Vendredi 24 mai 2024

Ça y est, on ose franchir le pas. Mes collègues, mes relations professionnelles achètent Présence, je le dédicace, un mot différent à chaque fois, pour faire trace. Elles n’en savent rien, de ce livre, de ce qu’il dit de moi, parfois je dis que ce sont des extraits de mon journal, parfois en riant je dis que ça parle de la chose la plus intéressante sur terre, moi. Parfois je dis “d’amour ! évidemment !”. Je dévoile l’homme amoureux et l’homme qui regarde un peu le monde, un peu lui-même. Celui qu’elle ne connaissent pas du tout. Avec Julia ou Marine, parfois j’évoque des histoires, des petits bouts d’histoire, mais parfois c’est en fin d’après-midi et Marine est partie.

Mercredi 22 mai 2024

C’est une ville étrange où il faut savoir où on va

j’ai posé la question l’autre soir au chauffeur du bus 29
ce bus que j’attends en face du grand parc où on torturait
en technique

grand parc avec des grands arbres et des bâtiments blancs
aux toits de tuiles
et un peu partout
dans les allées
les visages en noir et blanc de ceux
qu’on torturait
en technique
dans une des bâtiments blancs
les griffes du tigre

il faut savoir où on va ici.

::: Emilienne Malfatto et Rafael Roa ; L’absence est une femme aux cheveux noirs

Mardi 21 mai 2024

Soudain, étrangement, ils ne sont plus là. Depuis quand ? Je ne sais pas. Je ne suis pas à l’abri d’une étourderie, d’une absurdité, d’une invisibilisation de trois disques durs, planqués quelque part, avant les vacances. J’ouvre les boîtes, je cherche, soulève les piles, rien, nulle part. Ils contiennent une part de ma vie ; elle a peut-être disparu.

Mercredi 15 mai 2024

– C’était quand la dernière fois ?
– Je ne sais plus… en septembre ? 

Dimanche 12 mai 2024

Ça remonte à la surface, la musique, des albums oubliés, Midlake, Headless Heroes… Les cd sont dans un carton, sous mon lit, je dis mon lit, c’est le lit de la chambre où toujours je dors depuis 24 ans. Je remettais les draps en place quand j’ai eu envie de chercher dans mes souvenirs musicaux, ma mère les lave peu souvent les draps car j’y dors peu de fois dans l’année, il y a un couvre-lit léger qui les protège, il y a toujours des petits trucs qui tombent des combles, quelque chose comme de la poussière, vous voyez. Les cartons sont là depuis 2014 je suppose, un seul est ouvert. Je fouille un peu, je prends quelques disques, il y a aussi ces deux 45 tours des Smiths que j’ai laissés, dont The Boy With the Thorn in his Thigh qui a sans doute été ma chanson préférée un jour, vers mes 22 ans dirais-je.

A la gare, en attendant le train, je cherche Headless Heroes sur music.youtube.com, je commence à écouter, c’est beau pourtant le ciel est gris.

Dans le train l’homme en face de moi me fait penser à mon oncle Claude. Il a son nez, son air. Parfois passent les voyageurs qui vont aux toilettes d’un pas mal assuré. Un homme à la braguette ouverte, une femme avec de l’acné et un tatouage dans le dos, etc. Des gens.

Samedi 11 mai 2024

Il fait chaud dans le cimetière de la Chapelle-des-Pots ; sous le soleil, des pleurs. [J’hésite à écrire “C’est un soleil de pleurs”, je trouve ça presque trop beau.] Les cendres de ma sœur seront dorénavant là. Comme je viens de temps en temps, je viendrai la voir. Il n’y aura rien à nettoyer, quelques feuilles peut-être, le passé peut-être aussi, le nettoyer des peurs, des pleurs, des absences, de ce qu’on ne s’est jamais dit. Sur la tombe de mes grands-parents, c’est autre chose, il y a toujours ces traces noires sur le marbre anthracite. Parfois je nettoie, je dis ça à ma cousine sous le soleil d’aujourd’hui, à ses parents, ils sont surpris je crois. Quand c’est trop sale, je nettoie, ça a dû arriver deux ou trois fois, évidement à chaque fois je n’avais pas prévu, je n’ai rien sur moi, je me débrouille. A chaque fois, j’hésite à jeter les plaques laissées par le frère de mon grand-père. Ça n’a rien à faire là, je me dis. Une fois, avec maman, on a nettoyé ensemble. C’est aussi ainsi qu’on sait être ensemble tous les deux, dans la présence des morts.

