Lundi 11 mai 2015

La nuit était tombée lorsque je suis sortie de l’aéroport, le corps un peu déséquilibré, pesant d’une drôle de façon comme s’il ne cessait de glisser vers le bas. J’avais tellement envie de m’allonger, de m’allonger de tout mon long et plus si possible, que seules les surfaces horizontales attiraient mon regard. Avec un peur de chance, la chambre du ryokan serait exactement comme sur les photos.

Céline Curiol ; L’Ardeur des pierres

Sur la terrasse, je viens saluer le nouveau visage. Je l’avais imaginé brun et plutôt grand, une frange plutôt longue, quelque chose de cette coupe que j’ai eue brièvement en 2012. Et bien ce n’est pas du tout ça. J’arrive heureusement à cacher ma surprise, et il est déjà retourné lorsque je précise qui je suis, mais peut-être l’avait-il imaginé.

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Dimanche 10 mai 2015 2015

Alors la petite fille, d’apparence sage, s’amuse de nous menacer de son jouet de plastique vert aux pointes rouges, le visage grimaçant dans une sorte de remake improbable de L’Exorciste.

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Vendredi 8 mai 2015

Kyotographie / KG+, troisième. J’aimerais en parler, en parler longuement. Du travail de Louis Jammes sur Tchernobyl surtout. De la photo « Playboy Club » d’Elliot Erwitt aussi. Et du plaisir de terminer par la simplicité (encore !) de ces 300 portraits par Hyogo Mugyuda.

Et puis, ô bonheur, de L’Amour à la mer, de Guy Gilles.

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Jeudi 7 mai 2015

Kyotographie, deuxième. Et comme il est difficile de parler de tout, je citerai simplement le nom de Suntag Noh… et la beauté des tirages de chez Benrido.
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Mercredi 6 mai 2015

J’ai noté le nom de Yusuke Yamatani, numéro 8, tout près de Shijo-Karasuma, afin de débuter par l’un des deux noms japonais du festival Kyotographie, et m’arrête surtout sur une image que par chance il est possible de photographier pour mieux la regarder ensuite et la poser ici, en guise d’illustration, ici où le noir et blanc est rare. Noir et blanc, aussi, avec les photographies des pochettes de Blue Note, et surtout quelques belles planches contact.
Conseillés la veille par V, c’est surtout du côté de KG+, à la galerie16, discrètement perchée, qu’on trouve un travail photographique intelligent et indiscutable : Dialogues, de Mutsumi TSUDA revient sur l’histoire des immigrés japonais en Nouvelle-Calédonie et leur internement en Australie après l’entrée en guerre du Japon. Le travail et l’accrochage, sobres et humbles, sont une respiration après l’autre expo vue et dont je n’ai pas parlé.
On passe ensuite à un autre style avec les dessins et collages de Paul Brock, à la poésie et la légèreté située quelque part entre Miro et les Shadocks, dans une ambiance de vernissage amicale et chaleureuse : « je suis un peu pompette« , dit-elle.
Et finir sur la terrasse avec Moé no Suzaku, de Naomi Kawase.

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Mardi 5 mai 2015

Où il est question de rêverie photographique, de souvenirs, imaginaires, collectés, flous, piochés ici ou là, chez les autres.

Jean-Luc Caradec, KG+, Galerie Hôô, Kyoto 150505-DSC_2309

Lundi 4 mai 2015

Sans prévenir, la ville s’est parée de rose azaléen. Ou bien étais-je trop attaché à regarder le vert qui avait éclaté depuis notre retour ? En tout cas, en face de la Villa, c’est abondance (de fleurs, de visiteurs). De quoi rejoindre l’idée de regard floral évoqué par Christine Buci-Glucksmann dans son livre « L’esthétique du temps au Japon« , livre qui aurait nécessité l’usage d’un surligneur afin de guider la lecture parfois souvent ardue, or vous conviendrez qu’il n’est pas d’usage de surligner les ouvrages empruntés dans/sur les bibliothèques. En tout cas, je ne retrouve pas la phrase en question.

Dimanche 3 mai 2015

Veste de tailleur verte devant le bâtiment gris, elle sourit curieusement, comme gênée, faisant vaguement les cent pas. Son mari est entré avec elle : nous les avons croisés tandis que nous sortions après nous être renseignés sur les prix de cet hôtel qui n’en est pas un, pas tout à fait un, pas pour tout le monde. C’est un resort, en anglais dans le texte, c’est hyper select, faut faire partie du club et avoir un bagage d’une grande marque de luxe — à supposer qu’il existe des petites marques de luxe.

Et puis ils sont repartis. Les bagages plus nombreux qu’à l’aller, puisque ce sac rempli des achats du matin.

