Vendredi 12 décembre 2025

Ta langue est la mienne quelque part. Elle est la mienne là où les aïeux qui m’ont précédé sont un peu moi. Alors je tente de la retrouver, une fois de plus, je l’invoque. Il y a des automatismes, des évidences, des conjugaisons hésitantes contre lesquelles je dis dans ma tête les verbes irréguliers — hize, hiciste, hizo… J’ai installé une application, la voici vite agaçante, alors je préfère ouvrir ce Borges qui attend. Soudain à voix haute les adverbes prennent des intonations italiennes, je n’arrive pas à faire autrement, et je ris, seul, et surtout je jubile de ces sons comme lorsque je criais « L’America » en lisant Novecento, une autre langue, d’autres histoires. J’ose parfois t’écrire ainsi, ou bien te parler, en pointillés, algunas palabras, unos besitos.