Vendredi 6 novembre 2015

Il est comme toujours réservé, peut-être pétrifié pas son anglais chaotique qui m’oblige – et c’est tant mieux – à lui répondre en un japonais autant chaotique. Face à mes questions – Que faire de ces grandes planches ? que faire de ces vêtements en parfait état ? – il n’a pas de réponse, et le temps de sa réflexion, mon regard se porte sur son lobe gauche. Un trou. La marque d’une ancienne boucle d’oreille. J’ai du mal à y croire, à ce fantôme, ça ne colle pas avec le personnage devant moi, qui depuis un an et demi garde cette attitude de petit garçon timide et qui me fait à chaque fois regretter Rika et son énergie, ses questions, son étonnement permanent, ses marques d’attention et son amour pour les primevères et les pensées. D’ailleurs vous ai-je dit que j’en ai planté ?

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Jeudi 5 novembre 2015

C’est vers 6h30 que le ciel du nord se teinte de rose au-dessus des montagnes, sans que l’on sache d’où elle vient cette teinte, si ce n’est peut-être d’une pointe de jalousie face au sud-ouest doré. C’est à 6h38 qu’une autre émotion teinte l’atmosphère : ce joueur de violoncelle, là-bas. Chut !

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Mercredi 4 novembre 2015

Je vais parfois à Kyoto. Tant d’autobus ça m’étonne encore. Chez moi, tout le monde a une voiture, je ne savais pas déchiffrer un plan de métro, je n’avais jamais utilisé de transport public (pour quelqu’un comme moi, issu de la classe moyenne, c’était bon pour les pauvres). Il m’a fallu un an pour m’y faire. Le japonais, je l’apprends sur le tas. J’ai fréquenté quelqu’un près de Tokyo, un Canadien. Mais ça n’a pas bien fonctionné et, depuis, je suis célibataire. Ici, presque personne ne sait que je suis gay – ça ne leur plairait pas.

Nicole-Lise Berheim ; Saisons japonaises

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Dimanche 1er novembre 2015

C’est alors qu’il réalise, tandis qu’ils sont assis l’un à côté de l’autre depuis un long moment et que leur conversation vient de prendre la couleur du thé vert, qu’elle est celle avec qui il correspondait, et qu’il espérait rencontrer.

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Samedi 31 octobre 2015

Le bar est spacieux (donc pas très kyotoïte), agréable (donc très kyotoïte) et de l’autre coté de la vitrine, là, juste à côté de toi, il y a une part de gâteau immense en carton. A l’intérieur, on note surtout la tête de panda en peluche accrochée au mur, telle un trophée. A l’extérieur, je remarque surtout le garçon avec un tee-shirt « Cindy Lauper » qui montera dans le bus 203. C’est un samedi différent, lent, reposant, différent parce que pour une fois nous marchons sur ce pont, ensemble. Ça n’a l’air de rien, mais…

Il y a ensuite cette scène qu’on ne comprend pas, au restaurant, c’est comme un film met finalement, on lit sur les visages les expressions faute de comprendre les mots. Et puis l’expo (sur des artistes inspirés par le mouvement) Rimpa. Et puis un film muet, un vrai, La Cigogne de papier, Mizoguchi années 30 et Japon bien sombre…

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Vendredi 30 octobre 2015

Elles descendent du bus nord-8, en attendent en autre, et en patientant se pincent la joue, comme l’on se tiendrait le menton en jouant à « je te tiens… ». Le nord-1 arrive et elles repartent, sans que je sache si, à leur petit jeu, le but est de ne pas rire.

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Mardi 27 octobre 2015

La scène est triste: de l’autre côté de la grande vitrine qui ne cache rien, deux femmes pleurent. Soudain le vétérinaire secoue la patte du chat, comme ça, vous voyez ? Comme un jouet, comme un truc mou, flasque, pas comme une patte de chat qui vient de mourir. Alors je ris. Devant l’absurde et la gêne de cette transparence que je trouve peu japonaise, je ris. Ce n’était pourtant pas le moment, de rire de la mort.

