Nous étions venus par curiosité, promenade dominicale et cycliste pour découvrir ce petit marché proposant principalement de l’artisanat dont on partira avec un petit couteau en bois et deux énormes yuzus. Soudain, elle nous fait la surprise d’être là, au milieu des stands. et derrière le sien (huile essentielle de lavande de Provence ou thé bio local). Elle est toujours aussi souriante, joie de vivre provenant probablement d’une réelle simplicité de vie, d’un mari moine bouddhiste et de jours qui coulent, ainsi. Comme ce petit ruisseau, juste-là.
Auteur/autrice : A R
Samedi 21 janvier 2017
Ouvrir un livre au hasard. Lire un paragraphe au hasard. Rire. L’emprunter.
Regarder des photos d’intérieurs de cuisines. Trouver cela vraiment bien, ne serait-ce que pour la sincérité qui se dégage du texte qui les accompagne. Pouvoir en parler avec l’auteur.
Vendredi 20 janvier 2017
Ils sont assis à ma gauche. Entre eux, 1 pizza, 1 assiette de riz, 2 plats de spaghettis, 1 gratin, 1 steak et son accompagnement, 5 ailes de poulets frites. Ils sont pourtant seulement deux, insolents de leur jeunesse affamée.
Le film du soir : Little Forest, espèce de docu-fiction culinaire rigoureux et délicat dont on pourrait facilement dire le plus grand bien… mais on ne parle pas la bouche pleine.
Jeudi 19 janvier 2017
Soudain, au contact des mains sur mon cou, je pense à Jean Rochefort dans Le Mari de la coiffeuse. Il s’agit de ne pas rire, il me serait impossible d’expliquer pourquoi. Quoi que, peut-être, en réfléchissant, en prenant mon temps.
Savoir expliquer. Justement… Expliquer ce que l’on fait, comment on le fait. Ne pas savoir, là, soudain, parce que c’est bêtement la première fois que l’on me pose la question, et que… heu… ben…
Et ne pas pouvoir expliquer pourquoi cette alarme stridente s’est mise à sortir de mon téléphone à la salle de sport. En rire, malgré tout.
Mercredi 18 janvier 2017
Mardi 17 janvier 2017
Lundi 16 janvier 2017
Dimanche 15 janvier 2017
Samedi 14 janvier 2017
Vendredi 13 janvier 2017
Jeudi 12 janvier 2017
Mitate. J’hésite, compare les prix et les possibilités de composition. Le petit garçon sort de l’arrière-boutique avec dans les bras, accrochée par une sangle passant derrière le cou, une boîte comme celle qu’avaient autrefois les ouvreuses de cinéma. La boîte contient 24 boules de papier froissé, toutes de teintes différentes et claires, et un cône, en papier lui aussi. Je ris. Timide donc muet il n’annonce pas « Crèmes glacées ! Bonbons ! » et répond à mon bonjour et à mes questions par un sourire. Le temps d’hésiter encore, le voilà dehors, mimant avec maman une dégustation couleur pastel.
Mercredi 11 janvier 2017
À peine assis, dans ce café où je pense lire, deux voix s’élèvent. L’une dans un anglais impeccable digne de la Reine Elizabeth mais au lieu d’un improbable bibi mauve, l’homme porte un pansement sur l’œil gauche. L’autre voix est plus hésitante, le garçon est Japonais et tend une somme d’argent ; vous avez compris comme moi, c’est l’élève. Une jeune femme s’approche, salue le professeur, s’assied entre eux et moi en attendant probablement son tour, mais interroge l’homme qui explique, toujours dans un anglais parfaitement articulé, que l’œil est enflé, qu’il tombe sous le poids et que c’est horrible à voir, réalité médicale tout de même difficile à s’imaginer et qui me fait douter… Could you repeat please ?
Une prochaine fois, on décrira donc plutôt le désastre écologique des prospectus distribués dans chaque boîte à lettres en prévision du marathon du 19 février.
Mardi 10 janvier 2017
Lundi 9 janvier 2017
La petite fille a bien grandi depuis la dernière fois, et Madoka nous avait prévenus qu’elle parlait dorénavant beaucoup. Mais la petite fille, timide, n’a pas dit un mot durant le déjeuner. Moi, quelques-uns à ma portée, plus tard, après la pluie, entre le dessert et l’arc-en-ciel. J’ai alors pointé alors du doigt un chat, un nuage ou Kiki la petite sorcière ; la petite fille a répété, souriant à sa mère.
