J’ai avoué très tard à mon confesseur que la personne qui lui mangeait ses tablettes aux cassis, c’était moi.
::: Hervé Guibert ; Zouc par Zouc
Métro Gambetta, une averse s’abat, un souffle, quelques terrasses se vident en vitesse mais déjà la pluie s’arrête ; ce n’était rien. Au bout de la rue, le Père Lachaise, à peine plus loin le Crématorium. Les visages d’autrefois sont là, Mathieu, Marina, Julien, Arnold, Judith, Christine, Fabianny et quelques autres. Nous sommes là pour Vincent Dieutre. J’ai tenu à être là, pour autrefois. Il y a aussi Isabelle et Vivianne, mais elles, c’était le mois dernier, ce sera sans doute bientôt et c’est donc un présent – le temps et le mot cadeau tant leur présence est douce. J’aimerais que tu les rencontres et qu’elles te rencontrent.
Et puis, sous la coupole, hommage, les mots et les musiques. Et mon esprit qui s’envole, sans cesse. Il faudra que je dise au Dr. L que, pour ça, les 80mg ça ne change pas grand chose. Quand arrive Jimmy Sommerville — l’auto-correct me propose « Sommeiller » — , quelques têtes dodelinent, il y a un sourire sur le visage du frère, je me demande comment raconter cela. Run away turn away run turn away… Ainsi on dit Adieu.
Une fois dehors, quelques mots encore avec les uns, les unes et les autres, parfois c’est un sourire radieux qui vient vers moi, parfois c’est une hésitation, on me dit « Bordeaux ? » je dis « bientôt Paris. » Christian m’offre son dernier livre, il m’attendait depuis mai, je suis surpris qu’ainsi le temps soit passé, sans doute je suis surpris que, ce temps, je l’aie passé avec toi, tellement c’est « Tellement. »
Et puis je pars, puisque toi. Je pense que tu m’attends, tu penses que je mettrai du temps alors lorsque j’arrive chez toi, tu n’es pas là ; c’est la première fois, ça ressemble à demain, c’est chez nous. Dans l’appartement je laisse mes petites traces. Je souris ; je devine que tu souriras.