Et puis, comme un touriste, découvrir (Konnen-in) ou retrouver (Nishi-ki, Guio-Guiro…) et entendre K dire : « C’est assez délicieux« .

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Jeudi 22 octobre 2015

J’aurais pu fermer les yeux. C’est une spécificité de la vision. L’ouïe ne la possède pas. Les tympans n’ont pas de couvercle. Mais la rétine a un organe qui fait fonction de couvercle, en l’espèce les paupières. C’était donc facile. Et pourtant, je n’ai pas pu.

Hideo Furukawa ; Ô chevaux, la lumière est pourtant innocente.

Mercredi 21 octobre 2015

Au crayon, dans la marge de la page 169 : « très important ». Je m’étonne encore que certains, sans vergogne, griffonnent, mais cette fois cela m’alerte, et j’ajoute un autre post-it jaune pour plus tard relire et mieux comprendre le japon et ses attitudes / habitudes (habittitudes ?).

Augustin Berque 151021-DSC_2592

Mardi 20 octobre 2015

Ils sont arrivés hier, discrètement, à l’heure du dîner. Me voici, ce matin, passant la tête puis toquant sur l’armature de la moustiquaire, bruit léger. A sourit et se précipite sur ses chaussettes pour les enfiler, apparemment gêné (qu’elles soient ainsi par terre ou que je voie ses pieds ?) et engage la conversation sur la météo (la chaleur d’août, son allergie au soleil) avant de s’inquiéter sur la présence de moustiques qui, par chance pour lui, ne font plus d’apparitions depuis quelques jours. Nous ne le verrons donc pas ici l’été prochain.

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Vendredi 16 octobre 2015

La centrale se situe à peu près à dix mètres au-dessus du niveau de la mer. La vague fera plus de treize mètres. Les premiers plans montrent que le site originaire se trouvait trente mètres plus haut, mais on a raboté la falaise pratiquement jusqu’au niveau de la mer pour économiser les frais de pompage nécessaire au refroidissement des réacteurs. Le site contient six réacteurs nucléaires alignés en rang d’oignon, à deux pas de l’océan. On dirait un resort hotel, une résidence hôtelière pieds dans l’eau.

Michaël Ferrier ; Fukushima, récit d’un désastre.

Genkou-an, Kyoto 151016-DSC_2442 Daitokuji, Kyoto

Jeudi 15 octobre 2015

Sur la table basse, le bonheur de voir des livres. Depuis quelques jours il y avait Flaubert, Riboulet, les lettres manuscrites en marque-pages, en signal, celui de l’amitié. Il y avait aussi depuis trop longtemps maintenant celui, virtuel, toujours en attente, ce prénom en PDF. Et voici que ce soir il y en a d’autres, des signaux et des livres, japonais, japonisant, avec toujours en tête cette lumière ; et là, devant nous, le sourire radieux des amis, enfin là.

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Mercredi 14 octobre 2015

C’est l’histoire d’une rencontre, celle avec les Bescher. C’était avant 2001, avant les carnets, avant les traces écrites de ce journal, avant les traces des anciens journaux surtout, ceux qu’on ne lit plus, ceux qu’on ne peut plus lire parce que c’est mieux ainsi, même si certains referont surface, ceux d’après 2004 par exemple, ceux d’avant 2008 sûrement, là où ça commence à ressembler à autre chose qu’un agenda, qu’un ramassis a-poétique vaguement à la Prévert (prévert pépère ?). C’est une question de temps, d’organisation, de copier-coller… de détricotage du passé peut-être aussi pour en enjoliver les formes, les phrases…

Bref, les Bescher. C’est, si je ne me trompe pas – c’est en tout cas ce que je raconte à chaque fois – ma rencontre avec la photographie exposée. C’est au centre Pompidou, c’est une baffe, c’est un virage. Je navigue entre la fascination et l’incompréhension, et il est probable que je ne reste pas longtemps. Et puis ça va me coller aux basques. Jusqu’à hier par exemple, voyez cette fichue façade plantée là, un peu plus bas que ce paragraphe, ils sont là les Bescher.

