Dimanche 1er juin 2014

Précision des matières, des angles, des couleurs, des rondeurs, des alignements, des vues, des ouvertures. Cette maison que Fumiko inaugure aujourd’hui est japonaise, totalement japonaise. Comme le plan permettant de la trouver, qui tenait autant du rébus pour nous.

Samedi 31 mai 2014

Un lit, mais aussi quelques chaises, nos valises, des petites enceintes, des grandes planches… bref : on y est. Et puis le frigo (bleu) livré hier, oui déjà hier, il fallait bien ça pour les bouteilles soient fraîches ce soir.

Vendredi 30 mai 2014

Je ne me souviens pas du jour de mes 20 ans – un jour banal à la fac, probablement. Je me souviens très bien de la fête pour mes 30 ans. Je n’oublierai jamais ces 40 ans, qu’il me faut, tristement, résumer en quelques lignes : la maison, le vélo électrique surprise, le dîner « cérémonie de thé » tandis que le jour décline, le champagne au Parc impérial dans la faible lumière. Il faudra vivre à un autre rythme pour voir le jour un peu plus longtemps dans ce pays.

Jeudi 29 mai 2014

« Tréteaux pliables ». Nul méthode Assimil ne l’a glissé dans son vocabulaire. Cela fait pourtant, à présent, partie du mien. Parce qu’il en fallait, des tréteaux pliables. Ou pliants, comme vous voulez : oritatami de toute façon.

Mercredi 28 mai 2014

4h45. Heure japonaise. J’abandonne la recherche du sommeil en espérant que la fatigue m’aidera à me rendormir. Parmi les disques qui pourraient me bercer, je choisis (avec un peu d’hésitation) le Requiem de Fauré. Derrière moi, un visage éclairé qu’il faudrait décrire, qu’il est malheureusement impossible de photographier, cheveux noirs, yeux noirs qui s’ouvrent et se ferment les rares moments où je me retourne.

6h10. Annie Hall. Ce n’est pas la peine de chercher à dormir : ils ont allumé les lumières pour le petit-déjeuner. J’oscille entre la version anglaise du film (mais je ne comprends pas tout) et la version française (mais c’est vraiment horrible ces voix).

8h01. Un SMS pour t’annoncer mon arrivée sur le sol japonais. J’ai pas vu la fin du film, on a un peu d’avance. Je n’imagine pas encore qu’il fait déjà si chaud.

8h46. Taxi collectif. J’avais répété pour savoir dire « j’ai réservé un taxi » au comptoir de l’agence mais c’était inutile, le petit homme en chemise blanche m’attendait avec son panneau. Je passerai peut-être à la télévision japonaise, interviewé, bafouillant mon anglais sans arriver à expliquer comment ni surtout quand j’ai rencontré mes amis japonais. Ému ? À la première petite sonnerie typiquement japonaise dans la navette qui menait au terminal, un grand sourire sur mon visage.

19h01. Un verre sur les bords de la Kamogawa pour fêter cette journée, cette nouvelle vie, les visages revus, les habitudes qui s’installent déjà, peut-être même la langue allemande à travers la paroi du studio, cette chemise d’un genre local et d’un tissu de saison achetée dans une enseigne internationale, les hérons sur la rivière et puis la maison. Fermée. Quoi que : pas complètement. Et déjà accueillante.

Mardi 27 mai 2014

Ça s’appellerait Mai, deuxième tome d’une série de jours et de semaines filant comme une étoile une nuit d’été. Mais ce n’est pas encore l’été et je n’ai pas levé les yeux au ciel. Ils sont plutôt vers l’horizon, celui que l’on va partager.

Il y aurait dans ce Mai un dîner très O.S., les photographies de M, une famille ou une autre, un texte délicat pour des Lucioles, des to do lists qui enflent, les images de ton nouvel espace, une petite musique de trop derrière Walter Benjamin, des jolies retrouvailles avec B.B., l’idée d’un lit temporaire et un avion qui s’envole.

