Lundi 21 juin 2021

Il y a peut-être cet instant qui flotte, où l’on sent l’un comme l’autre que ce n’est plus comme avant.

Dimanche 20 juin 2021

Il s’agit alors de savourer le petit matin, même si la lumière n’est pas aussi belle qu’espérée, d’ailleurs à travers la fenêtre l’avais-je deviné, et avais-je encore patienté. À l’heure où il n’y a que de rares joggeurs et que 7 heures n’a pas sonné, je regarde les bateaux, comme dans une chanson ancienne un peu triste, et je profite de ça, être là, seul. Il y a des moments, il ne sont pas rares, où la solitude prend des contours agréables ; c’en est un. Encore faut-il que ces moments trouvent leur contraire, dans une matinée qui s’étire aux hasards de retrouvailles, dans une après-midi qui s’étend sur la pelouse d’un parc.

Samedi 19 juin 2021

Tu deviendras donc, durant 26 heures à cheval entre le 13 et le 14 juillet 2021, dans un appartement de Londres, une réalité. J’aurai pour tout bagage mon Nikon et mes trois objectifs, le chargeur pour la batterie, un adaptateur pour les prises anglaises, et cette folie m’emmenant jusqu’à toi avant que tu ne quittes ce continent qui est le mien.

Tu deviendras – mais tu l’es déjà – un projet photographique qui portera par exemple le nom d’une adresse, la tienne actuellement, où j’aurai l’obligation de rester enfermé.

Il y a donc, dans cette réalité de notre rencontre, un dispositif. Cela me rassure. Face à l’incroyable de cette escapade, il y a une construction, un but, et la mise en danger de mon travail artistique – trop sage, disait récemment P – dans une temporalité inédite et un espace fermé.

Le danger n’est pas que là, et E, en voyant ton visage, l’annonce dans un éclat de rire.

* Edit du 24 juin: Ah ben non, j’y vais pas.

Vendredi 18 juin 2021

Au détour d’un détail, puisque nous nous réjouissons d’être ainsi ensemble, j’évoque les soirées chez V. Elle me dit qu’ils y allaient. Je souris, précise le costume de la dernière soirée : je m’étais déguisé en cadeau. C’était en soi assez réussi, une folie improbable pour laquelle je m’étais même fabriquée une coiffe, mais folie qui finit sa vie lorsqu’une des convives voulut entrer dans le paquet avec moi. Ah oui, je me souviens, dit-elle… Et c’est elle qui sourit.

Jeudi 17 juin 2021

Il y a soudain, au détour d’un message reçu – une seule phrase pourtant -, dans lequel on parle de moi en me mettant en copie, tout ce que je déteste dans certaines relations, à savoir une espèce de ton qui gratte du côté de la cour d’école, de la condescendance, de l’irrespect, du manque total de reconnaissance, voire même du surréalisme tellement c’est invraisemblable qu’on ose m’écrire cela au lieu, simplement, de me dire d’être vigilant. Je ne nie pas les moments de relâchement, les noyades dans un verre d’eau (avec des glaçons en ce moment) et autres oublis. Mais dans ce genre de message, il y a de surcroît une ignorance totale sur l’énergie dépensée pour que tout soit bien à défaut d’être mieux, en ne voyant que la petite anicroche due à un emploi du temps surchargé, une multiplicité des taches, des outils qui rament et un rythme de travail parfois nécessitant ubiquité…
Il y a soudain l’envie d’écrire : “Pardon ???”

