Jeudi 24 septembre 2020

L’ours est parti depuis plusieurs heures maintenant et moi j’attends, j’attends que la brume se dissipe. La steppe est rouge, les mains sont rouges, le visage tuméfié et déchiré ne se ressemble plus. Comme aux temps du mythe, c’est l’indistinction qui règne, je suis cette forme incertaine au traits disparus sous les brèves ouvertes du visage, recouvert d’humeurs et de sang : c’est une naissance, puisque ce n’est manifestement pas une mort.
::: Nastassja Martin ; Croire aux fauves

Mercredi 23 septembre 2020

Six sectes sont déjà nées de l’interprétation des Ecritures et leurs abbés portent, les jours de cérémonies, des tuniques framboise, safran, pistache ou violettes, qui font dans le gris-brun-vert du paysage japonais un effet admirable.
::: Nicolas Bouvier ; Chronique japonaise

Nous étions déjà mercredi quand j’ai repris la lecture de Bouvier : mardi ne finissait pas, je ne parvenais pas à dormir, l’esprit divaguant ou englué, je ne sais pas. Je m’étais heurté contre le premier chapitre, il y a plusieurs semaines, voire mois, et depuis il m’attendait sur la table de nuit. Combien d’entre vous savent les petits tas de bouquins qui frôlent mon lit ! Mais cette fois-ci, d’une part je l’ai ignoré, ce premier chapitre – peut-être donc n’étais-je pas tout à fait éveillé – et d’autre part j’ai souri devant les élucubrations shintoïstes narrées par l’auteur. Puis me suis endormi, bercé par les dieux.

Nous étions encore mercredi quand j’ai poursuivi la lecture. J’y ai vu alors autre chose que de quoi m’amuser : une nourriture. Une nourriture de l’esprit, la renaissance de souvenirs d’un Japon qui s’échappe, le paragraphe d’une conférence à venir. L’ouvrage, alors, se retrouva constellé de petits papiers jaunes.

L’envie d’annoter ne venait pas que de ce livre, elle venait aussi d’une évidence : il me fallait travailler. Rien n’allait tomber du ciel. Et si la lecture-plaisir me faisait vivre, la lecture-travail me faisait / ferait peut-être revivre, ou avoir une deuxième vie, quelque chose comme ça, puisque la lecture-travail nourrit l’écriture. Il y avait eu cette idée chez Camille de Toledo ; j’étais allé l’écouter d’un pas pressé. Oh, je le savais déjà, tout ça. Je savais que c’était une présence, aussi, tous ces mots qui sortaient de moi.

Alors, à peine rentré, peut-être pleuvait-il encore, j’ai ouvert le fichier daté du trois août. Et j’ai changé le titre. Je suis allé au début du quatrième – et dernier – chapitre. Et j’ai écrit encore.

Mardi 22 septembre 2020

Allô allô allô ? Ah ça coupait (…) personne ne me connaît plus (…) mais le problème tu vois c’est qu’il faut encore que je me déplace (…) je vais perdre 200 euros pour rien (…) ça sert absolument à rien que je me déplace (…) ben c’est ça (…) apparemment au mois de mai ils m’ont enlevé par erreur la responsabilité civile de l’assurance habitation (…) mais attention (…)  tu vois ? (…) enfin bon excuse moi de te déranger avec ça mais (…) ben si, si si, parce que j’étais (…) ça je sais pas (…) faudrait que je me déplace, t’imagines ? 
::: Une inconnue (dans le tram).

Lundi 21 septembre 2020

Voilà l’heure de nous saluer. Alors nous nous étreignons, pour donner aux corps cette présence tactile sans laquelle on ne peut pas être longtemps soi-même, pour dire autrement le plaisir d’avoir été là. Peut-être malgré le vin : ne manquait-il pas d’un peu de hauteur ?