Lundi 28 avril 2014

Quatre semaines. Le temps ? Pas. Pas le temps. Ailleurs oui, mais pas ici, pas pour ça, ce n’est pourtant pas l’envie qui manque. Le temps pour des choses moins lyriques, moins écrites : des cartons, du travail en plus du travail, des interrogations administratives, du japonais.
Ça pourrait alors devenir autre chose, ça s’appellerait Avril, il y aurait des projets qui s’approchent, des gens tristes, des gens heureux, un presse-purée, le hasard d’une date, des sœurs dans le Yunnan, Hanna Schygulla, Marguerite Duras et puis Pascale, Fred, nous et nos Oui. On me demanderait ce que ça change, on me demanderait « Et toi ? qu’est-ce que tu vas faire là-bas ? » Sur le sac en toile serait écrit : « Le futur commence ici« .

Le futur commence ici.

Mardi 1er avril 2014

Il a mis un R à la française dans son No Woman No Cry (no crrraille). Il y met une insistance rare, cherchant, c’est évident, à nous transmettre toute sa joie de chanter en échange d’une petite pièce. Mais je suis déjà très heureux sans lui, oui surtout sans lui, et le seul échange qui fonctionne c’est ce sourire de connivence avec la jeune femme assise en face de moi, lèvres et regard qui sourient par-dessus les lunettes. Et puis ce n’est pas le moment : douleur à l’arcade sourcilière suite à contact violent avec une porte de sortie du RER E. Et puis j’aimerais bien lire, surtout ce beau passage où Eric Faye parle des paysages sonores, du chant des cigales, du bruissement des roseaux à l’embouchure de la rivière Kitakami. Mais là, je n’ai pas vraiment le roseau qui bruisse. C’est ensuite qu’on rira un peu plus, les petits poissons en papier dans le dos.

Dimanche 30 mars 2014

Les premières sensations de celui qui retourne au Japon après des mois d’absence sont en premier lieu olfactives.

Eric Faye, Malgré Fukushima


Samedi 29 mars 2014

Là, je me demande si c’est inédit, là, sur ce fauteuil, oui vous voyez, ce genre de siège de salle de spectacle, les montants métalliques, l’assise de plastique, couleur crème, parfois marron. Je me demande si c’est inédit, d’être ainsi à écouter ce type de musique. L’amitié a cela de beau qu’elle nous fait aller vers ce qu’on n’a jamais visité, rencontré, osé.

Vendredi 28 mars 2014

Regarde-les un peu, qui rient et trinquent, qui questionnent, s’étonnent, veulent savoir, veulent en savoir plus, encore, davantage. Entre eux les sujets s’étalent, ils ne vont pas si loin, si loin que nous. Nous, car ce qu’il t’advient m’advient, ricochet aventurier.

Mardi 25 mars 2014

En lisant le roman d’Olivier Steiner, je pensais à la mer. Non pas parce qu’elle était un peu le quatrième personnage du roman, là-bas au loin derrière la maison, mais parce que la mer c’est le calme et la tempête, que l’océan peut être capable de vous emporter impuissant ; une vague et hop. Je n’arrivais pas à me détacher de cette métaphore un peu facile, à cause du flottement, de la noyade, du goût salé, de l’extrême, et pourtant je n’aime pas les métaphores. Je me dis alors soudain que quand on regarde l’océan, derrière l’horizon c’est encore l’horizon et je trouve ça assez joli mais ça n’a rien à voir.

Lundi 24 mars 2014

Il dit qu’après lui il restera à apprendre la patience. Que la patience n’est pas une qualité ou un caractère, elle est une façon d’épouser le temps.

Olivier Steiner, La vie privée.

Dans la salle 1 du Centre Pompidou, je lutte contre le sommeil, sommeil qui m’a manqué la veille et qui, le soir venant, s’était fait discret, résigné d’être ignoré peut-être. Dans la salle 1 du Centre Pompidou passe le film de Florence Lazar, Kamen (Les Pierres), ce film dont je connais le squelette, la genèse, la puissance potentielle. En sortant de la salle le sommeil est loin, l’esprit réveillé par l’objet, par l’efficacité, par la beauté pure du documentaire, par la parole. Parole, parole, et voici qu’elle est double en arrivant à la maison avec les Pinçon-Charlot chez Laure A. Et puis des voix.

Samedi 22 mars 2014

Je n’ai jamais très bien compris pourquoi je gardais tout cela. Tout cela qui a été feuilleté brièvement, stockés dans des classeurs, imaginé sur des enveloppes, fixé sur mes murs d’étudiant, tout cela pourrait être bientôt dans des pages et remplacer les souvenirs (des lieux, des cours, des noms, des rites…). Je comprends alors pourquoi je garde tout cela : l’espoir d’en faire quelque chose.