Mardi 15 juin 2021

Croisement des rues Bergeret et Leyteire. Il a le regard perdu ; je lui demande s’il cherche son chemin. Il me répond “Non non. Vous vous cherchez votre chemin ?“. Je réponds “Non non.” Ca flotte un peu, je sens qu’il a un truc qui ne va pas, j’ajoute qu’il a l’air perdu, d’où ma demande ; je laisse le temps se suspendre un peu. Il a peut-être 55 ans, il est arabe.
Alors il sort son téléphone, il me demande si je sais m’en servir. Il est en mode appareil photo, je ne comprends pas très bien ce qu’il n’arrive pas à m’expliquer – faire apparaître la galerie d’images – et comme je n’ai pas d’iPhone – c’est son neveu qui lui a acheté sur Internet, 500 euros – je suis moins doué que lui, mais nous retrouvons enfin l’écran d’accueil. Je clique sur le pictogramme adéquat.
Je pense que nous voilà tiré d’affaire, mais il me demande comment il peut effacer certaines images. Celle-ci par exemple. Ah oui, c’est porno. Je clique, je ris, il est gêné, il dit qu’il ne sait pas comment c’est arrivé là. Il y a en a plusieurs, des gifs animés provenant probablement de sites web… il ne me vient pourtant pas à l’esprit de lui dire d’effacer l’historique de ses visites. “Quelqu’un de seul, ce ne serait pas grave mais bon… j’ai ma famille…” Je ris, je crois que ça le détend, il m’appelle “Mon ami“. Nous remontons la rue Leyteire jusqu’à Victor Hugo en échangeant des banalités : l’aparthôtel ouvert récemment devant lequel on passe, les souris… Un dernier “Mon ami“, il s’éloigne, soulagé.

Dimanche 13 juin 2021

Il y a cette image de deux amoureux qui se tiennent par la main. Je n’aime pas trop cette photographie, son cadrage, leurs vêtements, les couleurs, l’évidence de ce qu’elle montre, alors ici je la cache.  On y aperçoit le tatouage de ma nièce à l’arrière de son bras gauche ; ses ongles sont noirs. Nous sommes allés marcher malgré la chaleur qui accable les passants. Un peu plus tôt, elle avait raconté ce jour où il l’avait regardée jouer du piano. Il était derrière elle, évidemment muet, probablement subjugué. Elle, elle n’y croyait pas que R, le plus beau du collège à l’époque où ils le fréquentaient tous les deux, était là, à l’écouter. Il y avait donc chez eux cet absolu un peu fou d’un amour qui passe par les yeux et que je comprenais tant.
Un peu plus tard, à une terrasse, elle avait demandé à ses parents s’ils ne regrettaient pas d’être restés là, ainsi, là, dans ce qui ressemble à une immobilité quand on ignore les mouvements qui passent à l’intérieur, où qui se dessinent plus finement dans une carrière professionnelle. A sa façon de leur parler ainsi, j’avais entendu une adulte, les pieds dans les incertitudes de la vie, comme j’avais entendu sa sœur parler de ses collègues, donc s’exprimer autrement que par leur rire quand elles répondent à mes traits d’humour, comme d’éternelles enfants.
Ce moment en famille, dans ma propre incertitude professionnelle qui me traverse depuis une dizaine de jours suite à une proposition alléchante mais un peu folle, c’est autre chose qu’un regard sur des enfants qui n’en sont plus. C’est la certitude que je ne veux pas m’éloigner de cela, de ce ciment familial fait de leurs sourires et de ma relation avec ma sœur, pas aujourd’hui ni même peut-être demain. Pas m’éloigner non plus de ces allers-retours chez mes parents, simples, devenus rares le temps d’un virus, mais légers, simples et évidents. Pas m’éloigner de moi-même ?

Samedi 12 juin 2021

Alors, depuis le troisième rang, attendre quelque chose de plus complexe sur ce qu’est le temps.

Vendredi 11 juin 2021

Soudain apparait une chanson qui m’emportera. Clara commence à chanter, elle dit “elle respire” lors d’une fraction de temps précieuse, accompagnement en suspens donnant sur “l’odeur” une attaque qui me fait un effet assez dingue, comme un coup de fouet, sans que je comprenne pourquoi ça fait ça, cet effet, là. Puis les images qui l’accompagnent sont un hymne à notre diversité, à la joie, les paroles nous disent qu’il faut que ça transpire encore dans le bordel des bars le soir et la ligne de basse me rappelle cette envie profonde que j’ai eu autrement de jouer de cet instrument.