Nous avons parlé de ce que les questions apportent : les livres, les amours, etc. Des livres, tu m’as offert une envie puisée dans quelques phrases. Des amours, j’ai cru me rappeler la présence d’A après que c’était définitivement devenu inutile qu’il m’envahisse ainsi. Toujours je crois l’aimer mais ce soir je ne le dis pas ; je regarde le jour que nous sommes, le mois, l’étendue dans laquelle depuis je marche. Et du hasard tu as extrait cette phrase : Life is a flow of love; your participation is requested. J’ai ri.

Nous n’avons pas dit que déjà c’était l’automne. J’aurais peut-être alors raconté que ce matin, il y avait eu cette page de Libé qui cherchait à chanter cette saison renaissante. Au milieu des airs j’avais retrouvé les Catchers, souvenir d’une autre vie, 1994, un autre moi, qui a conservé tout de même, dans les cartons et les play-lists, certaines musiques de l’époque. C’est peut-être la seule chose que je cherche à garder de cet autrefois peut-être plus enfoui et donc plus lointain que les autres années : quelques musiques. Je n’en suis pourtant pas tout à fait sûr.

Mes bottines ensuite claqueront dans le couloir. Sur les pavés glissants elles iront plus craintives.

Dimanche 20 septembre 2020

Et pourtant je ne regarde pas tes bras. J’aurais peut-être su un peu de ce que tu ne me dis pas de toi.

Samedi 19 septembre 2020

Nous parlons de ses dessins et de mes photographies, comme c’est arrivé peu de fois. Nous sommes des souvenirs d’ici et de Kyoto, surtout, et une interrogation : je ne sais pas pourquoi nous nous voyons si peu. Nous parlons de ses dessins parce que j’ai beaucoup de choses à en dire, j’ai beaucoup de questions. Ils nourrissent ainsi un dialogue qui parle aussi de mes images : l’absence, la transparence ou le grain. Je me demande s’il n’y aurait pas quelque chose à faire avec cela, elle et moi, et avec tout le reste, tout ce qui nous sépare aussi peut-être. Je me demandais l’autre jour quelle pouvait être la place d’une autre pratique telle que le dessin, comment la marier ou la faire renaître puisqu’on l’a vu sourdre vers les 18 ans. J’avais pris un feutre-pinceau rouge, j’avais dessiné ce qu’on cacherait d’un corps.

Autour, c’est la campagne, des vignes. Çà et là les machines à vendanger, monstres gloutons, ont abandonné des grappes, quelques grains, qui n’ont de rouge que le nom du vin, tant ils offrent aux paysages des détails violacés intenses. On y goûte, il y a du pépin, une peau épaisse que je n’ose cracher de peur de me tacher, c’est sucré surtout, doux comme une gelée qui aurait attendu l’automne et la patience des familles pour fournir quelques pots. Il y a la douceur de votre présence aussi, une certaine insouciance, le sentiment d’être chez moi au milieu des ceps, peut-être ; voilà mes paysages.

Vendredi 18 septembre 2020

L’écrivaine dit le processus d’écrire et je comprends sa langue. Je comprends aussi qu’ici je suis à ma place, sur cette chaise rouge, l’écoutant. C’est un bonheur inégalable. J’enregistre, presque depuis le début, après que j’ai fouillé discrètement dans mon sac et que j’ai compris que la recherche d’un stylo et d’un carnet n’irait pas de soi ; j’ai peut-être laissé le carnet sur le canapé en vidant un peu mon sac. Quant au stylo, il doit, s’il est là, être enfoui sous le reste, dont un parapluie puisque l’on annonce un temps incertain, dont l’appareil photo bien sûr, dont des mouchoirs, une boîte de médicaments, un éventail, que sais-je encore, de la matière, de la matière à écriture.
L’expression me tend alors les bras : “vider son sac.” Elle est trop abrupte pour se rapporter à la réunion de l’après-midi mais elle laisse filtrer l’idée qu’il fallait y exprimer, mais y exprimer quoi ? Une liste donc, mais sans Prévert. Le moment à la librairie, là, en ce moment, à écouter Marie-Hélène Lafon, ne s’y rapporte pas plus, à cette réunion, sauf à questionner la place qui est la mienne et la poésie qui s’efface chaque jour durant le travail, aujourd’hui de 9h25 à 17h15 puisque je n’ai pas fait de vieux os : on annonçait un temps incertain et les heures – avant la pluie ? – s’étaient suffisamment accumulées la veille.