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Vendredi 1er mai 2015

Une odeur de tabac froid, légère mais présente, moins insistante que dans ce business hotel de Hiroshima en 2013. Des édredons à fleurs, une distance inédite entre les deux lits, un bruit de circulation léger mais présent. Un étage plus bas, le gardien de l’hôtel, myope comme une taupe, patiente dans son costume bleu digne d’un agent de parking. L’endroit est étrange, tellement étrange que nous nous sommes demandés en franchissant les portes si c’était bien l’hôtel où nous avions réservés ou bien une maison de retraite ; nous l’avions choisi un peu au hasard (Internet, etc.) surtout pour sa situation sur le bord du lac Biwa ; à peine garés on bénéficia d’un joli coucher de soleil.

Le tableau dépeint ainsi ne gâche nullement cette journée, qui commença pourtant par un french-toast un peu triste et par une réservation téléphonique pour le sus-dit hôtel, réservation en langue locale d’une durée de plus 8 minutes durant laquelle la personne au téléphone me posa des questions aussi inutiles – notre heure d’arrivée – que saugrenues – notre âge -, tant et si bien que je frisais l’exaspération totale au moment de raccrocher, le soulagement l’emportant tout de même sur l’agacement.

Bref, tout ça ne gâcha pas cette journée, merveilleuse et ensoleillée, merveilleuse et surprenante comme peuvent l’être le musée du 21ème siècle, le jardin Kenroku-en, un déjeuner dans un restaurant de ramen presque poétisé par la présence d’une sourde parlant français et enfin (ou surtout) le musée Suzuki et sa magnifique architecture avant de rouler deux heures au milieu des montagnes.

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Jeudi 30 avril 2015

Kanazawa. Le nom de la ville m’évoquait – ce n’est pas rien – l’enthousiasme de Bertrand au retour : la beauté malgré le froid. C’était l’hiver ; enneigé. En cette fin avril c’est un printemps estival, et j’ose même me tremper les pieds dans la mer lors d’un arrêt sur la route, mais mon élan ne me pousse pas à enfiler un maillot ; des détritus bordent la plage.

Kanazawa, c’est plus de 460 000 habitants et, à l’issue de cette première soirée, un cœur de ville accueillant, vivant, chic, dynamique, rempli de bars à la photogénie extérieure – portes entrouvertes, cinq tabourets… – qui me rappellent ce petit quartier de Tokyo, qui, dès le premier soir dans la mégalopole, m’en avait donné une image loin des clichés. Dans l’un d’eux on s’accoude pour une bière et l’on y revient après le repas, parce que finalement il était bien accueillant, ce bar. Là, à la manière typiquement japonaise, les autres clients finissent par nous parler. Ça commence toujours par nous demander d’où l’on vient, et puis les rires n’attendent jamais très longtemps, comme pour couvrir la gêne de ne pas très bien se comprendre, comme pour exprimer dans un langage universel le plaisir d’être là. (Se croiser le lendemain, et rire encore en guise de salut).

(Et l’on se dit alors qu’il faudrait vraiment fréquenter plus les bars.)

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Vendredi 24 avril 2015

Tokyo. Encore une fois se laisser aller au hasard, avec pour seul but un lieu et une heure de rendez-vous. J’ai donc 5 heures pour ce trajet Shibuya – Roppongi qui ne nécessite, en ligne droite, que 30 minutes. A un rythme tranquille (surtout parce que je dois arriver frais comme une rose au vernissage du soir malgré une veste et une cravate), je découvre alors le sud de Shibuya, et en particulier Daikanyama puis Ebisu, qui sont exactement ce que j’aime dans cette ville : de charmants quartiers bordés de petites boutiques, de petits cafés, passant du lounge à l’alternatif, du chic au réaménagé… avec au milieu de toute cela un librairie photographique où je dégote un vieux catalogue d’une expo de William Klein pour 1000 petits yens.

La suite serait une longue description de la raison précise et principale de notre venue, à savoir le vernissage de l’expo du Mori, et, plus précisément et principalement, la présence de S et de sa pièce légère, forte et fragile, magnifique (au milieu de quelques autres très belles pièces dont il me faudrait citer les auteurs, mais comme je n’ai pas le catalogue sous les yeux…)

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Jeudi 23 avril 2015

F nous avait parlé de son rêve : construire un belvédère au-dessus de sa maison. En arrivant, toc toc, personne. On entre, habitués des lieux, en même temps que – ô tiens, quelle surprise – ce photographe rencontré il y a quelques jours et dont j’aurais aimé voir l’exposition mardi – mais il était trop tôt. Le pas de la porte franchi, déchaussés, on appelle, cherche le lieu haut perché et découvre presque caché cet escalier dans la cour. C’est alors que s’ouvre à nous un rêve, en effet, devenu réalité.