Jeudi 10 juin 2021

Alors tu oses me demander comment je réagirais si tu tentais de donner réalité à ton désir pour eux. Eux. Pas n’importe qui : eux. Tu as eu beau me dire que notre relation était à présent étrange entre toi et moi, que tu ne savais pas ce que tu devais me dire de ta vie, tu dis ça. Je crois au départ avoir mal compris, mais non, tu me réponds et tu précises, oui eux. A présent que tu as fait disparaître cet espace entre nous, il faudrait donc que je sois à ce point témoin de mon absence ? Que lis-tu alors dans mon regard, au-delà de l’étonnement ? Dans ma réponse, la rage est douce mais la violence promise.
Dans les phrases qui suivent, l’étonnement s’inverse : tu croyais que notre histoire avait été un silence. Comment est-ce possible ? Qu’ai-je mal exprimé – de mon amitié pour lui, de mon bouleversement par toi – pour que tu aies cru qu’E ne saurait rien ?
Au moment d’écrire ces lignes, creusant le texte, un point s’éclaire : ce qui semble surtout s’inverser, c’est la mémoire défaillante, habituellement de mon côté. As-tu donc oublié que tu craignais qu’ils disent ?

Mercredi 9 juin 2021

Je t’envoie ton portrait, enfin édité : recadré, légèrement éclairci. Derrière ton visage, il y a ces lignes de métal en façade du bâtiment dans lequel tu travailles, floutées, ouverture 1.8, le focus est sur tes yeux, ils brillent ; j’ai choisi de toi ce sourire éclatant ; juste avant, tu avais ri. Depuis, ta barbe est courte.
Les échanges qui suivent sont d’autres joies, nées d’une connivence tue, nées de l’idée d’autres images, nées de la frontière franchie : is this profesionnal ?

Mardi 8 juin 2021

Cher G,
Imagine donc que j’ai repris ce soir la route vers le monde du spectacle ! Je suis allé voir une pièce qui s’appelait Oratorio Animal Vigilant, à la Manufacture. J’étais au premier rang, sur une de ces enfilades de sièges soudés qui vous font suivre le mouvement de votre voisin, tu vois ? En l’occurrence le voisin de gauche, à deux reprises, lorsqu’il a posé ses coudes sur ses genoux, son menton sur ses poings, captivé, je suppose, par le spectacle. Je ne me rappelle plus à quel moment c’était, premier, deuxième ou troisième opus. Il s’est avancé : mon corps a suivi, poussé par mon siège. Il ne s’en est même pas rendu compte ; je trouvais d’ailleurs qu’il m’ignorait un peu trop. Je le regardais parfois, j’essayais d’imaginer la tête qu’il pouvait avoir sans son masque. Bref…
J’avais eu cette même position, en avant, comme ça, un certain temps, au début : j’étais étonné et surtout j’essayais de prendre part, en quelque sorte, à ce que je voyais. Je crois, quelques jours plus tard, tandis que je t’écris, que je prends enfin réellement conscience de la force de tout cela. Les deux premiers opus, avant l’entr’acte, m’avaient vraiment laissé interrogatif. C’est souvent le cas, je vois un truc sur scène, je ne sais pas trop si j’aime ou pas, je me demande souvent si vraiment je devrais avoir un avis en sortant, et si oui lequel. Il y avait ce parti pris intéressant que les “rôles” des narrateurs, des hommes, soient joués par des femmes. Je me demandais si c’était réellement utile, quel en était le sens exact, mais… bref… ils/elles racontaient leurs histoires, des histoires d’assassinat pour le premier tandis qu’elle se recouvrait de trucs plus ou moins liquide… bref je ne vais pas te raconter tout, de toute façon j’ai un peu oublié (oui oui) ce que la deuxième racontait, une histoire d’amour foireuse je crois.
C’est au troisième opus que, évidemment, le tout s’est construit. Il était porté par une actrice absolument fabuleuse, un truc d’assez fou, animal – je te passe les détails sur la présence de son corps et notamment de sa poitrine – grimpée sur des chaussures improbables. Elle a commencé par tomber. Une fois. Deux fois. Trois fois… et encore… et encore… Moi qui croyais être venu voir de la danse et qui depuis une heure voyait du théâtre, j’avais enfin quelque chose qui y ressemblait, à de la danse. Bref… Leurs histoires ne m’intéressaient pas vraiment, mais physiquement, alors que les deux autres actrices l’ont rejointe sur scène un peu plus tard pour croiser les récits et les corps, il s’est vraiment, pour moi, passé quelque chose. Bon, ça a parfois frisé le “trop”, ça m’a fait pensé à du Wajid Mouwad quand il frise le “trop”, tu vois ? Ah oui, sinon, en fond de scène, depuis le début, il y avait deux musiciens et une vidéo, la musique était vraiment présente, c’était vraiment bien, pour la vidéo j’étais moins sûr mais bon… Bref… C’était vraiment pas mal, je suis content d’y être allé.
Et toi ça va sinon ? Tu en penses quoi de cette idée de rendre mon journal épistolaire ? J’suis pas sûr, moi… Tu sais, j’y avais pensé en arrivant au Japon, ça me semblait pas mal pour raconter le quotidien, mais finalement j’avais laissé tomber l’idée. Tu me diras…
Bises.
A.

