Ils sont quatre, attablés, ils parlent de bêtise et d’intelligence et on les écoute : Flaubert, Musil, Zweig, etc. Écouter, moi j’essaye, je note pour rester concentré, une lutte habituelle. Et puis bien sûr cela se termine, je salue, je pars, j’achète – c’est inattendu – des tasses couleur bleu cobalt, j’aime cette couleur, c’est presque la nuit, bleu sommeil.
Vendredi 28 mars 2025
Alors, je lis les 3 lignes que j’ai écrites, et tous, ils rient.

Je suis un malade mental. Il m’est difficile de dire depuis combien de temps, vingt ans, peut-être trente, certainement huit, depuis qu’un diagnostic a été posé.
::: Nicolas Demorand ; Intérieur nuit
Jeudi 27 mars 2025
Il est tard, 22h33, à peine rentré chez moi. Le travail m’a emmené du côté de l’IA, d’une conférence menée tambour battant, d’un buffet aux rares convives. Ce sera quoi, demain, la santé avec l’IA ?
Et ce sera quoi, demain, mon travail ? C’est une question, j’ai 50 ans, je veux faire quoi quand je s’rai grand ? C’est ainsi que de 14h à 15h30, j’ai parlé de moi. On verra. Demain est une incertitude. Aujourd’hui tout autant. Décider est parfois une impossibilité, une montagne à franchir.
Bref, il est 22h33 et je me dis que je regarderais volontiers un film. J’allume lacinetek et le bonheur m’envahit. Le sommeil, bientôt, aussi.

Mardi 25 mars 2025
Alors, au bout de quelques minutes, je me réconcilie avec mes pensées vagabondes.
Dimanche 23 mars 2025
Samedi 22 mars 2025
Jeudi 20 mars 2025
Dimanche 16 mars 2025
Alors, les doutes d’hier font naître dans mon esprit d’autres images, un autre récit. Au matin j’écris à Frédéric : « Je pense que je vais en monter un autre avec quelque chose de moins intime. Avec d’autres photos. Pouvant être projeté sans voix par exemple. »
Il est alors tard quand ce sont d’autres images qui s’imposent sur l’écran : Soudain l’été dernier. J’aimerais te dire ce que ce film est pour moi. Demain peut-être, si tu me réponds. Avec une poignée d’autres, il a ouvert mon chemin vers le cinéma, j’avais peut-être dix-huit ans, peut-être vingt, peut-être plus, et dans le salon, chez mes parents, la nuit tombée et tout le monde endormi, je découvrais Une Femme sous influence, Un Tramway nommé désir ou encore, donc, Soudain l’été dernier. Depuis, je ne l’avais jamais revu. Il était un phare, une référence ni très nette ni très floue. Je ne sais plus exactement ce qui m’a marqué dans ce film, si ce n’est ce « quelque chose », qu’ont les grands films et qu’alors j’ignorais. J’avais peur de le revoir. Depuis des jours, j’hésitais. J’avais peur de voir quelque chose s’effondrer. Quelque chose de ma jeunesse peut-être. Ou bien la faire ressurgir ? Confusion.
Ce soir, en le regardant, je suis resté ébahi devant les quasi vingt minutes où le Dr Cukrowicz se rend chez Violetta. Happé. Happé par des fractions de secondes qui s’étirent et me font oublier le sommeil.
Samedi 15 mars 2025
Sur la timeline, des ronds noirs trouent les images, se glissent sur les corps, masquent les visages : une autre manière pour moi de montrer sans montrer. Parfois des des prénoms, des mots. J’essaie. Je cherche. J’aime creuser ainsi. J’y passe des heures, je pourrais y passer des jours. C’est une construction, une méditation, autour le monde s’efface. J’ajoute des fractions de secondes, d’autres encore et cela devient un objet. Gêné, pourtant, par ce que cela devient.
Vendredi 14 mars 2025
Jeudi 13 mars 2025
Tu ne savais pas quand commencerait la vie. Petit, tu étais un élève brillant. Tu rapportais de bonnes notes à la maison et l’on te disait que ce serait utile pour plus tard. La vie commencerait donc plus tard.
::: Eric Chacour ; Ce que je sais de toi
Mardi 11 mars 2025
Alors tu es quelque part sur l’écran, quelque part dans ce petit garçon, sans comparaison cependant. Je ne sais pas ton enfance, pas cette partie de ton enfance. Elle n’était pas là entre nous, je ne sais pas où elle était en toi. Je sais juste quelques images de toi. Peut-être voulais-tu l’oublier comme on veut tous oublier ces recoins de nous ; ce sont des étendues parfois.