Le film du soir : マザーウォーター (soit Mother Water)
Dimanche 8 janvier 2017
« Et donc toi tu écris ? »
Le film du soir : かもめ食堂, léger comme peuvent l’être les films japonais dont le sujet parle d’un lieu de restauration, saupoudré d’une bonne dose de Kaurismaki. Délicieux.
Samedi 7 janvier 2017
– Ah oui la 9ème symphonie, c’est un vrai phénomène ici, on ne sait pas pourquoi hein… Et puis alors ils la jouent toujours en hiver, pourtant elle n’a rien à voir avec l’hiver…
– C’est comme les fraises quoi…
Plus tard, loin des fraises, au Kyoto Art Center, après que l’on a admiré l’éclatement d’un aquarium, Maya nous parle de son grand-père. Si son prénom, Maya, est bien de là-bas, avec tout l’imagerie précolombienne qu’il porte, son nom, Watanabe, rappelle une autre histoire, plus récente. Ce qu’elle évoque date de la guerre, lorsque les personnes originaires du Japon, au Pérou dans son cas, se sont retrouvées stigmatisées, internées, maltraitées, et qu’il s’est retrouvé privé de son passeport et autres documents et traces, laissant ainsi ses descendants sans réponses à certaines questions. Le sujet rejoint l’article lu avec intérêt et émotion il y a quelques jours, ou le travail sur les Japonais en Nouvelle-Calédonie de Mutsumi TSUDA. Le sujet, de surcroît, rappellera nos histoires personnelles et les feuillets annotés encore sous la pile.
Vendredi 6 janvier 2017
M’éloignant de la caisse du loueur de DVD, me voici cherchant ma clé de vélo, dont le tintement de la clochette qui y est accroché facilite en général sa recherche. À l’air interrogatif de la vendeuse qui me voit secouer mon sac et mon blouson, je réponds simplement « clé de vélo ». Elle se rue alors vers les rayonnages, et se met carrément à quatre pattes pour chercher la chose. Embarrassé, ne sachant quoi dire pour l’arrêter, je lui bredouille que je reviendrai (imaginant bêtement que cela suffirait à arrêter les recherches)…
À peine sorti du magasin, je trouve la clé dans ma poche arrière. J’hésite un instant mais retourne tout de même la rassurer et la remercier. Bien m’en avait pris, car elle était encore le nez au ras du sol ! Rassurée lorsque je lui montre le petit objet, elle exprime sa grande joie par l’immuable « YOKATTA » local et… histoire de bien vous faire prendre conscience de la notion de service au Japon, s’excuse. Et s’excusera encore. De quoi ? Allez savoir…
Jeudi 5 janvier 2017
Dans la tentative d’explorer le Japon dans ses recoins sociologiques, les séries télévisées nous apportent quelques éléments. La série avec un autiste pour personnage principal, commentée récemment ici-même, a eu deux séries « parallèles » (sans aucun lien scénaristique) avec quelques acteurs en commun et surtout le même acteur principal (de surcroît star d’un boys-band local fêtant rien moins que ses 25 ans d’existence cette année, et gagnant un peu d’argent avec sa tête dans les rayons des pharmacies).
Nous voilà navigant actuellement entre les deux autres séries, l’une avec un professeur n’ayant plus que 10 mois à vivre (où l’on baigne, entre autres, dans l’univers codé des relations entre collègues et celui des relations étrangement paternalistes prof-élève), l’autre avec un homme quitté par sa femme et se retrouvant face à la réalité d’être père d’une enfant de 5 ans, une enfant dont il ne s’était jamais occupé, bouffé par le travail. Cette réalité, malgré des caractères vraisemblablement trop appuyés pour permettre bien sûr au héros d’évoluer dans le bon sens en une dizaine d’épisodes, est bien plus réaliste, dans cette société tendanciellement coupée en deux, que l’idée que les petites filles jouent aux raquettes pour la nouvelle année. D’ailleurs, la petite fille joue de l’harmonica.
Le mot du jour : 履歴書 (りれきしょ). CV.