Enfin non, maintenant ils ne sont plus là. Plus du tout et il faudra rattraper le temps perdu, les regarder encore et les lire. Comme Chantal Akerman, alors ce soir c’est Je, tu il, elle. 1975.

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Dimanche 11 octobre 2015

Il y a en entrant dans la maison une odeur que je n’identifie pas tout de suite. Je m’étonne que la porte arrière soit ouverte, je m’étonne de tout ce qu’il y a sur la table, je me demande qui a bien pu passer et laisser là ces surprises, surtout en regardant les étiquettes qui m’indiquent la provenance. Et puis je me rappelle, enfin, que c’est simplement toi.

Samedi 10 octobre 2015

« Je ne suis pas un homme pastel ». Je lui dis cela alors qu’elle me conseille d’acheter un vêtement dont les couleurs ne me correspondent pas. Je lui dis que tiens, ce sera la titre de mon autobiographie.

Promenades blanches, Alain Michard Onomichi

Vendredi 9 octobre 2015

La soirée s’achève, la semaine presque également, et l’on nous embarque vers une surprise, un ailleurs, une grotte, un aquarium, un musée sérieux et farfelu : des coquillages, des poissons, Jules Verne n’est pas loin. C’est un bar, un bar avec alcool, sinon une glace ; alors je prends une glace.

 

Mardi 6 octobre 2015

Chantal Akerman était comme une cousine, lointaine, rarement rencontrée, dont on nous aurait dit si souvent du bien, rien que du bien. Je n’avais pas souvent rencontré le cinéma de Chantal Akerman, une fois avec ennui, une fois avec plaisir, mais elle était de la famille, la tienne de cœur , donc la mienne par alliance, et te voilà soudain bien triste. Une autre douleur, donc, autre que celle de la nuit et du matin, douleur bruyante là, en bas du dos à droite, douleur évanouie comme par enchantement à la fin de la journée, après quelques médicaments et un « o daijini » vers 9h40.

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Jeudi 1er octobre 2015

Je ne m’attendais pas, en lisant le discours de Kenzaburo Oé lorsqu’il reçut le prix Nobel de littérature, à découvrir que l’une de ses références était le conte de Nils Holgersson. J’ai 10 ans, le dessin-animé tiré du conte passe à la télévision chaque samedi après-midi et c’est sur le matelas épais et l’édredon fleuri de ma grand-mère que je regarde avec émerveillement l’histoire de ce garçon et des oies sauvages. J’ai alors rêvé, les années qui ont suivi, comme l’enfant devenu minuscule, d’être emporté au dos d’une oie dodue pour voir le monde… rêve bien plus accessible que de tuer des monstres interplanétaires en Ulysse du 31ème siècle.

 

 

Mercredi 30 septembre 2015

Après l’exercice bimestriel de japonais (1h15 chez le coiffeur, rien que ça), je file vers les étagères de l’Institut, desquelles j’extrais quelques ouvrages desquels j’extrais quelques notes, deux haïkus et le sentiment que le temps va manquer pour tout lire, tout retenir, tout apprivoiser ; une vie ne suffit pas. Enfin d’autres étagères, de bois (précieux ?), livres d’art, verre de Sauvignon.

Lundi 28 septembre 2015

« I’m wondering if they can fit the building…because they are a big group… »

Soleil. La terrasse parisienne serait bondée, on s’y battrait pour une place, même au bord d’un boulevard bruyant. La terrasse kyotoïte, en bordure de rivière, vision sporadiquement troublée par une voiture roulant lentement, est vide. Il n’y a qu’une table et deux chaises, et la dizaine de clients est à l’intérieur, où la climatisation ronronne et me fait frissonner lorsque je vais payer et qu’elle me fait remarquer, dans un sourire, qu’aujourd’hui je suis seul.

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Dimanche 27 septembre 2015

Le parfum offert hier par J, une fois sur moi, m’évoque immédiatement celui qui le portait. Il me poursuit toute la journée, accompagné d’un sentiment nostalgique et triste : c’est comme si j’entendais son rire par-dessus la musique, comme s’il était là, assis dans un fauteuil Voltaire, deux doses de Ricard dans un peu d’eau et un paquet de Rothmans.
Mais plus tard, nuit tombée, nous trompant de bar pour justement retrouver J, c’est le fou rire qui vient ; il en aurait ri aussi, doucement moqueur, de cette femme assise là, devant son petit écran.