Vendredi 21 mars 2014

La petite fille est amusante, souriante, on pourrait dire rigolote, les livres font tüt tüt et par la fenêtre on voit les toits de Vincennes. On parle du boulot, de celles qu’il ne voit plus, de nos situations : fragilité, liberté, pénibilité, particularités… la vie privée. La Vie privée, emballée, enfin arrivée, déballé, dédicacée. Déjà commencée.

Mercredi 19 mars 2014

La branche était immense, elle est à présent en tronçons au milieu des murs blancs, c’est beau, étonnant, ça fonctionne, ça remplit l’espace avec grâce, cela me rappelle la dernière fois que la nature – morte – était entrée à la Maison d’art, pour l’expo Labarthe ; des feuilles jaunies et sèches voltigeaient alors. Le reste m’amuse éventuellement, j’aime cette salle à l’étage devenue noire pour l’écran mais dehors il fait un peu froid ; réchauffé par le sourire de Giulia qui se glisse sous ce projecteur à la recherche de mouvements pour remplir son rôle.

Et puis, une fois rentré, il y a quelque chose d’indépassable, ce texte que j’avais lu en septembre 2011, tu étais loin. Tu l’es encore, loin, cette fois c’est le film : Le Camion. Autant sur le Jeanne d’Arc de Bresson les mots me manquaient l’autre jour, autant là je suis… comment dire c’est… ah… sa voix… et lui là… les mots me manquent donc aussi… non mais elle surtout, elle, c’est magnifique, pourvu qu’elle parle encore, quoi qu’elle dise mais surtout ça, la musique des mots et leur portée, elle dit les mots prolétariat, classe ouvrière, et puis ces couleurs, ce camion, la lumière, un peu la même qu’autour du châtaignier avant-hier.

Mardi 18 mars 2014

 » – Je ne sais pas pourquoi, j’avais à l’esprit que c’était mercredi ou jeudi.
– Parce que d’habitude, c’est mercredi ou jeudi.
 »

Courir, courir, courir encore, pour ne pas attendre dix minutes, puis quinze, et puis le soir trente-neuf, trente-neuf minutes, oui, aux heures perdues où plus personne n’attend et où le chauffeur fait comme s’il ne vous avez pas vu dans le rétro malgré votre blouson rouge vif et referme la porte sur vous – bam ! – derrière le petit homme en imper beige. Ne rien dire, essoufflé. Juste bonsoir, peut-être, dans un souffle discret.

Samedi 15 mars 2014

Une musique de fanfare dans mon dos. Je pense à celle de « Une chatte sur un toit brûlant » mais les enfants insupportables ne sont pas là pour souffler dans leur petite trompette ; le manège ne tourne pas, l’homme attend dans sa petit cabine qu’un gamin ait envie de tourner sur un cheval de bois aux paupières écaillées. Assis sur un banc, je regarde l’horizon brumeux et la Charente dont les rives ont encore cette odeur typique des périodes de crues. Le manège est vide, sentiment d’abandon temporaire, sentiment d’abandon qui rappelle (vaguement) celui qui, plus tôt, régnait là-haut, sur le site de l’ancien hôpital. Je n’y étais jamais retourné : le lieu est vide, les fenêtres sont murées, les murs sont joliment couverts de graffs. Les souvenirs y sont tristes mais lointains, j’ai souri devant ce village fantôme fascinant et photogénique dont je n’ai pas parfaitement capté l’âme. Et puisque c’était le jour de voir Saintes autrement, me voici découvrant la petite salle des Jacobins et redécouvrant l’intérieur de l’Abbaye aux Dames envahie par quelques grincements de hautbois. Soudain, rêver de grands formats précis dans la magnifique salle capitulaire.

Vendredi 14 mars 2014

« Mais c’est tout simplement le premier après le ministre, c’est lui qui fait tout. (…) Il est officier de la Légion d’honneur. C’est un homme délicieux, même fort joli garçon. »
Sa femme d’ailleurs l’avait épousé envers et contre tous parce que c’était un « être de charme ». Il avait, ce qui peut suffire à constituer un ensemble rare et délicat, une barbe blonde et soyeuse, de jolis traits, une voix nasale, l’haleine forte et un oeil de verre.

Marcel Proust. À l’ombre des jeunes filles en fleurs

La glycine aussi était en fleurs en arrivant. Le magnolia l’était encore le matin-même. Et l’esprit était en fête, malgré les heures qui bientôt nous sépareront.