Mercredi 4 janvier 2017
Shimogamo. La foule est là pour un improbable match de « foot » typique de l’époque Heian, il y a un millier d’années environ. C’est une forêt de bras, avec au bout un appareil photo ou un téléphone portable, qui est le spectacle principal pour moi, toujours autant interrogatif sur cette présence de l’Histoire frisant le folklore, même si, un peu au fond du sanctuaire, le petit bras d’eau est un recoin calme où l’on vient humidifier des papiers sur lesquels, je suppose, apparaissent des vœux et quelques chose de gracieux dans l’ambiance générale.
Le film du soir, モヒカン故郷に帰る, choisi dans les rayonnages en raison de l’acteur principal, Ryuhei Matsuda, vu ici ou là (et même à 15 ans chez Mishima pour un premier rôle sulfureux dans Taboo), passe de l’habituelle question des relations entre les générations (le jeune punk galérant à Tokyo retournant, avec sa copine enceinte, sur l’île où vivent ses parents) à des scènes plutôt burlesques pour se terminer dans un humour étonnamment noir lors de la mort du père. Rafraichissant.
Mardi 3 janvier 2017
Lundi 2 janvier 2017
La fiche Wikipédia sur le Nouvel an japonais précise qu’à cette période, les petits garçons jouent au cerf-volant et les petites filles aux raquettes. Cette généralisation semblant provenir d’un livre d’images français des années 50, a sa réponse toute empirique et personnelle lorsque nous allons sur les bords de la rivière, après avoir acheté un café dans un konbini pour le boire en regardant Hiei san : tout le monde fait du cerf-volant et les raquettes semblent avoir été remises au placard pour ce jour familial.
Au retour vers la maison, l’avenue Kitaoji est étonnamment vide, la quasi totalité des rideaux métalliques étant baissés. L’ambiance est alors propice à un poil de folie toute japonaise pour notre carte de vœux annuelle. Mais c’est surtout l’effervescence chez les voisines, une effervescence de cours de cuisine qui se transmet jusque chez nous en raison de l’intérêt porté sur notre four. Et une effervescence en bouche et toute en saveurs françaises le soir-même.
Dimanche 1er janvier 2017
L’une des (nombreuses) coutumes locales, pour le nouvel an, est de faire la queue. Hier soir, pour sonner un coup de cloches dans un temple. Aujourd’hui, pour une prière au sanctuaire, l’achat d’omikuji, d’autres prières encore. Pour l’une comme pour l’autre, nous restons spectateurs (ou auditeurs), n’étant acteurs que pour le premier bain de l’année au sento, coutume beaucoup moins courue, mais beaucoup plus humide.
Samedi 31 décembre 2016
La photographie montrerait l’ambiance embuée d’un onsen. Une nappe de lumière proviendrait du plafond, tel un signe divin, et l’on mettrait un certain temps à voir qu’il y a là un escalier en colimaçon perçant le plafond, sans savoir qu’il mène à une terrasse ouverte avec quatre petites baignoires remplies d’eau à environ 46 degrés. Dans la pénombre due au contrejour, on distinguerait cependant assez distinctement, sur la droite de l’image prise en format portrait, un corps, debout, de profil, pâle, musclé, fessier rebondi, d’environ 1m72, de peut-être 26 ans, ruisselant sous une douche. La chevelure, retombant jusqu’en bas du cou, ne laisserait pas imaginer l’énorme boule frisée d’une quarantaine de centimètres de diamètre qu’elle était quelques minutes plus tôt. Le spectateur de la photographie devinerait, par quelques reflets, qu’il y a entre lui et la scène une vitre, celle qui sépare le vestiaire du bain. Un léger flou brouillerait un peu l’image.
Vendredi 30 décembre 2016
Elle cogne à la fenêtre, forcément souriante, et me tend – après que j’ai ouvert – trois branches ponctuées de petites boules de pâte de riz, provenant de chez Mitate. Elle apporte également du fil, moitié blanc, moitié rouge, pour lier les branches, en faisant bien attention d’utiliser les deux couleurs. La petitesse des branches, quelque soucis de compréhension et ma maladresse ralentissent un peu la manœuvre, et elle repart aussi vite qu’elle était arrivée, me laissant avec un porte-bonheur de plus en cette période bourrée d’habitudes, symboles et autres superstitions.
