En traversant la cour j’ai encore entendu Tiène. Le chant m’a poursuivie pendant un moment ; après la cour, il a encore tenté de marcher à mes côtés, puis non. Après le portail, à l’orée du chemin : l’août tout seul.
Marguerite Duras ; La Vie tranquille
Auteur/autrice : A R
Mardi 26 juin 2018
Je la raccompagne jusqu’à l’arrêt de tram Saint-Michel. En face, allongé sur le banc, un homme, sans domicile. Un charriot de supermarché à côté de lui, dans lequel un couple vient déposer un sandwich et un peu d’humanité.
Nous venons de passer notre deuxième et dernière soirée ensemble. Le dîner a été comme notre duo, franco-japonais, tandis que la veille avait eu saveur de mer. Mais la présence de l’homme nous laisse un goût amer.
Lundi 25 juin 2018
L’homme me demande où prendre le bus pour aller à la gare. Je lui dis qu’il vaut mieux prendre le tram, c’est par là. Parce que le bus, il faut passer à travers le campus, par là-bas, c’est compliqué. Ah, dit-il, arrêté, presque saisi d’effroi. Dans ses bras, il tient fermement un dossier du CHU, il est comme tant d’autres, croisés matin et soir, un patient. Fragile. Il dit tout de même que ce n’est pas grave, qu’il demandera à quelqu’un d’autre. J’insiste, le tram, vraiment, et je lui propose de l’accompagner, alors on avance à son rythme, lent. Pendant qu’il me parle, je cherche une solution qui le rassurera, je vérifie, il y aura le bus 11, direct, mais il faudra marcher un peu, je vais lui montrer, en suivant le trottoir c’est simple. Il me dit que c’est calme ici. Il trouve ça vraiment bien. Il me dit qu’il veut trouver une agence de voyage pour partir au Portugal. Il connaît, il a pris deux cours de portugais, il y a 30 ans… Heu non 50. Le temps file, il en a 80. Il me dit que s’il n’a pas de train il dormira où il pourra. Dans la gare. Ou dehors.
Dimanche 24 juin 2018
Je sors mon téléphone de ma poche. Sur l’écran, un prénom, un pictogramme, un numéro appelé par inadvertance et par le plus grand des hasards : le prénom commence par un P, je ne l’appelle plus, on ne s’appelle plus, je n’existe plus, il m’a bloqué ici et ici, mais pas là, il a supprimé notre image de son compte IG, les kilomètres se comptent toujours par milliers, et son silence est presque aussi intense qu’il l’était alors, là-bas.
Le hasard, c’est après qu’il intervient, au skate-park. C’est avec lui que, la dernière fois, j’avais admiré la légèreté de skateurs et que j’avais tenté de les attrapé au vol, forts et graciles, il faisait beau, certains étaient torses nus, ils avaient cette jeunesse qu’on croit éternelle lorsqu’elle est en nous, cette jeunesse que peut-être ainsi ils cherchent à conserver.
Samedi 23 juin 2018
Ch sort de son sac la coïncidence littéraire dont il connaissait l’existence, par une image et quelques phrases sur un réseau social et dont il me préparait la surprise. Les dernières pages de L’Étranger m’accompagnent sur cette plage, pour lui c’est un autre ouvrage, même auteur, même éditeur, pas tout à fait même plaisir, je crois. L’océan est plutôt calme. Oh bien sûr, pour s’y baigner, il faut supporter cette eau assez froide, attendre, être patient, et puis nager, et quelques vagues bousculent un peu tout ça. Le sable qui s’envole aussi. La littérature aussi, beaucoup. Le récit sans doute, la phrase sûrement. Sur la plage, Meursault a tué. Ici il me rend vivant.
Vendredi 22 juin 2018
Jeudi 21 juin 2018
Je traverse le bout de la rue Sainte Catherine. Foule. Passants. Attablés. Bruit de fond. Je me dis que ça fonctionne, que c’est une fête populaire, que les gens sont contents. M’en voici presque heureux. Je continue. Je viens de passer trois heures à une terrasse sûrement trop bruyante, à 2 mètres d’une source musicale multi-générationnelle ; il fallait un peu crier. Ainsi pouvait-on rire, gentiment, de lui, dont l’obsession musculaire se limitait au haut du corps ou de l’autre, dont le cigare ne semblait qu’un accessoire de plus. Ainsi pouvait-on dire, tiens, lui…
Je continue, donc. Je pense au mot musique. Je vois bruit. Je ne comprends pas. Ou plus. J’ai 44 ans et une éducation, une évidence dans le vivre ensemble qui m’interdit de déranger autrui à 23 h passées. Alors j’arrive au numéro 16 rue T, monte les escaliers, me prépare de quoi grignoter un peu pour compléter les souriantes assiettes, monte d’un étage sans bruit ni lumière, ferme la fenêtre qui permettait ainsi d’offrir un peu de fraicheur, mets des bouchons dans mes oreilles. Silence. LE silence. Sauf le ronflement, un peu sourd, qui provient de moi-même. Et le goût du yuzu, subtil, du fromage blanc.
Mercredi 20 juin 2018
Mardi 19 juin 2018
Je pousse la porte de la galerie, coin de rue, mon quartier. La jeune femme blonde me salue, je m’évente, je dis que oui, j’ai lu la description de l’exposition avant de venir et que je connais le Pavillon, d’avant, l’époque parisienne.