Jeudi 13 mars 2014

« C’est Cardin, alors on peut arriver en retard comme des fleurs ».

Étudiant en retard s’adressant à ses 3 camarades

À la terrasse je raconte à N que le festival Circulation(s) ne m’a pas transporté, qu’il y a chez la plupart des photographes l’obsession d’une série, mais que l’accrochage de la salle 1 était très bien, que quelques travaux étaient intéressants voire beaux (ce reportage en Sibérie), que j’avais beaucoup ri devant les imitations de cette Allemande. En revoyant plus tard mes propres images prises là-bas, je me dis que j’ai peut-être un peu exagéré sur cette idée de l’obsession ; je retiens l’impression de multitude – mais lui en ai-je parlé ? Je revois alors la simplicité des images de Luca Lipi, je me dis que j’ai trop peu regardé celles de Bruno Fert, et je relis le texte que j’ai aimé, accompagnant les photos de Clément Val (« J’appelle ça mon journal, mais c’est me mentir à moi-même : ces images sont presque l’antithèse de mon quotidien, rempli d’ordinateurs et de béton »).

Lundi 10 mars 2014

C’est ton dernier rendez-vous avec une salle, en tout cas le dernier programmé puisque demain tu t’envoles. Les fauteuils sont rouges, les questions claires ; plaisir d’un nouveau moment d’échanges face à un public curieux, attentifs, presque attentionnés. Il n’y a pas le stress, la panne et l’horaire tardif de la dernière fois. Il y a aussi les visages amicaux – V, E, d’autres dont j’ignore le nom -, rares mais présents et au bar du coin, après la projection, V est radieuse, drôle, « évidemment qu’elle viendra si… ».

Samedi 8 mars 2014

Et c’est ainsi qu’on quitta Étretat en mangeant du camembert dans une voiture de location immatriculée en Allemagne.

Vendredi 7 mars 2014

La pause déjeuner remonte en 1914, les tranchées et les coups de canon, les crayonnés et les coups de crayons. C’est au musée de Nogent-sur-Marne, et c’est une approche originale et réussie pour cet inévitable centenaire (et je ne dis pas ça parce qu’il le faut).

Et puis le retard dans la projection, le raté total pour les pizzas. Mais vous croyez vraiment que ça va nous gâcher le plaisir ?

Jeudi 6 mars 2014

Je ne peux pas écrire ici une phrase du livre entamé ce jour, Le Tramway, de Claude Simon. C’est pourtant un choc, des phrases qui m’ont happé, mais des phrases longues, très longues, plusieurs pages si besoin. En lisant, je pense au train qui, de Barcelone, nous avait emmenés jusqu’à la plage ; le soleil est donc définitivement de retour. Sauf le soir : c’est un peu nuageux chez Sophie Fillières.

Lundi 3 mars 2014

La photo montrerait une vis noire dans un mur blanc. Elle évoquerait la fin, c’est à dire ce qui n’est plus – l’exposition – et ce qu’il advient – une pointe de mélancolie. Sur le fond sonore il y aurait encore Chopin.

La citation serait de Cartier-Bresson dont j’ai entamé la lecture d’entretiens.

La critique de film serait celle de « At Berkeley« , traité de fascination d’un réalisateur pour la belle banalité d’une université humaniste.

Dimanche 2 mars 2014

Elle joue. Au piano. Elle m’a de nouveau demandé si c’était moi le photographe. Elle m’a demandé si cela me dérangeait si elle jouait. Pas du tout. Avec plaisir.  Chopin. Je filme. Elle est la bande son de mon exposition, elle habille les images,  elle m’offre la musique qui couvrirait le film. Elle a 87 ans. J’ai donné vaguement rendez-vous,  rien d’officiel, juste comme ça, il n’y aura que deux visiteurs. Dans le salon il fait chaud. Cette fois-ci elle ne raconte pas le conservatoire, les années de musique ; cette fois-ci elle ne dit pas qu’elle attend la mort.

L’exposition est terminée, une page photographique est tournée, page japonaise, et sur l’arrêt de bus un point rouge, drapeau emballé.

« J’arrête pour aller déjeuner. Un temps« .
Alain Resnais à Marguerite Duras.

Samedi 1er mars 2014

Rattraper le temps perdu ou laisser février muet ? Parler du samedi avec tous ces œufs ?