Devant la tombe de ma sœur il y a peu de mots, on a peut-être déjà tout dit le 14 février, même dans les silences et les gorges serrées, moi j’ai déjà beaucoup dit, beaucoup donné ce jour-là, ça suffit je crois. Nous sommes en petit comité et il y a surtout la douleur d’Olivier. Je crois que mon corps n’a plus de place aujourd’hui pour des émotions, en tout cas pas ce genre. Un peu plus tôt j’ai retrouvé un peu d’air au milieu du tsunami qui recouvre mon agenda, j’ai dit “Non”, ou plutôt “Plus tard”, pas là, pas le 18, pas comme ça. C’était trop. Trop.

Et puis la nuit arrive, maman et moi on a ce goût en commun, peu exprimé, d’aimer regarder les étoiles. Alors on insiste, mais le ciel est couvert. Au loin, il y a tout de même de quoi dire « C’est quoi ça là-bas, tu vois ? »

Jeudi 9 mai 2024

Nous buvons un café, place Pigalle, marque américaine, pas ma came mais je m’adapte. Nous nous sommes rencontrés dimanche soir, je me suis assis à côté de lui, nous avons ri. A sa gauche, il y avait Sylvain, c’est Sylvain qui m’avait invité. Rémi, il s’appelle Rémi, il m’avait envoyé un smiley timide sur Instagram, je n’avais très bien compris pourquoi. Peu importe, nous voilà, j’avais dit qu’on pourrait faire des photos, mais ce n’est pas l’endroit.

Et puis un jeune homme s’assied à la table d’à côté. Je devine tout de suite qu’il est américain. il est gros, jeune, 18 ou 20 ans, cheveux ras sur les côtés, plus longs dessus donc mèche un peu sur le front, oreilles décollées, petit sac à main (de grande marque probablement) vert bouteille. Il porte un tee-shirt de la tournée de Taylor Swift, un bermuda court, vert, jambes très pâles. Il a les yeux rivés sur son téléphone. Son visage, lorsqu’il le relève, me fascine, ou plutôt me terrifie. Il me fait penser à la sculpture Him, de Daniel Druet et Maurizio Cattelan, vue hier : oui, son visage a quelque chose de celui de Hitler. En plus gros. Plus jeune. Plus efféminé. Hitler avec un sac à main, ça ne m’amuse même pas. Et sa mère arrive.

Et je pars. Nigel, Giacometti et Sugimoto m’attendent. Plus tard, Philippe, mais c’est moi qui l’attendrai.

Mercredi 8 mai 2024

À Trouville pourtant il y avait la plage, la mer, les immensités du ciel, de sables. Et c’était aussi , ici, la solitude. C’est à Trouville que j’ai regardé la mer jusqu’au rien.Trouville c’est la solitude de ma vie entière. J’ai encore cette solitude, là, imprenable, autour de moi. Des fois je ferme les portes, je coupe le téléphone, je coupe ma voix, je ne veux plus rien.
Je peux dire ce que je veux, je ne trouverai jamais pourquoi on écrit et comment on n’écrit pas.
::: Marguerite Duras ; Écrire

Samedi 4 mai 2024

Ils regardaient longtemps, sans bouger, ils restaient là, offerts, devant les vitrines, ils reportaient toujours à l’intervalle suivant le moment de s’éloigner. Et les petits enfants tranquilles qui leur donnaient la main, fatigués de regarder, distraits, patiemment, auprès d’eux, attendaient.
::: Nathalie Sarraute ; Tropismes