Lundi 7 juin 2021

Tram. La chaleur s’installe. Les idées malodorantes dans l’espace politique aussi, mais cela fait longtemps et là n’est pas le sujet. Je suis debout. Elle est debout. Peut-être qu’elle-même rentre chez elle. Sur le petit écran entre ses mains, il y a une interface lui permettant d’acheter des Birkenstock qui seraient assorties au motifs marron  de sa robe d’été. Je baisse le regard vers ses pieds. Elle porte des boots, ça lui donne un style de cogneuse sous la légèreté de la tenue, ça me rappelle N avec ses Docs et cette robe sombre qu’elle portrait parfois, souvenir remontant d’on ne sait où, mais vraisemblablement des pieds.
Je m’interroge alors sur le virage que son style prendrait ainsi, avec de tels croquenauds ouverts à tous les vents, pour préférer l’aisance à quelque habit faisant le moine, à moins qu’elle n’ait en tête, guillerette et amusée, de se dire rock’n’grolles.

Samedi 5 juin 2021

Il y aurait alors, sur ton visage neutre, un grand sourire. Je l’immortalise. Qu’ai-je dit pour cela ? Je ne sais plus. Une blague pour nous détendre, toi et moi, bien sûr. Peut-être pour me détendre, moi, plus que toi. Dans ce nouvel exercice photographique du portrait, il y a cette fragilité que je mets à mal, il y a quelqu’un qui me regarde faire ça, prendre des photographies avec tout le doute et toutes les imperfections techniques que je trimballe. Aujourd’hui, c’est toi.

Vendredi 4 juin 2021

Et c’est ainsi que, retrouvant mes bonnes vieilles habitudes, je m’assoupis devant le film. Brillant, pourtant. Bien tôt, pourtant.

Jeudi 3 juin 2021

Te voilà, en coup de vent, disons un vent léger qui prend le temps tout de même. Le bleu de ton pantalon est lumineux, j’aimerais tant en garder quelque chose en image, quelque chose de frontal, comme une évidence colorée au-dessus de laquelle il y aurait le brun de ta peau.
De ta venue ne naîtra que quelques échanges déjà oubliés dans lesquels tu m’inondes de toute cette insouciance dans lesquelles vous baignez, toi et tes potes. Naîtra aussi une pointe d’amertume puisque cette somme que tu m’apportes n’est pas celle sur laquelle nous nous étions entendus.
Tu reconnais que tu ne savais plus, et je mets sur le compte de ta jeunesse cette nonchalance maladroite. J’ai fait le deuil de cet objet qui m’a accompagné durant dix années et de cet objectif au grain si délicat, que je te vends ; tu n’imagines pas le prix de cette hérésie.