– En même temps au ciné garder des places je sais pas si c’est possible.
– Ben si, on met des sacs.
– On n’a pas de sacs.

Jeudi 27 février 2014

Dans deux jours, cela fera un an que j’ai mis les pieds au CELSA. Et depuis 8 mois j’ai un peu mis de côté la sociologie ; c’est à dire que j’ai mis de côté la lecture des livres de sociologie, parce que la sociologie – et comme elle m’a enrichi – est toujours là, un peu tout le temps, un peu partout, beaucoup chez tout le monde. Voici donc qu’au milieu de tous les livres achetés hier, je plonge dans « La sociologie des pratiques culturelles« , à la recherche de quelques connaissances supplémentaires, de quelques bribes de conversation dans les dîners, de quelque compréhension sur le téléspectateur ou la parisienne cinéphile.

Mercredi 26 février 2014

Sur les étendues caillouteuses du nord du Canada, les maisons ont une allure fragile et des cimetières (de pierres tombales ou de machines abandonnées) viennent rompre l’horizon. C’est là que tu donnes la parole aux habitants : ils parlent de leurs ancêtres comme on aimerait tous pouvoir en parler, simplement, parce qu’ils sont là, en permanence. Les aïeux sont en eux, ils leur ont donné leur nom et – voilà plus surprenant – leur identité.  « How does your mother call you ? » demande le personnage principal. « Dad« , répond la fille. Et ce sont des histoires de résurrection, des souvenirs d’avant-naissance, des réponses chuchotées de petite fille en sweat-shirt Mickey… Tu nous installes avec délicatesse sur cette étrange frontière entre le témoignage d’une réalité et la poésie des croyances. Et en cette période actuelle de questions sur le genre et l’identité sexuelle, tu enrichis le débat d’un regard léger, libre, simple, profondément humain… et merveilleusement lumineux. Enfin !

Lundi 24 février 2014

Voilà que je m’étonne d’avoir le temps, un temps que je prends avenue Montaigne, au fil des vitrines hors de prix. Au PdT les Rencontres ouvrent leurs portes, mais celles de la salle se referment sur une foule trop nombreuse.

Dimanche 23 février 2014

Les JL m’accompagne au JdP : Robert Adams et ses étendues poétiques où parfois le sujet est trop présent, Mathieu Pernot, tournant autour d’un sujet ou deux pour mieux en puiser toutes les ressources. Mais c’est fiévreux que se clôt ce dimanche : Six Feet Under refait surface six pieds sous la couette.

Lundi 17 à vendredi 21 février 2014

Le temps file… Jarmusch nous emballe doucement, mes contrepoints subissent les regards ou s’accompagnent de mes explications, Milestones de Kramer nous revient doucement en mémoire au fil des scène, la séance pointligneplan me berce de ses chansons, de ses orages, de ses silences.

Samedi 15 février 2014

On s’étonne des nombreux pas de porte qui se louent ou se vendent, vides, abandonnés ; Chalon est sous la pluie, le musée Denon vide. Un bon restaurant et des lampadaires disproportionnés, l’achat d’un livre sur le merveilleux Saul Leiter, et puis Ziad qui parle de l’esthétique du pourrissement, sans que je sache si c’est voulu ou si c’est une hésitation sur le mot qui convient au verbe « périmer ».  Le travail de C. Cook qui me touche. Les images en 3D, la poésie des images anonymes, orphelines, souriant au passé. Le regard de François C sur mes Contrepoints. Et la moquette verte d’un bar de Dijon.

Vendredi 14 février 2014

Ils sont, eux aussi, dans ce TGV qu’on aurait pu manquer parce que curieusement, bêtement, naïvement, on n’a pas vraiment vérifié, comme si on avait l’habitude de faire ce trajet que l’on n’a jamais fait (toi peut-être ?), alors que, quand on a l’habitude – vers Limoges ou Saintes – on vérifie, une fois, deux fois. Ils sont là, ils entassent dans le wagon leurs valises de clichés, ils sont des « bourges », ils vont à Megève, ils sont tels que vous les imaginez, du beige et un serre- tête, le père peut même lire « SAS » et puis ça chuinte, ça parle fort, et le petit garçon blond en polo bleu pâle assène dans le couloir tandis que vous essayez de lire « Ah ouiii elle est vraiment sympa, on la voit tous les mercredis au polo. » Nous, nous allons à Châlon-sur-Saône, pas de ski, non non, mais le vernissage des trois nouvelles expos du musée Niépce. Pourquoi ? Parce Ziad Antar, parce que P y va, parce que…