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Mardi 21 avril 2015

Un mois tellement rempli que ce journal est resté vide. Alors en ce 21 avril, lever la tête vers les cerisiers qui nous ont attendus, regarder les pétales s’évanouir… et reprendre.

Alors je raconterais cette matinée faite de fils d’or et de soie, radieuse comme les kimonos du sensei. Une fois le rendez-vous passé, une fois les journalistes repartis, il nous propose de déjeuner avec lui. Honoré et intimidé j’accepte, car l’homme est chaleureux, car Y sera là avec sa délicatesse et son français impeccable, car c’est l’occasion de mieux connaître A… Et le voici quelques minutes plus tard qui apparait bien autrement vêtu, le costume sombre du maître remplacé par du rose, du rose et encore du rose – seul le pantalon y échappant. Les pétales inévitables en cette saison sont même là, sur des coudières dont on s’amuse ; lui aussi. Et la nappe du restaurant ? Rose.

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Samedi 21 mars 2015

Kyoto n’est pas un port. Le rivage est loin. Il y a pourtant ce bateau, qui chaque 16 août s’enflamme dans la montagne pour ramener les morts vers chez eux. Si l’on aime emprunter les chemins escarpés, on peut (bien vivant) prendre le chemin du bateau. Et de là-haut, regarder la ville. Et chercher sa maison.

 

Le film du soir : Mahoro eki mae quelque chose.

L’autre film du soir : Autour de Bérénice.

Vendredi 20 mars 2015

Je retourne au sanctuaire « abandonné » découvert avant-hier, outillé de mon grand angle pour mieux capturer ces deux canapés qui ne se laissent pas faire – une lumière très basse dans cette forêt et ce coin de toiture s’échinant à être dans le champ –, mais, ensuite, au lieu de grimper, je vais voir plutôt là-bas, le long du cours d’eau maltraité par trop de détritus comme trop souvent à la lisière de la ville. Je ne vais pas bien loin, m’arrêtant à la recherche de pierres ou mousses pour le jardin, me demandant si ce morceau de bois pourraient être utile voire odorant – et le porte à mes narines. L’homme dépassé un peu plus tôt – moi à vélo, lui à pieds – arrive alors, me surprenant dans mon improbable reniflage sylvestre, me salue et dit autre chose en me montrant la suite du chemin. Je lui réponds que je ne sais pas, puisque quelle que soit sa question, je ne sais pas, et je regrette très vite cette phrase un peu facile. Il est déjà trop loin quand je prononce dans sa langue, pour moi-même, que « je ne suis pas allé plus loin », « je suis allé jusque ici seulement »… ce qui aurait été plus précis et m’aurait rassuré quant à ce lent apprentissage du japonais. Qui donc, preuve en est, progresse, allant, comme sur ce chemin, petit à petit, plus loin, ainsi qu’on le précisera le soir au dîner.

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Jeudi 19 mars 2015

Les mots de Marcel Proust, Marcel le paysan cévenol, il les mange à la table de sa cuisine. Et surtout il les mange comme il mange ses repars, en mâchant tranquillement et régulièrement, sans parler.

La table de la cuisine est filmée de face, couverte d’une seule toile cirée à motifs fleuris. Le sol de la cuisine est en vieilles dalles de pierre que le temps a rendues douces et malléables. Hors champ à gauche, la porte vitrée de la cuisine, devant laquelle pend un rideau de bandelettes de plastique rouges, jeunes et vertes, diffuse de chatoyantes irisations dans ce lieu propre à l’intériorité.

A la lecture

 

Le bus n°9 me ramène vers la maison, mais comme à l’aller, il faudra marcher une dizaine de minutes. Il est bondé, avec cette désagréable moiteur de bus les jours de pluie qui me rappelle la vie parisienne ; on a les madeleines de Proust qu’on peut. Dehors la pluie, et chacun sourit de ce chauffeur supplémentaire qui descend à chaque arrêt pour nous abriter de son parapluie, le temps que l’on ouvre le nôtre.

Une fois le mien ouvert, je me dis que le café Maki de l’autre côté de l’avenue pourrait me permettre d’attendre une éclaircie avant la (bonne) dizaine de minutes de marche. J’avais jusqu’à présent ignoré la façade marronnasse de ce café, plutôt attiré par le petit fleuriste lui faisant face. L’ambiance y est légèrement enfumée et puisque il est l’heure j’hésite sur les sandwiches mais ne prend qu’un café, 400 yens. Thriller en fond musical tandis que j’entame la page 124 dont je vous fais bénéficier d’un passage sans le moindre accord avec l’éditeur, supposant que le passage en question est une réclame qui permettra d’accorder mon pardon. Jusqu’à la page 127, fin du chapitre, absorbé par la lecture, je ne prête guère attention à la musique. La flotte – mot assez moche pour temps assez moche – persistant, j’interpelle la serveuse et lui commande un set « New-York » constitué de 4 sandwiches clubs, d’une tranche d’agrume (sic) et d’un café, 800 yens.