Soudain nous voici face à face, bouches bées. Oh ! Galerie Polka, nous revoilà, surpris, plus que surpris. Ça alors ! La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était un soir de réveillon, Christian m’avait joliment embarqué dans une comédie musicale au théâtre du Châtelet, on avait alors échangé quelques banalités peut-être, j’avais bien sûr demandé des nouvelles de Tof et Nat. Chez Polka on commence à discuter, je lui propose un verre à une terrasse, oui c’est bien, elle porte en bandoulière son Leica, moi mon Nikon. Elle est toujours en mode pellicules, moi toujours pas. Jamais. Nos vies se racontent alors place des Vosges devant une ginger beer, ça se veut un peu chic mais on s’en fiche, c’est bien, c’est son quartier depuis si longtemps. Arrive bien sûr ce moment où je demande des nouvelles de Tof et Nat. La petite est en première année de prépa, la dernière fois que je l’ai vue elle était à l’école maternelle. Ils sont de ces amis qui ont été là, vraiment là, des années jusqu’à ce que je décide d’être ailleurs, à une autre place tandis qu’ils restaient à la leur. Et ils vivent où maintenant ? Toujours au même endroit.

Dimanche 28 avril 2024

J’attendais la vieillesse, j’ai eu le confinement
::: Jean-Philippe Toussaint ; L’échiquier

La pluie, la pluie, la pluie. Dehors c’est ça, ça n’arrête pas. Mais on y va. Le musée de l’imprimerie et de la communication graphique est ouvert, il y a une exposition sur le travail de Hayao Miyazaki et notamment ses influences littéraires, on y va, bien sûr. On y va, on y attend, la queue, les gens, les parapluies. Toi c’est ta première fois ici. L’expo permanente est cette plongée dans le temps que j’ai savouré lors de mon premier séjour dans cette ville, mon hôtel était à deux pas, la surprise élégante ; on s’y arrête peu, très peu. L’expo temporaire est une autre aventure, des images, des textes, des sons, des gens qui parlent, ça bruissent un peu trop, où regarder ? Il faut passer la première salle pour s’habituer, apprécier ce tout, bien sûr il y a moins de monde alors. Une heure nous restons là, et il y a ce moment où ça suffit, nous partageons cela, cette appréciation du temps qui évite – empêche ? – de s’éterniser. Et puis on a faim, n’est-ce-pas ?

La pluie, la pluie, la pluie. La phrase est dans le livre que je relis et relis encore, distrait parfois pourtant.

::: Ryūsuke Hamaguchi ; Le Mal n’existe pas, 2024

Samedi 27 avril 2024

C’est la première fois que je viens chez toi. La dernière fois, j’avais hésité, il était tard, il y avait tes collègues, un match de foot ou quelque chose comme ça. Il y avait surtout ton énergie, ta jeunesse. J’étais rentré à pieds à l’hôtel, il faisait froid, c’était loin, mais c’était bien de voir Lyon autrement, du moins j’avais su me dire que c’était bien, aussi, la ville endormie.
Chez toi, c’est dans les pentes de la Croix Rousse, juste avant nous avons déjeuné égyptien, la serveuse sétait trompé dans ma commande, je n’avais rien dit tant pis. Chez toi il y a tes tableaux, et des boîtes dans lesquelles tu gardes les mots découpés dans des magazines pour tes collages. Sur le bureau Marguerite Duras, un vieil hors série du Monde. On boit un café, je fais des photos de toi, tes lèvres sont gercées.

Vendredi 26 avril 2024

Tu réclames une autre table, tu insistes, je suis gêné. Un peu plus tôt déjà, tu voulais être ailleurs. Alors je te dis que tu n’as pas changé, mais je ne sais pas si tu l’entends, c’est autant à moi que je le dis. A la table d’à-côté, la femme étouffe un rire, regard furtif vers moi, sourire qui a compris.