S aussi était là. Nous allions nous revoir.

Mercredi 16 septembre 2020

Te voici alors qui, évoquant cet autre, que tu nommes par sa profession ou peut-être son prénom, t’interroges sur sa présence en toi.

Mardi 15 septembre 2020

Elle s’approche de la porte vers laquelle je marchais à pas pressés depuis chez moi, sachant qu’il pouvait être déjà trop tard. Elle me regarde, l’air désolé : il est trop tard. Je viens d’accepter la dernière personne, dit-elle, derrière son masque fleuri. Souvent fleuri. Tel n’est jamais son langage.

Dimanche 13 septembre 2020

Il est tard. J’ai encore la peau asséchée par la mer et le sable. Je t’envoie deux vues de la plage ; la lumière était alors si belle. Puis voici enfin les photographies que tu attendais, celles de ta main, de ton corps qui marche, de ton sourire, de ta joie. Il y en a 39. Elles ne sont pas toutes belles, regarde ce contre-jour là, mais tu dis qu’elles t’enchantent. Alors viens, reviens, nous en ferons tant d’autres.

Samedi 12 septembre 2020

Tous les textes que j’écris, c’est arrivé. L’image peut-être lointaine ou manquante, elle peut-être autre, ou suggérée : l’image, ce n’est pas forcément ce dont je parle, tandis que le texte colle à ce qui est arrivé. Je n’ai pas de distance dans le texte, je n’invente pas.
::: Sophie Calle

Vendredi 11 septembre 2020

Tu as peur de devoir quitter l’Europe ; alors tu me demandes si je voudrais t’épouser. Avant toute réponse je ris, aux éclats, c’est ma première réaction, bruyante, pour recouvrir de sons la réponse que je dois te faire : non. Alors je te réponds que non. Je te dis aussi que ça ne suffit pas. Et tu m’offres là des paragraphes entiers à écrire ici, des explications que je donnerais, des souvenirs que j’évoquerais, sans faire attention au fait qu’aujourd’hui c’est justement l’anniversaire de Ch. Tu m’offres l’opportunité de parler encore d’amour, ici, encore de ce rêve d’amour, love, tu ne comprends pas cette idée, alors je te dis peu importe, peu importe comment tu l’appelles, whatever. Tu m’offres l’opportunité de parler encore de toi, de te dire donc pourquoi, de but en blanc, c’est non. Un chat, tu es un chat, dis-tu, qui ronronne et puis s’en va. Griffe aussi peut-être ? Un chat qui rêve de vivre ici, je sais. Un chat dont le pays n’est pas la paisible côte atlantique, je sais. 

Alors tu me demandes aussi si J est d’accord. Je te dis qu’il a répondu par un rire.

Jeudi 10 septembre 2020

elle le dit au frère qui reste ; le soir, quand je la laisse, la mère cherche des raisons : qui commet le meurtre d’un homme qui se tue ? elle se demande en s’enfermant dans un sommeil forcé où elle s’efface ; elle vit encore d’une puissante colère : un coupable, il lui en faut un pour ne pas trop se condamner ; la hain la prend, des flots qu’elle transmet aux vivants ; la mère est un poing fermé qui ne voit plus le jour
::: Camille de Toledo ; Thésée, sa vie nouvelle

