métro matinal, elle lui répond que de toute façon cé pa dans son sombre bureau de l’Île St Louis qu’elle va en avoir besoin. Elle est de toute façon déjà très bronzée. Elle tendrait sous certaines lumières vers l’abricot évoqué hier, celui du livre Marseille en autobus que je commence à peine à lire. Dans le RER suivant, après un trajet sous le ciel de Paris, histoire de reprendre doucement, je m’étonne de certaines phrases, plutôt biffables, mais l’objet reste un exemple à garder en tête. « Un joli livre » me dit alors M que voilà sur le hasard du dernier quai ; « C’était bien les vacances ? »