Et pourtant, il y avait eu ce matin où tout devint grisâtre, où quelque chose dérailla pour toujours, où la maison bleu ciel de Santa Fe perdit son éclat de couleurs, ses rires, sa cadence harmonieuse, comme le son de la petite chanson qu’elles aimaient chantonner dans le patio à l’ombre de la vigne. Les petites filles s’en allèrent. Jamais plus on ne se reverrait. On ne le savait pas encore, mais comment aurait-on pu le deviner ?
::: Carmen Castillo ; Un jour d’octobre à Santiago
Tu portes ce pull vert éclatant alors je te demande de t’asseoir, là. Tu regardes ici ou là, je tourne, je cherche la lumière, l’angle. J’ouvre la baie vitrée pour un peu de recul ; sur la plus belle des photos, c’est-à-dire celle qui aurait pu être la plus belle, je m’approche de ton visage, ton sourire est léger, discret, parfait. C’est d’ailleurs sur tes lèvres que le point se fera, erreur, triste erreur : tes yeux sont un peu flous. Un peu plus tôt ils l’étaient déjà, parce qu’un peu humides.
Et puis voilà, le fatalisme et un train m’emportent, zeugme sur rail. Les heures passent, je m’occupe ou somnole, loupe trop de paysages. Pour la troisième fois, j’entame ce livre de Carmen Castillo. A l’aller, il m’avait exaspéré. Je n’ai jamais lu un récit aussi confus. Je m’agace. Je m’accroche. Je n’ai pas envie de manquer de respect à ce livre, il porte les cicatrices de la dictature chilienne, il est écrit comme un cri, au rythme où les souvenirs reviennent sous la plume ou le clavier, il a l’audace de commencer par ce « Et pourtant » qui est là, inattendu, comme un basculement… mais c’est une lutte pour me retrouver au milieu des allers-retours que fait l’autrice. Et je n’ai pas envie de penser que c’est simplement moi qui ne comprends pas.
Et puis vient le soir. Il pourrait être triste parce que seul mais il est encore chaud du soleil de Marseille, il pétille de ton regard qui reste sur les images. Alors c’est un mouvement qui s’impose, un mouvement, des couleurs. 2024 ? Virevoltons.



