Lundi 10 mars 2025
Alors je lui dis que j’oublie trop.
Dimanche 9 mars 2025
Jeudi 6 mars 2025
Mardi 4 mars 2025
La terrasse du P’tit Pierre devient une habitude. On s’y retrouve pour regarder les gens, une faune qui deale, traverse devant le tram, va et vient, cache des paquets derrière le banc. Parfois tu ris aux éclats.
Dimanche 2 mars 2025
Jeudi 27 février 2025
Mercredi 26 février 2025
Lundi 24 février 2025
Dimanche 23 février 2025
Samedi 22 février 2025
Vendredi 21 février 2025
C’est alors inédit, ces heures presque silence qui nous emmènent au-delà des carrosses redevenus citrouilles.
Jeudi 20 février 2025
Can love be measured by the hours in a day, demande soudain la chanson, les paroles sautant à mon esprit divaguant. Le tramway m’emmène chez toi. C’est inattendu, nous avions dit demain. Je crois comprendre, une fois la porte franchie, l’alcool servie, tes premiers mots, qu’il te fallait ma présence. Mais comment la perçois-tu ? Comment suis-je ce soir devant toi, sinon peut-être trop effacé devant celui que tu es ce soir, celui que tu es parfois et c’est toujours la nuit ? Le perçois-tu, mon recul, assis sur ce tabouret ? Qui sommes-nous ? Où ? Que mesurent les heures passées ensemble ?
Mercredi 19 février 2025
Lundi 17 février 2025
Je suis seul. C’est l’heure du déjeuner, je suis allé tôt au restaurant universitaire. Je suis installé sur les tables hautes, près des baies, derrière moi les étudiants passent. Un œil dans mes emails personnels. Depuis plusieurs jours, j’attends la réponse, je vois l’intitulé du message, fébrile je clique, lecture diagonale, je vois « Delighted ». La joie m’envahit. Presque les larmes. J’appelle maman. Le Japon, maman, le Japon !
Et puis, travail, collègues. Je leur dis mes réveils, mes journées, l’épuisement, ça ronge parfois. Aujourd’hui par exemple. Ils sont là, ils m’écoutent, ce n’est pas toujours très cohérent, ce n’est pas toujours très facile d’écouter son corps de se rappeler. Ils sont à la fois mes collègues et ceux qui cherchent à m’aider, depuis un an bientôt, un an ! Mais depuis combien d’années je vis ainsi, les yeux presque paresseux, les paupières qui se ferment au cinéma, les matins embourbés sous les draps, les nuits suantes. Je raconte parfois que lycéen, je me recouchais avant d’aller au lycée, en courant bien sûr ; souvent j’étais en retard, on ne me disait rien, privilège.
Dimanche 16 février 2025
Samedi 15 février 2025
Vendredi 14 février 2025
Le 14 février n’est pas une fête. Aujourd’hui, c’est encore autre chose. C’est une expérience, une folie qui fera dire aux amis : « Quoi ? Toi ? » Et me voilà, à 14h qui pousse la porte du studio 102.
Quelques heures plus tard, perdant maladroit à un jeu télévisé, je pars boire un verre avec Jocelyne, la femme qui m’a battue, et sa meilleure amie. Et nous rirons, rirons jusqu’à la nuit, jusqu’à 2 heures du matin et alors je m’éloigne du bar où nous avons dansé, dansé, grisé.