Jeudi 29 décembre 2016
Mercredi 28 décembre 2016
Mardi 27 décembre 2016
C’est à Nisshiki, le marché de Kyoto, que se fait notre sortie du jour, histoire de humer, goûter, regarder, car tout cela vaut bien un paysage. Au milieu de la foule de touristes, quelques locaux bien sûr, surtout chez le fleuriste où les envies se font fortes et se terminent pour nous dans d’élégants et frêles chrysanthèmes, les bras déjà chargés d’une pauvre bête et d’un kilo de châtaignes (pelées dans un efficace raclement mécanique, merci). Ta curiosité gustative plus forte que la mienne, tu t’arrêtes ici ou là. « Tu ne goûtes pas ?« , me demandes-tu. Je ne pense pas à te répondre que je me nourris de l’ambiance et que j’observe mes contemporains et leur attitude joyeuse dans cette longue et étroite caverne d’Ali Baba.
Le film du soir, « セイジ -陸の魚 » , nous confirme qu’il y a vraiment autre chose à voir que Kore-eda dans le cinéma contemporain japonais.
Lundi 26 décembre 2016
Alors l’on pleure la mort d’une pop-star, punaisée à l’époque de son duo sur le mur de la chambre de mes sœurs, et accompagnant en solo quelques semestres de lycée avec l’un de ses albums, écouté en boucle ; c’était l’époque des cassettes achetées ou offertes avec parcimonie ; c’était avant la découverte enthousiasmante d’autres genres de musique et avant les achats compulsifs de CD.
Mais je ne pleure pas la mort des célébrités ; il y a tant d’autres souffrances à pleurer. Je ne pleure pas non plus ces années ; il y a eu tant de bonheurs depuis.
Et puis la journée passe : glace au thé vert (malgré l’hiver), miso au yuzu dans une charmante petite boutique d’un autre temps, thé chez D&A, et puis le film du soir, le prochain film de Franssou Prenant, objet dont le montage son me demande un long moment d’adaptation.
Dimanche 25 décembre 2016
Soudain, me reviennent en mémoire les photos prises ce même jour, il y a cinq ans, au même endroit : les puces. C’était la même lumière, mais les passant et les vendeurs étaient bien plus emmitouflés et j’étais encore (mais ne le suis-je pas toujours ?) dans l’excitation de la découverte de ce grand inconnu qu’est le Japon ; et je n’avais pas acheté mon premier suzuri.
Le film du soir : le dernier Kore Eda et une nouvelle et énième histoire de famille décomposée, mal composée, recomposée… et sans sous-titres anglais ou français dans le DVD malgré son passage à Cannes.
Samedi 24 décembre 2016
Vendredi 23 décembre 2016
Et c’est ainsi que je retournai au même endroit, acheter des carottes avec les fanes.
Jeudi 22 décembre 2016
Acheter des carottes ailleurs qu’au supermarché est un acte simple, il suffit de demander, là-bas, chez Higuchi san, agriculteur-star vendant aussi sur son pas de porte, un pas de porte qui se prolonge en une ruelle boueuse au bout de laquelle l’on s’affaire à trier, nettoyer, ficeler, emballer des tas de légumes. En vouloir un kilo est déjà plus compliqué, parce qu’alors on vous regarde étonné, même s’il y a une balance juste derrière, et vous précisez donc « Mmmm… 15? » en hésitant forcément sur le numérateur à utiliser dans cette fichue langue où vous ne direz pas la même chose si vous voulez dix petits lapins, dix cailloux ou dix saucisses… Les avoir avec les fanes est plus difficile, puisque malgré mon « Les fanes c’est bien » (trop timide, sans doute), les voici qui les coupent, et ignorent autant mes paroles que cet ingrédient que tu souhaitais ajouter aux rondelles.
Mercredi 21 décembre 2016
Je fais face à un rayonnage de petits gâteaux appétissants, au milieu desquels mes yeux fixent des « yakiimo » m’évoquant la série que l’on regarde actuellement. Ton appel déplace mon regard et les choses à faire dans les minutes qui vont suivre : nous devons nous retrouver là, au coin de Teramachi et de Oike, dans quelques minutes. J’ai donc le temps, et tu me le confirmes, d’aller à la boutique d’à-côté, acheter quelques cartes de saison, et reviens devant les petits gâteaux. Je n’en prends qu’un, car je me dis que tu n’aimeras pas, je paye, pars, avance un peu, et mords dans l’objet du désir. Délicieux. Demi-tour : il faut que tu goûtes ça.