Mercredi 24 avril 2024

Tu ne sais pas ce que sera demain. Tu ne sais toujours pas, on ne t’a pas appelé. Je pense que ce n’est pas bon signe, je ne te le dis pas. Je pense que je peux me tromper. Je ne pense pas non plus qu’il faille chercher à te rassurer et à te dire “Tu auras le poste” parce qu’on n’en sait rien. Tu prends le bœuf au cumin, la dernière fois déjà tu voulais venir dîner ici, j’avais dit “bof”.

Lundi 22 avril 2024

Ton visage amoché sur l’image de 15h18 : plaie verticale, 1,5cm peut-être, partant de l’extrémité droite de ton sourcil gauche. L’effet miroir du selfie me trompe, alors le soir en écrivant ces lignes je compare avec ton visage qui est sur mon fond d’écran ; c’est le côté de ta boucle d’oreille. La photo en fond d’écran est celle prise à la Tête d’Or l’autre jour, nous étions au musée d’art moderne, tout ton visage me souriait, on avait cherché un peu d’ombre pour la photo, je devais déjà repartir. Sur le selfie de 15h18, les traces de sang font comme une tache de vin, tu ne souris pas bien sûr. Tu es sombre comme jamais. Heureusement ce n’est rien, trois points de suture pour une chute de vélo à 10 mètres du magasin, mais ce n’est pas rien, c’est dans ces moments-là qu’il ne faudrait surtout pas être seul.

Dimanche 21 avril 2024

Je regardai Paris qui se déploie comme une mer, avec, comme un phare dressé sur un piton, sur une île, au large, la tour Eiffel. Le ciel était bas, liquide, opaque. Ce paysage côtier au cœur du pays me rassure. C’est ma stabilité dans le flottement sentimental et psychique qui est le mien depuis, hélas, plusieurs années.
::: René de Ceccaty ; Aimer

Au matin je choisis le livre dans la bibliothèque. Il faut que je lise cet auteur, que le perçoive. Son nom est apparu dans les conversations avec Christian l’an dernier, avec Olivier dimanche dernier. Il faut combler, et mon appartement a justement la richesse des bibliothèques. Combien y a-t-il de livres ici ? Je n’ai pas encore eu l’audace de les compter, un jour sans doute, c’est tout moi ce genre de folie. C’est plus qu’un meublé cet appartement, c’est un livré, un biblié, quelque chose comme ça, voilà un autre mot à inventer. Alphabet, lettre C, là-haut à gauche. Je choisis le livre pour son titre, pour savoir encore et encore comment les autres avant moi – et quels autres ! – ont déjà raconté une histoire d’amour et pour savoir si j’ai ma petite place à moi dans l’éternel des mots édités. J’emporte aussi deux pots de la confiture de citron – ziste et zeste –, mon ordinateur, mon appareil photo, je pars, gare, intercités, Saintes, j’attends, voilà ma sœur. C’est l’anniversaire de maman.

Jeudi 18 avril 2024

Un poème par jour, Margarida, c’est peu
et c’est beaucoup pour notre tendresse captive
de ton corps mangé par le crabe sournois.
Très méchant, disent les docteurs, après avoir dit : Dans un an
vous en serez quitte, belle dame, et sans dégât
à votre poitrine, juste les cheveux
qui tomberont, et les sourcils, les cils, les poils, même ceux qu’on
ne voit pas.
Je deviens lisse comme une petite fille
disais-tu avec étonnement,
et tu ajoutais en riant :
J’ai acheté un chapeau chic, dans le magasin fournisseur de la
Cour de la galerie du Roi
un bibi, tu sais, pour sortir sur la place.
::: Caroline Lamarche ; Cher instant je te vois

Mercredi 17 avril 2024

Nombre d'apnées : 34 soit 3 par heure (dont 33 obstructive)
Durée moyenne : 23 secondes
Durée maximale  : 44 secondes
Nombre d'hypopnées : 165 soit 16 par heure (dont 142 avec un caractère obstructif)
Nombre total de ronflements: 1231 soit 122 par heure
Durée cumulée des ronflements : 96 minutes soit 15% de la période validée
Energie moyenne : 87 db Leq
Nombre de mouvements périodes des jambes : 8 soit 1 par heure.