Je regarde alors le ballet des serveuses, jupes culottes s’arrêtant au-dessus du genou d’une couleur gris-taupe (la jupe, pas le genou) jauni par l’éclairage, chemisier finement rayé, petit nœud au col, souliers vernis. La musique ne mériterait pas qu’on s’y arrête si elle ne permettait pas une pointe d’ironie – ce solo de saxophone au milieu d’une reprise nasillarde de Mr Postman – un léger sourire –what you want béééillbééééé – ou encore l’évocation surprenante des souvenirs d’adolescents agréables – Styx – ou pas – Ebony and Ivory, enterrée au Panthéon des chansons que j’ai passablement honte d’avoir aimée à un moment de mon existence, l’adolescence n’excuse tout de même pas tout, et qui me rappelle des années de lycée que j’ai globalement cherché à effacer de ma mémoire.

Les deux autres clientes du rez-de-chaussée restent vraisemblablement indifférentes à cette play-list qui ne leur rappelle rien, comme elles restent indifférentes à cet homme qui porte PRESQUE la même veste que moi, me surprenant avant de me décevoir (à cause du « presque »), indifférentes même lorsque, sortant des toilettes, le voici qui se reculotte au beau milieu de la salle pour repositionner son polo couleur caramel sous son slip blanc.

Le Japon étant le pays où l’on apprend la patience si on ne l’a pas déjà acquise, je vois mon déjeuner enfin arriver, et les manger relevant de l’exploit en raison de leur épaisseur, je complique la chose en poursuivant ma lecture, tenant le bouquin de la main gauche et tournant les pages avec difficulté (comme un manchot, ha ha ha), éventuellement distrait cette femme devant moi qui quitte le lieu sans avoir touché au 9/10ème de son assiette ni à son café, à peine servi et encore fumant… le visage de la serveuse découvrant cette bizarrerie étant presque digne d’une tragédie grecque.

C’est lorsque Kool and the Gang débarque que je décide de partir, glissant le marque-page à la numéro 146, faites le calcul.

 

PS. C’était quoi déjà le film du soir ??

Mercredi 18 mars 2015

J’ai longtemps rêvé aux titres des différents tomes de la Recherche, bien avant que mon père ne m’autorisât à les lire, c’est-à-dire ne jugeât que le temps était venu que j’y comprenne quelque chose.

A la lecture

Sentiment de tristesse en découvrant ce sanctuaire « abandonné », grimpette dans la montagne, tentative épuisant de revoir Happy together, en VO sous-titrée en japonais.

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Mardi 17 mars 2015

Alors il se produit comme une explosion, celle des fleurs et des températures et l’on ressort le fauteuil sur la terrasse, sans naïvement s’imaginer que ce sera définitif.

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Lundi 16 mars 2015

Alors, au fil d’une discussion joyeuse avec Rika, découvrant que les deux types de plantes bizarres qui poussent au fond du jardin sont comestibles, les unes revenues lorsqu’elles sont jeunes pour éviter l’amertume, les autres en beignets, j’étoffe le vocabulaire de nos loisirs domestiques – le jardinage, les bouquets de fleur, la cuisine… – tsukushi, tsubomi, fukimoto, suisen, rappa suisen, ageru, itameru….

A peine assis pour enfin travailler, les ongles pas vraiment nets, encore un peu terreux, je tourne la tête et remarque d’abord sur ce passant son pull ayant comme motifs de grands carrés blancs cassés, beiges, marrons, anthracites, camels… Je me dis que je serais bien capable – voire heureux – de porter le même pull-over, lorsque mes yeux se penchent vers les trois chiens qu’il tient en laisse. Blancs, beige, marrons, gris, ils ont un pelage parfaitement assorti au pull, objet de surprise qui deviendra anecdote lors de dîners ou de collations en présence d’amis francophones à qui l’on aime raconter le calme du quartier et l’amusant cortège des promeneurs de chiens.

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Dimanche 15 mars 2015

Elle doit, elle aussi, se demander ce que deux gaijin viennent faire par ici, ce quartier nord où le touriste étranger est une denrée rare, malgré une certaine proximité avec le sanctuaire de Kamigamo, et c’est un tort pour le touriste étranger qui par son ignorance, son emploi du temps un peu chargé ou le trop vaste choix de visites locales, ne profite pas du calme et du charme du coin où, et s’il lui venait l’idée de grimper un peu, là-bas au fond de ce petit jardin, il pourrait avoir une jolie vue sur Kyoto, c’est trop bête de manquer ça. Elle porte un ensemble de vêtements aux motifs multiples, d’une photogénie rarement égalée, avec une blouse fond noir à motifs fleuris bleus lavande et blancs recouvrant un vêtement sans manches avec un pied-de-poule marron recouvrant lui-même un pull aux manches dalmatien au bout desquelles sont accrochées, pour éviter les taches, des manchettes à petites fleurs bleus et roses. Lorsqu’elle sort de derrière le comptoir on découvre un pantalon à motifs plus discrets, quelque chose du cachemire je crois, aperçu trop brièvement pour être sûr.