Mardi 20 décembre 2016
L’idée d’exposer à Kyoto avant de revenir en France traine toujours, mais si l’envie est là, la mise en place est plus compliquée car il faut trouver un lieu. Me voilà parti pour en visiter un, potentiel m’a-t-on dit, mais il n’en est rien, car les travaux à venir ou en cours ne permettent pas d’imaginer, là, tout de suite, un possible. On rêvera donc de revenir en 2018 pour quelque chose d’abouti. Mais on amorcera plutôt, plus raisonnable surtout, plus difficile peut-être quelque chose en France.
Le soir, faire des fu.
Lundi 19 décembre 2016
Il est vêtu d’un survêtement en matière synthétique brillant sous les néons du supermarché. Je tends l’oreille pour savoir ce qu’il dit à la caissière et poursuivre mon apprentissage empirique de la langue et de ses usages. Contrairement à la plupart des personnes, il répond à la caissière qui lui pose les deux habituelles questions relatives à la carte du magasin (qu’il n’a pas) et aux sacs en plastique (dont il n’a pas besoin). Et surtout, il la remercie. Vous allez me dire que c’est normal, mais non, ici ça ne l’est pas, pour des raisons de rapports sociaux dont on discutera le soir même avec D après qu’il nous aura annoncé, entre deux verres de saké, son mariage avec A.
Dimanche 18 décembre 2016
Samedi 17 décembre 2016
Où il sera question de wagashi, de fantômes, de silence. Et de camps de concentration.
Vendredi 16 décembre 2016
Jeudi 15 décembre 2016
Au milieu des rayonnages, tu avais choisi, par hasard, une série qui nous accompagne à un petit rythme depuis ce week-end : 僕の歩く道. Le personnage principal, un autiste âgé d’une trentaine d’années, a le niveau intellectuel d’un enfant (de 10 ans, nous précise Internet), et est sujet à de multiples craintes et tics. Le plaisir à regarder cette série, c’est tout d’abord bêtement parce que les conversations entre lui et les autres, articulées et lentes, nous sont plus facilement compréhensibles, à supposer qu’il ne parle pas avec son grand-frère, ce dernier ayant un débit et une diction hors de notre portée. Mais l’autre plaisir, c’est l’attachement à ce personnage touchant, évoluant et dépassant ses limites grâce à son nouveau travail dans un zoo. Les personnages autour de lui évoluent en même temps, comme ce jeune homme censé lui expliquer le travail, passant d’un agacement certain à une attention profonde et humble. Ce type de personnage me semble être à l’image de l’intégration des handicapés dans ce pays, où tout est pensé par exemple pour les aveugles (les signaux sonores ici ou là, les plans en braille dans les parcs…), les sourds (des sous-titres dans tous les programmes télé…) ou les handicapés moteurs (ascenseurs dans le métro…) et où ils sont, en conséquence, une minorité bien visible.
Mercredi 14 décembre 2016
Odeur de thé fumé, je n’ai pas le temps de décrypter le menu que J arrive déjà avec la minute d’avance qu’il lui plaît de respecter. En t’attendant, nous parlons surtout de mes projets et de mes activités actuelles, ce CV, ces envies, ces interrogations, ce retour. Et puis te voilà, et rapidement, avant que ne soit servi le déjeuner, il nous ouvre et déroule son carnet de pèlerinage, le troisième je crois. Les calligraphies qui s’étendent par-dessus les tampons rouges sont splendides et j’imagine, en les voyant, libérer mes traits lors du prochain cours.
Odeur de café, je me suis arrêté chez Hashimoto. Autour de la table centrale, trois vieux messieurs, conversations incompréhensibles. Au milieu, une composition spéciale Noël, dont la description pourrait prendre plusieurs page. Elle penche.
Mardi 13 décembre 2016
Lundi 12 décembre 2016
Le film du soir : Borobudur
Dimanche 11 décembre 2016
Elles rient. Dans mon dos. Nous venons de passer devant elles, car nous marchons plus vite, et elles éclatent de rire. Non pas qu’elles se moquent, mais de mon sac à dos dépassent 20 cm d’une brassée de fanes de carotte, panache vert. Un peu plus tôt nous avions souri : une femme, qu’on nommera Sisyphe, balayait les feuilles dégringolant de la forêt.