Mardi 16 avril 2024

Moi – Je ne sais pas s’il t’a dit, ce sont des extraits de mon journal de l’année 2019, j’y parle (notamment) de mon histoire avec un garçon. Nos deux livres se rejoignent aussi là-dessus, parait-il.
Lui – Tu publies des photos avec le texte c’est ça ? Des extraits du journal que tu tenais en ligne ? Ou un autre journal, je doute que tu parles des garçons en ligne sur un blog.
Moi – Oui ce sont majoritairement des extraits de mon journal en ligne, car oui, j’ai pris un virage assez radical il y a quelques années, il m’arrive régulièrement de parler des garçons.

Lundi 15 avril 2024

Il est toujours difficile de juger un grand écrivain contemporain : nous manquons de recul. Il est plus difficile encore de le juger s’il appartient à une autre civilisation que la nôtre, envers laquelle l’attrait de l’exotisme ou la méfiance envers l’exotisme entrent en jeu. Ces chances de malentendu grandissent lorsque, comme c’est le cas de Yukio Mishima, les éléments de sa propre culture et ceux de l’Occident, qu’il a avidement absorbés, donc pour nous le banal et pour nous l’étrange, se mélangent dans chaque œuvre en des proportions différentes et avec des effets et des bonheurs variés. C’est ce mélange, toutefois, qui fait de lui dans nombre de ses ouvrages un authentique représentant d’un Japon lui aussi violemment occidentalisé, mais marqué malgré tout par certaines caractéristiques immuables. La façon dont chez Mishima les particules traditionnellement japonaises ont remonté à la surface et explosé dans sa mort font de lui, par contre, le témoin, et au sens étymologique du mot, le martyr, du Japon héroïque qu’il a pour ainsi dire rejoint à contre-courant.
::: Marguerite Yourcenar ; Mishima ou La visons du vide

C’est très touchant et très beau, me dit Jeanne. Je lui ai écrit, je lui ai dit qu’il y allait avoir ce livre, et que les 24 et 25 juillet j’y parlais de Renée, alors j’ai envoyé les passages. Elle me remercie pour ces mots tous ces mots, elle écrit ça ainsi. Pas plus tard qu’hier elle triait des photos et elle regardait les images de cet été-là, la dernière fois que Renée est venue chez elle. Elle adorait ces étés.

Dimanche 14 avril 2024

Je pourrais faire comme Angot. Un livre sur le livre. Je pourrai faire comme Angot ! Un livre sur la sortie du livre. Quand ? Mmmm… Juin ? Fin mai peut-être­ ? J’aurais dû écrire les peines et les joies de retravailler ce texte qui sortira bientôt. J’aurais dû changer de style, faire autrement, pour raconter cela. Je ne suis jamais très sûr de savoir bien faire, de raconter le réel tel qu’il est vraiment, clairement, de manière brute, tout en allant juste en deçà de la surface. Ça ferait quelque chose comme ça : Olivier arrive à midi, on déjeune place Sainte-Colombe et puis on va chez moi, on s’y met. On s’installe sur le canapé. Parfois je fume, lui beaucoup. Ça dure des heures, huit. Huit ! C’est une sensation folle, d’écouter un autre dire mes phrases, déplacer mes phrases, par ci par là couper, refuser. Très souvent, je suis d’accord. Parfois je grimace un peu, il m’écoute, on trouve un compromis. Par moments j’ai l’impression que le livre devient le sien, c’est assez violent, idiot. L’émotion monte petit à petit, car à l’exercice tendu de la réécriture s’ajoute le fait de revivre cette histoire d’amour qui n’a, sans aucun doute, jamais porté ce nom d’amour que pour moi. Alors, quand Olivier propose que le livre se termine par beybi, je pleure.