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Il doit, à présent, croire qu’on parle parfaitement japonais, depuis le temps qu’il nous voit venir à sa boutique, il ne sait même plus depuis quand. Sa femme, elle, ne semblait pas trop sûre, l’autre jour, que l’on habitât ici, après qu’elle avait essayé de me faire comprendre que sa fille avait quitté Aix pour Paris. Mais qu’importe sa femme, le voilà donc parti dans une explication sur la façon de boire le saké qu’on vient de lui acheter, à savoir la température, c’est en tout cas ce que l’on devine alors qu’il frotte son index droit sur sa main gauche, tandis que tu acquiesces avec assurance et que je hoche.

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Le film du soir : Sad vacations, sans qu’on sache vraiment pourquoi ça porte ce titre.

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Samedi 14 mars 2015

On se retrouve devant le parking, hésitant pour ma part sur son emplacement précis – c’est-à-dire la rue où il faut tourner depuis Sanjo, mais un flair sorti de je ne sais où, le souvenir vague d’une certaine distance par rapport aux grands axes, et l’avantage des sens uniques qui éliminent quelques possibilités, m’aident à t’y retrouver à l’horaire correct. Pour le déjeuner l’on s’installe tout près dans un de ces restaurants abordables et agréables avant d’aller enfin voir cette pièce de Pipilotti Rist, poésie un peu rêveuse, comme un sommeil léger.

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Le film du soir : L’Amour de l’actrice Sumako

Vendredi 13 mars 2015

Bord de rivière. J’observe les oiseaux se prendre en chasse pour quelque bouchée enviée, les milans chassant les corbeaux qui eux-mêmes volent après les pigeons qui piquent les miettes des étourneaux. Soudain, la voix de Susan Philipz habille le paysage et remplace avec joliesse les coassements, roucoulements, piaillements et autres onomatopées leur sortant du syrinx – un mot qu’on n’oubliera pas pour les prochaines parties de scrabble de début avril. Et puis un souffle – fffrrrr : un milan sans doute attiré par mon sandwich – un mot qui pourrait aussi être utile, mais bon, huit lettres… – vient de me passer au ras de la tête.

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Jeudi 12 mars 2015

Au hasard de cette promenade quotidienne, mon chemin croise celui de Mishima san, Après des phrases en japonais débitées en vain puisque à une vitesse indécente, elle reprend l’usage de cette langue en commun, mais que soudain je ne maîtrise plus, ne laissant sortir de ma bouche quasiment que des mmmm pour acquiescer et exprimer le hasard de mon parcours en les accompagnant d’un mouvement de la main droite balayant les alentours. D’accord sur la beauté du quartier, où j’apprends qu’elle habite, nous nous accordons une fois de plus à prendre prochainement un café chez elle, ce qui finira bien par arriver.
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+ Le film du soir : Ponyo

Mercredi 11 mars 2015

Quatre ans après, écrire en lettres rouges le mot catastrophe, se rappeler le petit écran de télévision d’un bar de Nogent où j’ai appris la nouvelle, penser aux enfants nés dans l’incertitude. Malgré tout, s’endormir devant le film, comme autrefois, comme souvent, à la différence près que je suis incapable de vous dire le titre (une histoire de mouchoir…).

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Mardi 10 mars 2015

Ne croyez pas les images ci-dessous, cette fleur tout droit sortie d’une île tropicale, ce soleil rasant. La fleur est bien au chaud dans la cuisine et cette lumière avait été précédée de bourrasques de neige.  L’homme, quelques secondes plus tôt, soufflait dans ses mains. Se disait-il comme moi, que c’est à croire qu’ils ont raison, ceux qui disent qu’à Kyoto, l’hiver n’en finit pas ?

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Lundi 9 mars 2015

Alors, sur le petit chemin sombre qui mène à la Villa, je lève les yeux du bitume en me disant que je préfèrerais ne pas croiser un sanglier. Mais à quelques mètres, c’est un cerf qui me regarde, ses bois immenses éclairés par un réverbère… et me voici soudain dans Princesse Mononoké. Il s’éloigne, mon cœur bat sous la surprise et l’émotion et le revoici, là-bas, au coin, qui m’attend, me regarde un instant, bien sûr ne me laisse pas s’approcher, et s’enfuit.
(Tout le reste n’a donc aucune importance à côté de ce moment d’une beauté rare.)