Le film du soir : 岸辺の旅
Samedi 10 décembre 2012
Vendredi 9 décembre 2016
Les chansons de Noël ont envahi rues et magasins depuis un certain temps déjà. Sous les arcades de Sanjo, alors que je crois aller à ta rencontre mais que tu t’es garé ailleurs, une reprise de Last Christmas par une voix féminine me fait sourire. Elle ne sera pas la seule, durant toute cette saison, à exercer sur moi une tension des muscles zygomatiques, surtout si la musique est accompagnée du costume (Père-Noël, Rennes, etc.) d’un vendeur. Bref.
Nous nous retrouvons finalement comme prévu chez Inoda, où la serveuse un peu raide mais forcément souriante n’a pas pour consigne de porter un costume de rennes. Une boisson et zou, direction le cinéma pour voir Koto (Vieille capitale). Cette carte postale pénible, bourrée de clichés sur Kyoto et Paris, et même colorisée ici ou là pour offrir par exemple aux montagnes d’Arashiyama des teintes d’automne saturées, est tellement caricaturale que je te chuchotte « C’est sponsorisé par la ville de Kyoto ? » juste avant que le maire ne passe en figurant haut-de-gamme.
À cela s’ajoutant une incompréhension totale de l’histoire, nous sortons agacés de cette séance… un agacement finissant en fou rire lorsque l’on apprend que la même actrice joue les rôles de deux sœurs jumelles (ce qui dit, comme cela, n’est pas forcément drôle).

Jeudi 8 décembre 2016
Nous attendons, donc nous discutons. Elle a le même discours que la plupart des Japonais qui ont, pendant plusieurs années, quitté leur pays. On lui fait parfois remarquer sa façon de parler, sa franchise, son comportement : elle n’est plus comme eux et elle oscille donc entre indifférence et agacement. Elle me parle de son neveu homosexuel à Tokyo, des rapports familiaux, des gens de Kyoto… Les gens… Ils sont nombreux, un peu plus tard, autour du grand sapin de Noël qui décore la gare, ou sur les marches qui clignotent. Je cherche à les attraper dans la lumière, avant de m’embarquer dans cette gare dont je découvre la photogénie nocturne, une photogénie que je capterai maladroitement : il faudra y revenir.
Mercredi 7 décembre 2016
Il s’agit alors de sourire. Non pas moi, mais C, dans mon viseur. La lumière décline joliment, presque trop fortement puisque presque à l’horizon, éblouissante. L’arrière-plan est de moins en moins rouge puisque passent les jours et tombent les feuilles, mais l’on trouve quelques recoins colorés. Il s’agit alors d’arriver à la faire sourire, dire quelques bêtises, ou plutôt quelques phrases qui ne génèreront pas ces éclats de rire qu’elle n’aime pas trop sur les images et qui moi me conviennent pour leur fantaisie, leur joie, leur éclat, leur naturel. Avec ou sans écharpe ?
Le soir, conférence d’Arnaud Vaulerin autour de son livre (La Désolation), paru il y a plusieurs mois en France et récemment traduit au Japon. Il revient sur ce qu’en France on appelle simplement « Fukushima », comme on dit « Tchernobyl », comme si les sonorités étrangères projetaient le drame ailleurs, derrière les milliers de kilomètres et les syllabes. Pourtant nous sommes tous concernés, tous, pas seulement ces hommes jetables dont Arnaud Vaulerin chercha le témoignage. Hommes jetables : terme terrible mais qui dit tout ce qu’on ne veut pas dire, ce qu’ils (responsables avec un grand R) ne veulent pas dire et ne veulent pas qu’ils disent. Parce qu’hommes jetables et poussés au silence.