Il faudrait alors des paragraphes et des paragraphes pour parler de l’hôtel, du travail de Ziad, du dîner, de la belle collection exposée, des photos de C. Cook qu’on n’aurait pas dû laisser pour le lendemain, etc. Il faut peut-être se limiter à une chose, une émotion, celle devant la photographie de Cartier-Bresson, ci-contre, prise avec mon téléphone portable, quelque chose de rarement ressenti devant une image, l’impression du mélange savant de la perfection et de l’émotion.

Jeudi 13 février 2014

Didi Hubermann, dont l’exposition au Fresnoy avait été un long moment de ravissement, prend une autre dimension au Palais de Tokyo. Les images en mouvement sont à nos pieds, les images fixes sont immenses, et le tout se répond : répand différemment.  Je crois que c’est encore plus beau, cette manière dont les deux se côtoient, ces présences, cette proximité, même si le jeu sonore me semble plus confus. Je crois, mais nous reviendrons pour le confirmer : on file à la pharmacie, y a José L qui offre le sirop pour la toux…

Mardi 11 février 2014

Richesse d’un mardi. Une visite guidée pour décortiquer à deux voix les photos glacées de Patrick Weidmann, un spectacle graphique et dansé pour quelques photos, et puis la radio, ta voix derrière la vitre, l’excitation de mon côté (de la vitre, parce que ah la la on n’aura pas le temps d’entendre le morceau en entier). Finir par un dîner aux allures chic.

Dimanche 9 février 2014

Nénette et Boni était un lointain souvenir, trouble, un soir sur Arte probablement. C’est devenu des images nettes, belles, cadrages, couleurs, et puis ce personnage qui oscille entre noir et rose, rose layette, noir fusil. Dehors les camélias offrent leurs premiers signes printaniers, blanc, une touche de rose aussi.

Samedi 8 février

Nogent encore, et puis le hasard d’un dîner qui me rappelle une autre vie – la recherche d’une colocation, l’hésitation d’être si loin, pourtant c’était si grand.  Le hasard, c’est aussi cette constatation, sur 5 convives, d’être 3 webmasters-photographes. Dont 2 qui ont repris de la soupe.

Jeudi 6 février 2014

Blonde sous l’éclairage coloré de l’arrêt du tramway,  je pense que je pourrais la prendre en photo. Et puis elle sort son téléphone, shoote ceux qui, au loin, collent des affiches électorales sur les piliers gris de la petite ceinture, sans honte, avec plutôt une certaine allégresse, peut-être cette excitation de ceux qui savent qu’ils ne devraient pas faire ça,  que c’est interdit, mais que leur jeunesse leur permet tout. Plus tôt, d’autres, plus âgés – des dizaines d’années de service – avaient mis une cravate, été allées chez le coiffeur, mais j’étais arrivé trop tard.

Mercredi 5 février 2014

Métro, ligne 1, départ imminent, ils disent que dix secondes c’est dix secondes et d’autres phrases un peu toutes faites. Heureusement qu’ils ont manqué le bus parce qu’ils n’auraient pas rencontré son ami plombier… Ils sont un croisement entre les Vamps et les petits vieux du Muppet Show. J’étouffe un rire.

Projection dans les quartiers qu’on dit chic, sur cette avenue courte, terminée par un grand portail XVIIIème. Une cinquantaine de regards se pose sur tes films, sur grand écran le mien aussi pour la première fois. Évidemment je ne sais plus trop si j’ai vu exactement le même film ou si, depuis, il y a eu retouche,  remontage léger, quelque chose en plus ou en moins. Il y a l’impression que lui, il parlait plus longtemps, qu’elle, elle revenait plus longuement sur cette idée cosmique… mais c’est toujours la même émotion, la même humanité, les mots d’une incroyable étrangeté, beauté.

Mardi 4 février 2014

Dans l’interview, Emmanuelle Riva s’étonne. Elle a oublié qu’il n’y avait, quasiment, que des enfants dans ses images ; c’était 50 ans plus tôt. Elle dit donc simplement que « Je n’ai photographié que ce qui était ». Elle dit donc simplement que « Tout est autre et ça, j’aime.  Tout est différent, autre, et je me laisse aller à cet autre… »