Mardi 8 septembre 2020

Je suis sur la machine numéro 7, nommée ChestPress, sur laquelle il poussait quelque minutes plus tôt, en expirant fortement, sans atteindre les décibels des joueuses de tennis à l’époque où je regardais le tennis à la télévision, époque tellement révolue que le lecteur que vous êtes s’esbaudit. Je le vois alors tendre un peu le regard puis le cou pour voir si je soulève plus de poids que lui. Oui. C’est le cas.
Il porte des cheveux mi-longs, bouclés, châtains, oui un beau châtain, comme s’il s’était fait une couleur. Beau visage, air sérieux, tee-shirt vert bouteille qui laisse apparaître des formes : “Une bombasse à bidou” écris-je alors à J pour lui montrer que j’ai fait ce que j’avais dit : reprendre sérieusement le rythme de la salle de sport, car l’homme sur la plage, là-bas, dimanche, avait ce corps que je pourrais avoir, que je fuis, mais qui pourrait facilement me rattraper.
D’ailleurs nous en rirons avec Z, plus tard au téléphone, de mon corps, avant qu’il ne dise quelques phrases d’une telle perfection, sans accent, que je m’étais dit que son niveau de français avait pris une belle ampleur. Z m’avait déjà fait rire, plus tôt (vous suivez ?), en me laissant un message, comme souvent. Je l’aime notamment pour cela, cette façon de rire de moi et de lui, avant de revenir à un sujet plus sérieux. Ce soir, le sujet sérieux, c’est ce qu’il ressent pour un autre, rencontré une fois. Une fois seulement. Le voilà inquiet d’une particularité de l’autre, tendant trop le regard vers ce qui le pèse.

Lundi 7 septembre 2020

23 septembre
Les funérailles ont eu lieu hier. Il serait ennuyeux de les décrire. Tout le monde m’a dit que j’étais splendide dans mes habits de deuil.
:::Valéry Brioussov ; Dernières pages du journal d’une femme.

Ils sont assis sur les marches du numéro 17 de la rue aux Herbes. Je les ai déjà dépassé de deux ou trois mètres lorsque l’un des deux m’interpelle. Je me retourne, par politesse, j’attends qu’il me réclame une petite pièce en me disant que je répondrai sûrement que je n’en ai pas. Mais il me demande, en un phrasé trébuchant sous l’alcool, si j’accepte qu’il me pose une question. J’accepte, dans un sourire ; ses yeux brillent.
Le voici qui me demande ce que je pense des gens qui passent et qui cassent les bouteilles des autres. En effet à leurs pieds, du verre brisé et le contenu d’un litre de rhum-coco. Je crois alors que je n’ai pas le temps de répondre qu’il me dit qu’en échange de ma réponse on pourrait faire l’amour. Oui. Carrément. Son camarade de boisson, au visage plus assorti à du jus de raisin qu’à du rhum-coco me sourit alors de toutes ces dents et prononce un truc que j’ai bien oublié – et que je n’ai peut-être même pas exactement compris, mais il n’avait pas l’air de trouver étonnante la proposition. Tout ceci avant que mon regard se pose sur les deux autres bouteilles de cette même boisson et que je blague à ce sujet, rassuré de les savoir ainsi bien accompagnés. Je laisse alors le Don Juan terminer son laïus – en gros, ceux qui cassent des bouteilles méritent une mandale – et m’éloigne en les saluant, regrettant presque de quitter leur compagnie incongrue… Mais j’avais trop peur qu’ils me proposent de trinquer. 

Samedi 5 septembre 2020

Je garde ainsi de toi quelques objets de cuir. L’un d’entre eux pourra, comme aujourd’hui, être à mon poignet. Un autre, depuis samedi déjà, enveloppe mes cartes de visite. Mon nom, mon identité, ma peau sont donc encore en contact avec toi.

La soirée d’hier avait posé d’autres jalons. Cette dernière matinée a clairement précisé un futur différent et a dit ou redit, parmi tant d’autres choses, la frustration et la distance nées du sommeil et de la présence de M sur un agenda fragile. Enfin notre au-revoir à l’arrêt de bus a curieusement offert un quelque chose que je n’attendais pas, rejoignant alors ce qu’hier soir je t’avais dit. Mais à quoi bon que tu me surprennes, si finalement c’est ton silence, après mes mots légers et ma chanson, qui s’impose ?

Je pars ensuite visiter l’exposition sur les sneakers. Je t’avais dit plus tôt que nous aurions dû aller la voir ensemble, et trouver ainsi dans cet agenda fragile de quoi partager. Alors le sujet – les chaussures – qui était revenu à plusieurs reprises dans la matinée, aurait-il offert un geste : des pas. “Step by step“, avais-tu dit justement, souviens-toi, tandis que peut-être, je rêvais d’enjambées.