Mardi 6 décembre 2016
Alors que la calligraphie que je pratiquais autrefois n’était que décorative, celle qui vient d’entrer dans ma vie, et qui illustrera certains mardis soirs, est bien autre chose que de la calligraphie. Il n’est finalement pas question de savoir tracer correctement, il est plutôt question de comprendre l’essence même de cette pratique : l’origine des caractères, la profondeur de leur sens… Un kanji est bien plus qu’un kanji. Et ce soir, l’oiseau tracé était, en prévision de la nouvelle année, un porte-bonheur que l’on offrira. Il s’agit ensuite (tout de suite, quasiment), de se laisser aller. Laisser la main s’envoler avec l’oiseau…
Mais, de manière plus basique, c’est aussi un cours de japonais où l’on évitera au maximum l’usage de l’anglais, un cours d’histoire qui rappelle s’il en est besoin que le Japon ne serait rien (ou autre chose) sans la Chine, et finalement un cours de sociologie, où l’on découvre par soi-même (ce qui confirme divers témoignages) que le professeur japonais est forcément élogieux : l’oiseau, même massacré, engendrera des gazouillis flatteurs. À ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie…
Lundi 5 décembre 2016
Au milieu des vidéos de vacances, de ceci ou de cela, vidéos qui prennent trop de place et qu’il faut effacer, il y a soudain celle qu’on avait oubliée, prise vite fait dans l’unique but d’en faire un pense-bête, sur laquelle on distingue rien, mais où une voix, étrangement nasillarde, peut-être enrhumée, vraisemblablement déformée par l’enregistrement, dit quelques phrases sur l’amoureux de ma grand-mère, avant mon grand-père et remplacé par celui-ci à une époque où, à un moment, il fallait bien finir par se marier. Il y a toujours alors, dans ces histoires, la question en suspens : qui serions-nous si… ?
Dimanche 4 décembre 2016
Il est toujours vertigineux de voir à quel point les corps photographiés du passé, peut-être plus que ceux en action et en situation devant nous, se présentent immédiatement au regard comme des corps sociaux, des corps de classe. Et de constater à quel point également la photographie comme « souvenir », en ramenant un individu – moi, en l’occurrence – à son passé familial, l’ancre dans son passé social. La sphère du privé, et même de l’intime, telle qu’elle ressurgit dans de vieux clichés, nous réinscrit dans la case du monde social d’où nous venons, dans des lieux marqués par l’appartenance de classe, dans une topographie où ce qui nous semble ressortir au relations les plus fondamentalement personnelles nous situe dans une histoire et une géographie collectives (comme si la généalogie individuelle était inséparable d’une archéologie ou d’une topologie sociales que chacun porte en soi comme l’une de ses vérités les plus profondes, si ce n’est la plus consciente).
Didier Eribon ; Retour à Reims
Samedi 3 décembre 2016
Vendredi 2 décembre 2016
Jeudi 1er décembre 2016
Aveuglé par cette impression de m’être arraché à un mal qui jusque-là m’avait semblé incurable, j’oubliai quelque temps la résistance du corps. Je n’avais pas envisagé qu’il ne suffisait par de vouloir changer, de mentir sur soi, pour que le mensonge devienne vérité.
Édouard Louis ; En finir avec Eddy Bellegueule
Mercredi 30 novembre 2016
Bords de la rivière, entre Kitayama et Kitaoji, détour sans pareil pour aller à la salle de sport. Je compare les couleurs avec celles d’il y a trois semaines, le ciel s’est un peu éteint et le marron l’emporte désormais. Soudain au loin, un immanquable kimono aux motifs et couleurs d’automne ; elle pose à côté de son futur mari vêtu de noir. L’assistante (vêtue de noir) se démène tandis que le photographe (vêtu de noir) leur fait prendre la pose : lorsque je passe à côté le futur tend le bras vers l’ouest, un éventail dans la main…
Salle de sport. Un homme a fait un malaise il y a quelques minutes, mais puisque l’on s’affaire autour de lui, et que de toute façon je ne vois pas en quoi je pourrais être utile, je poursuis mes activités et compare les kilos poussés / tirés / soulevés avec ceux d’il y a trois semaines, et… comment dire… le ciel s’est un peu éteint ? Soudain regardant à nouveau vers l’homme, je vois qu’il est entouré de deux personnes en uniforme et immanquablement, malgré l’inquiétante immobilité du sexagénaire (assis), je souris. La scène n’est pas drôle, me direz-vous, mais les uniformes, teinte crème évoquant un vieux costard des années 70 ou quelque chose d’Europe de l’Est à l’époque soviétique, sont portés par une espèce de couple à la Laurel et Hardel, ou à la Dubout, bref : une petite grosse et un grand maigre… surmontés d’une casquette disproportionnée. Je tente bien sûr de cacher ce sourire idiot, mais cela devient difficile lorsque arrive le brancard porté par… des hommes casqués, version casque de chantier, voyez-vous ?