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Dimanche 8 mars 2015

Alors, les adhérents découvrirent le nouveau site à l’heure où… par curiosité, sourire en coin, l’on découvrit que le rayon porno du loueur de vidéos ne proposait que des films avec des filles japonaises. Ce pourrait être l’occasion de parler de l’intégration des étrangers et des homosexuels dans la société japonaise, mais parlons plutôt du déjeuner avec les deux nouveaux venus, exprimant avec une amusante complémentarité l’une son inquiétude, l’autre son calme, parlons de ce petit bar ensoleillé, parlons de Princesse Mononoké, dont la bande-son a bercé mes années d’intégrateur rue de la Chine mais que, curieusement, je n’avais jamais vu. A tort.

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Jeudi 5 mars 2015

Dans un instant, ce jeune homme d’allure orientale, Nasri Sayeg, va se mettre à lire, à notre intention, quelques pages du livre qu’il tient entre les mains, qui est Le Côté de Guermantes de Marcel Proust. Après qu’il m’a longtemps un peu ennuyé, ce volume est devenu l’un de mes préférés dans l’ensemble de l’œuvre. J’aime à changer, à vieillir avec sa lecture.

Véronique Aubouy, Mathieu Riboulet ; A la lecture

Le (seul ?) docteur généraliste francophone de Kyoto reçoit quelques demi-journées par semaine à la clinique H, derrière la porte verte du bureau n°5 du 2ème étage. Sur les affichettes qui couvrent les murs du couloir où je patiente, et plus largement, de toute la clinique, les personnages dessinés grimacent, toussent, sourient, et, même dans ce pays ou le masque est de rigueur au moins kaze, on rappelle au patient qu’on évitera de postillonner au visage de son voisin. On aperçoit aussi, là-bas, un estomac qui sourit, et j’hésite à décrire avec précision tout ce qui m’entoure (l’appareil électronique pour mesurer la taille des personnes âgées, par exemple) et ce qui m’arrive (l’incompréhensible message en japonais dans une des salles d’attente, par exemple), mais le livre que je tiens entre les mains est une rude concurrence pour mes envies d’écriture. Je découvre alors, histoire de vérifier que tout va bien, la mécanique bien huilé du système médical local, pour, au bout d’une heure, obtenir résultats et satisfaction – en dehors d’un indécrottable taux un peu trop élevé de cholestérol malgré une consommation de légumes rarement atteinte depuis mon installation sur le sol japonais.

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Le film du soir : Rykyu

Mardi 3 mars 2015

Son collègue, chauve, placé à sa gauche et enfin disponible, vient à sa rescousse. Avec ses rudiments d’anglais, il espère que cela facilitera nos échanges, mais d’une part il trouve vraiment compliqué que deux hommes puissent être mariés et d’autre part son accent lui fait prononcer un « databeuze » que je ne comprends pas. Il répète, finit par écrire « Date of bir… » et je le coupe en riant et lui disant que ok ok j’ai compris. Il repart penaud, appelé par un autre administré, et sa collègue et moi terminons ces démarches avec toute la patience nécessaire et surtout, de sa part, avec un phrasé lent et articulé indispensable.

Passant du coq à l’âne et d’une carte à l’autre, nous voici, cette fois toi et moi, au comptoir du loueur de vidéos. Le remplissage du formulaire se fait plus simplement, même si je ne saurai jamais pourquoi elle m’a demandé qui était le plus jeune de nous deux d’une manière telle que j’ai cru que cela avait son importance dans l’inscription… alors que cela n’en avait évidemment pas et qu’elle devait demander cela par sympathie, genre pour détendre l’atmosphère qui n’était pas tendue sauf peut-être de leur côté du comptoir, désarçonnées de ne pas être comprises à cause de cette fichue manie de ne pas aller à l’essentiel.

Et nous voilà donc, le soir, pour notre première séance de découverte du cinéma contemporain japonais, regardant…  heu… ça :『小野寺の弟・小野寺の姉』