Concert Rhizottome - Yokai Soho - Kyoto 150927-DSC_9595

Samedi 26 septembre 2015

Lors du dîner dans ce restaurant à l’ambiance curieusement parisienne qui fera grincer certaines dents, dont les miennes, étant donnée l’attitude (… remplacer par l’adjectif de votre choix …) des serveurs, lors du dîner, donc, la voici, Japonaise plus française que certains d’entre nous, qui raconte son pays, c’est à dire un certain de côté de son pays, un des plus sombres actuellement, ce jusqu’au-boutisme nationaliste pour sortir le Tohoku du marasme.

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Mercredi 23 septembre 2015

Ôhara. Nous revoici là, bar désuet, toucher du velours et odeur poussière, mais la femme n’a plus les cheveux violets. Le souvenir date probablement de juillet 2012, mais je ne creuse que dans mes souvenirs et pas dans les pages de ce journal. Alors d’autres lieux reviennent, ce petit restaurant au nord de Kibune, loin, lieu imprécis précédé, j’en suis sûr, par le doublement d’un taxi avec deux geishas à bord. Parmi tous ces lieux d’autrefois et de maintenant, nulle image dans ma sélection bordelaise. Ils s’accumulent, attendant leur tour.

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Dimanche 20 septembre 2015

Nous sommes, de nos ancêtres, les fantômes de chair. Ils se servent de nos corps vivants pour hanter ce monde. Et nous voici, éperdus de tous ces morceaux dont nous sommes faits, et auxquels il convient de donner une apparence unique, cohérent et entière. Nous promenons nos corps constitués des bouts des uns et des autres à la recherche d’un principe qui les fédère, et que nous appelons moi, les jours de bravade, quand en réalité tout cela bataille en nous, tous ces ancêtres dont chacun voudrait avoir la préséance, faisant pression sur nos mimiques, et sur nos pensées peut-être, toute la horde des aïeux qui n’acceptent par plus de disparaître que les spectres des contes, et qui colonisent nos corps, pour durer encore, à leur façon.

Christine Montalbetti ; Love Hotel

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Samedi 19 septembre 2015

« Ouais ben tout l’monde fait pas Guernica« , dis-tu. Je souris.

(Et Théodore Duret, Hiroshima, l’horreur décrite qui démontre qu’une petite légende vaut parfois mieux qu’un étrange dessin, la tristesse d’un musée vide et d’un restaurant de musée d’art contemporain au mobilier ringard et donc hors-sujet, les retrouvailles, les images belles ou drôles de Judith Cahen, les longues discussions autour d’une bière, puis d’une deuxième, puis d’une troisième, puis…)

150919-DSC_9138 Jean-Luc Vilmouth - Hiroshima Art Document Ange Leccia - Shuhô - Hiroshima Art Document Bank of Hiroshima

Vendredi 18 septembre 2015

Alors, entre mes mains, l’improbable : une cruche datant d’environ 1800 ans. Je m’inquiète que mes doigts en soient pas encore tachés de la viande mangée plus tôt, et prends toutes les précautions possibles pour ne pas faire tomber l’objet ; vous me connaissez… La suite est moins ancienne (plusieurs siècles cependant) : masques de nô, rouleaux où défilent monstres et dessins érotiques. Mais l’émotion est là, forte, troublante, peut-être parce que les esprits qui hantent ces objets ne dorment pas.

 

Mercredi 16 septembre 2015

Tout d’abord ce n’est rien, un mouvement insignifiant, quelque chose comme une fêlure sur l’ivoire d’un mur, une craquelure sur un os. Je ne sais pas comment je m’en aperçois, une babiole peut-être qui bouge, les bibelots qui s’ébrouent près de la baie vitrée, quelques points de poussière dans la lumière de l’air. Silencieusement, subtilement, cette chose se développe et suit son cours, elle circule sans relâche.