C’est lorsque l’homme s’assied sur le brancard, visage figé et raideur encore plus inquiétante, que mon sourire retombe.
Mardi 29 novembre 2016
Le premier bonheur du jour, comme chantait Françoise Hardy, n’est pas un rayon de soleil (qui s’enroule sur ta main, etc.) mais les lignes colorées au-dessus de la terre, là-bas vers le nord, tandis que l’on survole la nuit.
Le deuxième bonheur, c’est la visite d’un hôtel ouvrant ses portes le 1er décembre. Pourquoi bonheur ? Parce que le lieu, constitué de 10 maisons anciennes, parvient à sauver, ces 10 maisons, tandis que le reste de la ville se transforme, se plastifie, s’uniformise. Le touriste lambda, ne franchissant pas les portes, profitera seulement des façades sauvegardées conjuguées à la modernité d’un portail de métal, mais le touriste moins lambda (et aisé) profitera de la jolie conjugaison entre ancien et moderne, dont on nous rebat les oreilles avec le Japon, certes, mais qui permet de sauver ici ce petit bout de patrimoine vernaculaire. Au milieu de cette conjugaison, les fleurs de chez Mitate, les plantes sélectionnées par Seijun Nishihata, le graphisme de Kazuya Takaoka et les « monochromes » photographiques de Taisuke Koyama.
Le troisième bonheur, c’est de retrouver son lit à 20h.
Du 10 au 27 novembre 2016
Mercredi 9 novembre 2016
Décalage horaire américano-nippon oblige, la journée passe l’œil rivé sur les courbes de chance que Clinton ou Trump soit élu(e). Il est tôt lorsque la ligne bleue démocrate commence à chuter, j’entame alors le repassage de quelques vêtements, et cette déclivité transforme alors un intérêt pour ces élections en une obsession, une immense tristesse voire un effroi à l’idée que l’Amérique soit dirigée par ce type, même si l’idée d’une Hillary ne faisait pas sortir les confettis.
Mais c’est dans un commentaire sur Facebook que s’aggrave, non pas mon obsession, mais mon effroi, effroi dû à la verbalisation de la haine de l’autre, verbalisation toute trumpienne s’étalant là sous des prétextes de liberté d’opinion pour une vaine histoire de photo de nu censurée sur ce réseau social. À un commentaire insultant et déplacé, j’ose répondre un commentaire agacé, et me voilà traité de censeur par un individu qui confond liberté d’opinion et liberté de tout exprimer, vraiment tout exprimer, tout, surtout des propos inconvenables, haineux, de préférence exagérés et donc erronés, voire simplement idiots après que l’individu en question a lu ce journal.
Évidemment, il est bon de dire qu’il ne faut rien répondre à ce genre de médiocres crachats provenant de paranoïaques aux œillères brunes, mais je crains que ce qui était une minorité silencieuse avant l’avènement des réseaux sociaux et des commentaires dans la presse en ligne ne devienne trop bruyante et s’impose. L’auto-censure, directe conséquence du respect dont nous devons tous faire preuve, est semble-t-il une notion ignorée par cette partie de la population…
C’est donc agacé que j’arrive chez C, bras plâtré mais radieuse, qui nous raconte sa journée avec le Dalai-lama, ce dernier conseillant à chacun de chercher l’amour qu’il a au fond de lui, pour s’aimer lui-même et donc aimer les autres. Y en a qui vont devoir creuser…
Mardi 8 novembre 2016
Lundi 7 novembre 2016
C’est au cinéma que l’on va voir le film du soir. Dans la salle, moyenne d’âge 17 ans, comme sur l’écran.
Dimanche 6 novembre 2016
Avoir une invitée péruvienne à déjeuner = comprendre qu’on est totalement ignare en géographie = se dire qu’il va falloir y mettre les pieds, un jour, de l’autre côté.
Le film du soir (plutôt joli, sachant prendre son temps) : 群青



























































































