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Lundi 2 mars 2015

A l’entrée du parc, je tente de déchiffrer ce qui est écrit sur le panneau, en supposant que malgré son aspect vétuste il n’est pas obsolète, et ne tire comme information que le fait que le mardi est un jour spécial, et qu’il est ouvert entre 9h et 16h30. Mais cela ne m’aide pas à comprendre avec certitude l’usage de cet endroit, qui est probablement (chaque mardi ?) un lieu où les enfants apprennent les rudiments du code de la route. Cela ne m’explique pas non plus la présence d’une ancienne locomotive et de deux wagons qui me font penser aux Mystères de l’ouest et dont l’usage est dorénavant d’y abriter des étagères de livres (au-dessus desquelles il est mentionné qu’il est interdit de faire quelques chose… mais quoi?). Évidemment, je ne suis pas certain de vouloir tout saisir, et trouve la bizarrerie de l’endroit beaucoup plus intéressante, même si cela malmène ma curiosité. Le lieu, plutôt vaste, contient de nombreux jeux pour enfants, dont une gigantesque cage d’écureuil s’étalant sur une large surface, de vieux pneus peints il y bien longtemps, des animaux écaillés sur lesquels plus personne n’ose probablement s’asseoir ou encore un toboggan de béton autour duquel courent des gamins rieurs lorsque je quitte l’endroit rassuré de voir qu’il s’y passe encore quelque chose de joyeux, et pas uniquement les prises de vue d’un photographe cherchant l’inspiration.

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Dimanche 1er mars 2015

Alors, réalisant que je n’ai pas vérifié le contenu de la boîte aux lettres la veille voire l’avant-veille, je découvre, dans l’immuable enveloppe protectrice traversant les continents sans encombres, la couverture bleutée d’un livre qui ne pourra que me plaire (= La Recherche + Mathieu Riboulet) et l’écriture au stylo permettant le recto-verso que la plume (plus habituelle) interdit même quand le papier est épais (écrit-il).

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Le film du soir : Les 47 Ronins, Mizoguchi

Samedi 21 février 2015

Inventaire des panoramas de la banlieue nord-ouest, suite. Nous poursuivons notre découverte des alentours montagneux du Kinkakuji, avec leurs chemins escarpés, cette grand-mère ramassant des fougères, ces innombrables sanctuaires, ces immeubles caressant la forêt… et toujours ces distributeurs de boisson, où que l’on aille. Contrairement à ce qu’écrivait ce photographe à leur sujet, pour accompagner et justifier sa série d’images, ils ne sont pas pour moi le signe des lieux de tourisme et de consommation puisque on les retrouve là, pour ainsi dire n’importe où ; ils sont source d’étonnement, mais je ne sais pas précisément de quoi ils sont le signe, si ce n’est d’une société de consommation (de boissons et d’énergie).

Et puisque c’est soudain le printemps, voire l’été, c’est sur la terrasse que l’on déjeune, agréablement frappés par le soleil. On ose même, plus tard, imaginez-vous ?, une glace au hojicha. 

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Vendredi 20 février 2015

Inventaire des paysages de la banlieue nord-ouest, suite. C’est quelque chose de léger en apparence : les collines, les champs. Mais il y a cette architecture, cet urbanisme, ces bâtiments désaffectés, ces établissements scolaires non restaurés, cette femme qui pousse avec difficulté sa brouette au milieu d’une enfilade de maisons tristes, au balcons trop hauts, et dont les fenêtres en verre cathédrale ne laissent rien présager d’agréable pour nous qui vivons derrière de grandes baies qui laissent entrer la lumière et un paysage calme et serein, malgré cette cabane et son amas de détritus, devenus, au fil des mois, une amusante habitude visuelle.

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Mercredi 18 février 2015

Kobé. Située à seulement 1h de train de Kyoto, la ville dont le nom me fait immédiatement et tout le temps penser au tremblement de terre m’était inconnue. Osaka, plus proche et plus grande, suffisait pour voir des gratte-ciels. Kobé, pourtant, nous était vantée par Y pour son dynamisme, sa modernité…

La première image de Kobé (une fois passée celle de la gare et du bureau d’information municipal et après s’être retourné pour comprendre sa situation géographique, là, joliment logée contre les montagnes) fut une boutique au nom de Saturdays où l’on pouvait aussi bien y acheter des planches de surf qu’y boire un café assis sur un immense banc. Spacieuse, jolie, usant intelligemment de la chaleur du bois et de l’éclairage, on se dit tout de suite « ah ouais, ça c’est autre chose, c’est ça le Kobé dont on parle ! »…

Ensuite ? Son port et les silhouettes d’un certain bric-à-brac architectural, les traces du tremblement de terre, cette ridicule construction de Gehry et Ando, Chinatown qui n’est plus ou moins qu’un hymne à la bouffe, cet homme qui fait la manche – image, je crois, inédite au Japon – , ses quelques tours avec inimitable panorama sur les collines ou sur la baie, cette autoroute en pleine ville au bord de laquelle on rebrousse chemin, tant pis pour le musée préfectoral… et puis cette avenue interminable que tu compares à celles de Dallas.

Alors on sort de la ville, direction Arima onsen. Bêtement, sur le trajet qui grimpe là haut, on a les yeux rivés sur nos petits écrans pour travailler un peu le japonais, comme si finalement, déçus par la ville (et par notre visite trop improvisée), on n’avait plus rien à attendre, même pas du paysage.