Mercredi 2 juin 2021

Il y avait eu cette phrase de toi que j’avais reportée ici, il y a environ un an. Tu avais dit que s’il l’ont se voyait trop, tu tomberais amoureux. Pour ma part, je n’avais alors pas cette peur. Quelque chose chez toi, cette façon de parler, d’imiter, de chantonner en parlant, je ne sais pas trop ce que j’aurais pu en faire. Sans parler de ces années qui nous séparent, mais j’en vois ici qui sourient. Qu’importe : nous ne nous voyons pas trop, les mois ont passé. C’est une autre crainte qui t’étouffe, celle née d’un risque de reconduite à la frontière contre laquelle tu luttes et, vraisemblablement, qui va rapidement disparaître au vue d’une situation qui s’éclaircit, ambiance lumineuse qu’un mauvais poète pourrait comparer à tes yeux, mais il est vingt-heure trente, il te faut rentrer.

Mardi 1er juin 2021

Il y aurait l’image d’une pivoine faite à la va vite. On ne saurait pas encore que c’est la seule, sur les cinq, qui s’ouvrirait ainsi.

Lundi 31 mai 2021

Nous revoilà. Au bout de la rue, tu m’attends, tes yeux sourient, les miens s’étonnent peut-être d’être, malgré tout, content de te retrouver. Le manque ne me rongeait plus, pourtant. Elles sont multiples, les raisons qui m’ont fait accepter. Parmi elles, une forme d’abnégation. Parmi elles, ce besoin de savoir si ce serait ainsi que j’irais vers la paix.

Oh qu’il faut ensuite marcher pour trouver une table, c’est à croire que le mot foule ne suffit plus. Il y a des foules. Il est déjà trop tard, 18h30 passées.

Ensemble, ainsi, il faut trouver les mots, le moment pour les dire, bien sûr il y a encore tes projets, tu n’en fais pas beaucoup état. Tu glisses des dates tandis que nous marchons masqués ; l’une d’elle tu la bredouilles presque et je n’y réponds pas. Ce n’est qu’installés, miraculeusement assis à une table que tu avais réussi à libérer dans ce français roulant qu’avec moi tu n’utilises jamais, que parfois, ta douloureuse beauté viendra me frapper. Derrière toi le soleil passera un long instant.

Je t’ai manqué ? Vois-tu, il fallait bien que toi aussi tu souffres un peu, à supposer que la lutte soit égale. Tu sais qu’elle ne l’est pas, d’ailleurs tu le dis, tu n’y étais pour rien. Je ne suis pas d’accord, mais je ne dis rien. Je ne te demande pas non plus ce que tu aurais dit si j’avais disparu.

Dimanche 30 mai 2021

Le “Happy Birthday” de P est l’un des premiers que je vois. Il est suivi d’un ballon. Je m’attendais à autre chose. Le même message en français peut-être. Un baiser sûrement mais il n’a pas osé peut-être.

D’autres messages suivront, ici, là. L’efficacité de Facebook pour rappeler les anniversaires crée quelque chose d’un peu sans âme, une sorte d’entassement, et les timides comme les sincères, sont au milieu de quelques inconnus.

C’est sur Instagram que toi tu m’écris. En anglais toi aussi : “Happy birthday beybiman!“. J’avais oublié : c’est ainsi que parfois tu m’appelais. C’est là que l’émotion m’étreint, en commentaire de la vignette montrant une image du film “Il n’y a pas de rapport sexuel”, improbable rencontre entre tes mots et cette image, improbable présence de ce titre dans ce journal, et tout cela pourrait amener son lot de commentaires en ce dimanche léger.