Jeudi 3 septembre 2020

“J’ai rencontré un mec… Tellement beau ! Et fonctionnaire en plus !”
Z.

Tram, retour du travail. Il a acheté des plantes. Il porte un pantalon beige, taché sur la cuisse droite. C’est peut-être l’eau des plantes. Sa braguette est un peu ouverte, je crois. Je regrette de ne pas avoir pris mon carnet : il est sur la table de nuit. Je l’ai laissé là en me demandant si par curiosité tu l’ouvrirais. Juste comme ça, pour voir. Pas pour lire. Ou peut-être pour lire. Peut-être que j’avais envie que tu lises cette langue dont tu sais si peu et que j’ai écrite fatigué.
Depuis quelques temps j’ai retrouvé cette habitude. C’est-à-dire que j’avais écrit sur la plage et mardi soir, en t’attendant. Les mots ne glissaient pas si bien, sur le papier, j’avais un peu mal au poignet et le stylo bille ne me convenait pas. Je ne savais pas exactement ce que je devais écrire sur nous, dans ces lignes. Sinon ton sourire, parfois. Sinon ma patience. C’est dans le mail que je m’envoie, face au garçon et aux plantes, que j’évoque cette absence de toi (ou de nous) quand nous sommes ensemble. Je ne sais pas encore que le soir, longuement, nous dirons ce que nous essaierons de dire.

Mercredi 2 septembre 2020

Tu portes cette chemise crème, aux motifs sombres et floraux, comme des coups de pinceaux et je pense à Soulages. Depuis hier il y a M, cet ami profitant de ta semaine ici pour venir, lui aussi. Toujours il sera là, dans un trio parfois reposant, te permettant des silences. Mais il y a ton rire, parfois, en éclats graves, comme celui d’un enfant.

Mardi 1er septembre 2020

La lumière est encore basse à travers les rideaux et les portes fermées. Dors-tu? Je laisse un mot sur la table ; ton sommeil pourrait orner des paragraphes entiers de ce journal, tellement il est sujet à discussions, difficultés, expériences, surprises. En cela, dans la nuit, nous sommes loin.

Lundi 31 août 2020

La tablée est joyeuse ; chacun y découvre de nouveaux visages.
Lazy fucker, tu avais dit un peu plus tôt, à propos de toi-même, m’ayant laissé préparer le dîner. Ce serait peut-être dommage, de ne noter ici que ces mots, puisque tu as su aussi, de ce sourire que peut-être l’alcool avait aidé à apparaître, en trouver d’autres, et être autre, soudain, à la porte de la cuisine. “Calme-toi“, aussi, diras-tu, dans un français hypnotisant. Quoi encore ?
Tu me rappelles celui que j’ai été avec d’autres, dans ces moments nouveaux, hésitants et incertains, dans nos présences à la fois libres et imposées.

Mardi 25 août 2020

La nuit était encore noire. sous le ciel sombre et lourd de neige, le quartier était plongé dans un calme profond. Lorsqu’ils se mirent à marcher, le chemin craqua comme si quelque chose se cassait. Avec leur seule chemise collante de crasse sous leur vêtement de velours, Ishida et Saitô sentirent le froid à même la peau. Tout leur épiderme en devint douloureux. Bientôt, ils furent tout engourdis, sans plus sentir ni leurs doigts ni leurs orteils.
Tous sortirent, les bras maintenus fermement par un agent.
::: Takiji Kobayashi ; Le 15 mars 1928

Tout en déjeunant, nous parlons du peut-être de toi. C’est un peu plus tard que R ouvert alors son sac à dos, fouille au fond, et en sort des cailloux. L’un d’eux, le plus petit, tendu vers moi dans un sourire radieux : un porte-bonheur, disons.

Tout en dînant, nous parlons du peut-être de toi. J n’a pas, dans son sac, de cailloux ; il pense en revanche aux montagnes. Je lui dis que j’ai revu ton sourire, qu’il me manquait les mots pour répondre à tes questions.