L’idée, à présent, c’est donc, d’y revenir sous le soleil.

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Mardi 17 février 2015

Alors, tandis que je regarde cet étrange sécateur dont la mâchoire m’évoque celle d’un toucan, je m’étonne de cette minuscule boîte grise scotchée au dos. Pas le temps de la frôler plus d’une seconde qu’une alarme retentit, à peine plus forte que celle de ce réveil-matin emporté (à Poitiers ?) un jour de concours pour je ne sais quelle école (oui, à Poitiers) et qui, à cause de son ridicule et faiblard bilibilibili m’avait empêché de dormir par peur de ne pas me réveiller. Je n’avais pas obtenu l’école, mais c’était bel et bien à cause de mon niveau en maths et en physique et pas à cause du réveil. Quant à l’alarme au dos du sécateur, il ne serait pas impossible qu’elle sonnât encore…

+ Le temple du jour : ota jinja. Aller un peu à l’est de Kimogamo en espérant trouver un petit café désuet, et aller par là-bas. Monter par ce chemin dans la montagne, ne pas oser poursuivre. Au retour, regarder le plan. La prochaine fois, oser poursuivre, s’aventurer.

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Dimanche 15 février 2015

Chaque jour il notait ma tenue (ça n’allait jamais vraiment).

Nelly Kapriélan ; Le Manteau de Greta Garbo

La maison est désossée. Elle livre ses secrets de construction, elle dévoile cet équilibre entre la fragilité et la souplesse, elle montre les fantômes de pièces,  ajoutées dans les règles de l’art et de l’urbanisme japonais (c’est à dire n’importe comment), que K a voulu supprimer. Elle nous étonne et nous inquiète, et donc évidemment on pose des questions sur l’isolation.

Puis prendre un train, 240 yens, trois stations, au-delà des montagnes de l’est, là, près du lac. Nom de la station : Zeze. Patienter dans un de ces cafés à l’américaine parce qu’il est tard, que nous sommes très en avance, qu’il fait froid et nuit et que les pourtours de la gare ne donnent pas envie de faire quelque chose ressemblant de près ou de loin à du tourisme. Chez Komada’s coffee, les banquettes sont de velours rouge et le bois clair, le café coûte évidemment 400 yens, on nous le sert avec d’alléchantes petites cacahouètes et puisque il y a de la place pour 4 il y a de l’espace pour s’étaler un peu, gribouiller des maquettes de site web, lire peut-être. Dehors, sourire de rigueur, un jeune homme sous-payé brave le froid et ceux qui rêvent de décroissance pour attirer le chaland, lui faire tourner une boule et lui faire gagner je ne sais quoi voire l’estime de cette marque de téléphonie mobile qu’il représente, toujours souriant malgré le froid et les vaines courbettes. Bien sûr nous ne sommes pas là pour ça, mais pour une répétition de Dumb Type, que l’on atteint après un parcours dans des couloirs qui m’évoquent Playtime sans être vraiment sûr de proposer la comparaison adéquate. La répétition est un moment comme je les aime, sans ennui, avec la joliesse d’un bon spectacle et les fragilités d’une répétition.

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Samedi 14 février 2015

Cher F,

Sais-tu qu’ici aussi on fête la Saint-Valentin ? D’une manière précise (même si j’imagine que certains ne suivent pas la règle) voire un peu particulière, puisque les filles offrent du chocolat aux garçons. Mais pas seulement aux amoureux, non non, aux amis, aux collègues… Je me demande ce que les Japonais ne fêtent pas ! Aujourd’hui, nous sommes allés prendre un café dans ce petit endroit sur Kitayama tenu par une dame à l’âge incertain. Assis au comptoir, nous avons pu regarder ses gestes lents et oser quelques mots à propos de ce « neko-yanagi« , ces branches de saule en fleur (en chaton, précisément*) vendues chez tous les fleuristes et dont la variété posée sur ce comptoir était très originale – désolé, je n’ai pas de photo. Et alors, imagine qu’à la fin, elle nous a offert à chacun une plaquette de chocolat, emballée dans un papier cadeau hyper chamarré ! La cliente assise au comptoir nous a un peu parlé, mais nous n’avons presque rien compris (si ce n’est qu’elle disait, comme toujours ici, qu’on était doué en japonais).

A part ça, la lumière de ce matin était particulièrement forte ; le grand rideau qui nous sépare de la petite terrasse était beaucoup plus clair que les autres jours, frappé par le soleil reflétant dans ce tapis de neige qui, une fois de plus, nous accueillait au réveil – et qui disparaîtra en quelques heures à peine. Tu vois, on ne parle que de la météo ! (Alors que je ferais mieux de parler de ce spectacle de Monochrome Circus qu’on a vu ce soir…)

* Totalement PADC, n’est-ce-pas ?