Samedi 29 mai 2021

Alors, après que j’ai regardé la fin de ce Happy Together trop gueulard pour me plaire réellement malgré le montage et malgré ce personnage, là, ce collègue, dont on volera l’image dans une fin splendide derrière les vapeurs d’un vendeur de bouffe dans les rues de Taipei – alors bien sûr je pense à Niu -, oui, après, il est minuit passé, j’entame un autre film, Deux automnes, trois hivers, qui s’avèrera léger, rafraîchissant, un Betbeder, je l’aime bien Betbeder, du peu que j’en connais. C’est à 0h50 que je réalise alors que j’ai franchis le cap des 47 ans de cette manière légère, avec pour seul complice du cinéma amoureux. Et c’était bien.

Vendredi 28 mai 2021

Il y a, sur la table de salle-à-manger, le papier bleu qui emballait le cadeau. Il y a, sur le papier bleu, les si jolis mots que JLM a écrit, toujours de cette même plume, comme si les phrases n’osaient pas trop sortir, timides. Les mots disent l’émotion, toujours présente et attendue.

Il y a, dans le livre qui était emballé, des images que j’aurais aimé faire, celle des pages 34 et 49 notamment, des images que j’aurais pu faire, celles du chapitre 13 notamment, celles pour lesquelles j’aimerais encore m’envoler, celles du chapitre 18 notamment. Il y a des mots qui expriment ce que les rues nous disent, et que je n’ai probablement jamais su exprimer.

Il y a ici, ce 28 mai, quelque chose qui dit combien nous sommes présents, l’un pour l’autre, sans le dire.

Jeudi 27 mai 2021

Elle ne dit pas Bonjour : elle se précipite. Sur l’application verte, en omettant le point d’interrogation, elle me demande si j’ai vu le poste. Cela fait plusieurs qu’elle se dit qu’elle doit me joindre, mais…
La suite est un conflit intérieur, un terrible dilemme, qui s’apaisera au bout de quelques jours. Que faire des années qui viennent ? Et que conclure des années passées à bouger depuis Toulouse et ma chambre 141 sur le campus de l’INSA, des 8 changements de boulot, des 18 changements d’adresse, des changements d’amours… 29 ans à aller ici, là : c’est quand qu’on arrive ?

Mercredi 26 mai 2021

Aller. Tram. Bientôt 14h, car au matin j’étais ailleurs, ça rime avec Pfizer. Le vieil homme monte, c’est quand il hausse un peu la voix pour qu’on lui cède la place que je me retourne. Je crois reconnaître A, à la place que l’homme requiert pour respecter les distances de sécurité. Cela ne m’étonnerait pas que ce soit elle. Ce qui suit est une bataille de mots, il crie aux jeunes femmes qu’il a 80 ans, il dit que pour lui derrière cette maladie il y a la mort.

Retour. Tram. Bientôt 18h. L’homme est en fauteuil roulant, à ses mains de gros gants de bricolage métallisés. Il y a du monde. Il a peur. Il explique que si on le touche, il peut faire un malaise vagal, une crise cardiaque, mourir. Maladie neurologique. Il dit au gens qu’ils doivent s’éloigner, se tenir, et au moment de descendre encore des cris, les siens, la jeune femme avec sa grosse valise ne comprend pas. Lui aussi il dit qu’il y a la mort.

Et puis il y a la vie : L pose, le soleil s’infiltre.

Mardi 25 mai 2021

“La météo est clémente”, écris-tu à 18h18. Alors nous voilà, et c’est avec toi que je retrouve les terrasses. Il y a ce sentiment étrange, on flotte. On a presque l’impression qu’on n’a pas le droit d’être là ; la semaine dernière les rues en étaient folles.
Alors on esquisse un regard, le serveur est joyeux, et nous donc d’avoir une table, là, petite rue tranquille loin du tumulte. On commande, et bien sûr tu blagues, un peu, en disant qu’on ne sait plus comment faire.