Michaël Ferrier ; Fukushima, récit d’un désastre.

Lundi 14 septembre 2015

Je regarde ses yeux, à quelques centimètres des miens, proximité inédite, presque troublante. Elle regarde mes dents, débitant au fur et à mesure de son avancée dans l’exploration de mes gencives des numéros en japonais et en anglais, cette langue indo-européenne semblant fournir, par sa prononciation à la japonaise (ouane, tou, souri, foh, faïvu, sikousou…) des références purement médicales et n’étant donc nullement liée au fait que l’homme, profession dentiste, lui avait demandé de parler en anglais pour faciliter notre conversation, homme de bleu vêtu tandis qu’elle portait une blouse en tissu assez épais d’un vert presque inexistant, homme dont les yeux, tout aussi noirs, au-dessus (ou en-dessous, vu de ma place) d’un carré blanc recouvrant une grande partie de son visage, étaient un peu plus tôt tout aussi proches – proximité inédite, presque troublante – pour l’inspection de mes dents, me permettant une nouvelle remarque sur le fait que les hommes ici se taillent les sourcils et que lui, de surcroît, les épile partiellement (peut-être même en comptant ouane, tou, souri, foh, faïvu, sikousou…).

Un peu plus tôt, j’avais revu le cochon rose.

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Dimanche 13 septembre 2015

On sonne. Quand j’ouvre la porte, l’homme devient figé, bouche bée, aucun son ne sort de sa bouche face à mon visage souriant, frisant de plus en plus l’éclat de rire au fur et à mesure que la scène, semblant durer une éternité, se prolonge. Son « you speak english ? » finalement bafouillé ne sert alors à rien, puisque qu’il se met à me parler en japonais, nous laissant 1 semaine pour répondre à ce questionnaire de recensement.

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Samedi 12 septembre 2015

Quand la ville arrive, bien que ses paysages me captivent, je plonge dans le livre à la couverture blanche, comme si ce n’était pas le jour pour autre chose que les montagnes et la mer, des dentelles de rochers, ce Pacifique plus bleu que tout, l’horizon net baigné d’un soleil franc, les toits aux éblouissantes tuiles vernissées… et ce bar à Katsuura frappé par mon fou rire.

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Vendredi 11 septembre 2015

Ton anniversaire, ce jour, raison principale de notre venue ici, ce port, cette baie et derrière le Pacifique. Ciel bleu, légère brume là-bas. Grincement du ponton, chant des rapaces qui commence dans un trait et finit en modulation, onomatopées des corbeaux, bruissement des branchages lorsque les singes s’y promènent, cri d’un héron cendré ou d’une mouette. En face, au-delà des vagues, les verts se multiplient, les voici encore baignés de lumière en cette fin d’après-midi, lumière rasante qui dorait déjà, à notre retour de la plage, les bétons, les bouées, les rouilles ou le large chapeau du pêcheur.

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Mercredi 9 septembre 2015

Correspondance. Le typhon a annulé quelques express, et ce n’est pas à Owase que l’on change de train, mais à Matsusaka, plus tôt, plus au nord, plus loin de la mer. Le boulevard qui fait face à la gare est bordé d’arcades vieillissantes, de façades décrépites, d’abandon, de l’absence totale de renouveau sauf cette petite boutique de céramiques et de thé s’employant avec gentillesse à nous faire acheter quelque production locale. Il règne une atmosphère sinistrée, une immense tristesse et les fantômes d’une certaine jeunesse partie pour les grandes villes nous regardent sûrement en souriant, tandis que l’on déjeune au-dessus de l’office de tourisme – puisque il y en a un – dans un café 40 ans d’âge (peut-être moins, peut-être plus) encore dans son jus. 800 yens le repas du jour.

Quelques heures de paysages plus tard, nous voici arrivés à destination, Mikiura, village de 600 âmes sur une baie qui lui donne son nom. La vue depuis notre guesthouse est magnifique ; heureux les singes qui en profitent tout au long de l’année… Mais ils font comment, les singes, pour faire leurs courses ? #mamieSupérette.

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