Je suis alors spectateur d’un regard, celui de jeunes artistes dont j’ignore tout, et dont je ne chercherai pas à savoir grand chose, ni leurs habitudes ni leur volonté ni leur discours. A peine je cherche à interroger ce qu’ils ont à me dire. Dans la salle du fond, je suis attrapé par les images en mouvement. Je m’assieds. Je suis seul. Seul et assis trop bas, il faut lever la tête, mais la vidéo est belle, physique, simple, on voit le propos mais je peux m’en passer ; les images sont belles. Je passe les dernières minutes debout, je veux montrer au monde un visage, je l’enregistre et le partage.
Je suis alors spectateur de notre passé, en pointillé sur les murs blancs, en images, en objets posés là, puisque notre passé c’est ce monde-art. Je le regarde avec les yeux de celui que tu as guidé au-delà des inutiles cartels et que je suis encore. Je me demande ce que tu aurais dit. Ce que tu aurais vu.
Lundi 18 juin 2018
Il a réveillé les autres et le concierge a dit qu’ils devraient partir. Ils se sont levés. Cette veille incommode leur avait fait des visages de cendre.
Albert Camus ; L’Étranger.
Dimanche 17 juin 2018
Samedi 16 juin 2018
Vendredi 15 juin 2018
Je ne suis pas sûr qu’il se souvienne parfaitement de moi. Je lui dis que ça fait longtemps via ce o-hisashiburi qui laisse entrevoir le temps qui vient de passer, la distance qui s’est imposée, la nostalgie d’un autrefois encore présent, le plaisir de le revoir. Quelques visages d’avant sont là, et bien sûr on parle du pays, du dépays, d’avril, de ce qu’il adviendra peut-être, y retourner. On parle de peu, d’être là, à peine, pas longtemps : Schumann m’attend.
Jeudi 14 juin 2018
Tramway. Il dit que ça sent mauvais. La suite précise le sens figuré. Elle semble le soutenir mais je n’écoute pas vraiment leur conversation, j’ai l’esprit ailleurs, je regarde surtout la dentition de la femme, les couleurs de son tee-shirt enveloppant son corps gros. Mais la phrase revient, ça sent mauvais, et je n’entends que ça. Comme si mon cerveau m’alertait : c’est peut-être moi qui sens mauvais.
Je mets mes écouteurs, leçon de japonais 64. Jusqu’à ce que je l’entende, elle, elle lui dit qu’elle pense que ça ne va pas durer, entre eux. Elle le sent. Que ça ne durera pas. Qu’il doit régler ses problèmes, en parler à son psy. Que ça l’embêtera, s’il la quitte, mais qu’elle ne lui en voudra pas.
Train. Il écrit. Son écriture est dure à déchiffrer de ma place ; nous sommes pourtant juste voisins de siège. En fait il recopie ce qu’il a écrit auparavant sur d’autres feuilles. Plongé dans mon roman/Romand, je tente de ne pas m’intéresser à lui, mais évidemment il m’intrigue. Il n’a pas d’âge. Peut-être 18, pas moins. L’âge où on écrit encore ?
Je repose le livre, prends mon téléphone, me dis que je devrais dormir un peu. Je déchiffre la signature puisqu’il est arrivé à la fin : Un homme heureux. Puis ce qui précède : je t’aime plus que tout.
Mercredi 13 juin 2018
J’aurais adoré être chanteur. Je me suis récemment mis au piano. Je prends des cours et peux m’accompagner par coeur sur Je suis malade. Je l’ai chanté à ma mère lors de son dernier séjour chez moi. À la fin de ma prestation, après un silence de quelques secondes, elle a levé la tête du dernier catalogue Leroy-Merlin et m’a demandé : « Tes voisins ne rouspètent pas ? »
Eric Romand ; Mon père, ma mère et Sheila
Mardi 12 juin 2018
Lundi 11 juin 2018
Ivre est Turner.
Dimanche 10 juin 2018
De souvenirs. Les bois, en bas, en sont gorgés. D’eau aussi.
De moustiques. Les bois, en bas, en sont infestés. Qu’est-ce ceci ?
J’ai de nombreuses images conservées, en tête, de toutes ces fois où je suis descendu. Pour ramasser des fleurs. Pour espérer un animal. Pour chercher des champignons, comme nous, aujourd’hui. Pour m’aventurer, oh jamais très loin, on atteint vite la limite, la route. Pour être à chaque fois surpris. Pour voir. Pour être ailleurs, avec moi-même, sans comprendre alors ce besoin de m’accompagner. J’y chantais, parfois. J’aimais surtout aller là-bas, cette clairière où, la saison venue, les nappes de clochettes bleuissaient l’atmosphère. J’aimais bien sûr ne pas aller si loin : les carrières étaient autant une légende qu’une réalité difficile à atteindre. J’y rêvais, parfois.
Samedi 9 juin 2018
Vendredi 8 juin 2018
Non mais, vraiment, tout ça pour des gants ?
Jeudi 7 juin 2018
Mercredi 6 juin 2018
Les bières de la veille, après le spectacle, n’avaient pas tout dévoilé. J’accompagne alors, pour la soirée, sa solitude de touriste sans clé, son amour des idiomes, la candeur de ses trente ans, son accent espagnol qui vous embarque, ses yeux clairs qui vous transpercent, ses doutes sur sa relation amoureuse actuelle puisque l’autre est trop là malgré tant d’heures entre Montpellier et Majorque. L’autre. Celui dont je suis l’autre est aussi ailleurs, à des milliers de kilomètres. Tant.
A 21h38, je fais trois photos de lui. La première est loupée : mauvais focus. La deuxième n’est pas bonne : moue. La troisième est la bonne : sourire. Tant.
Mardi 5 juin 2018
Nicolas m’avait proposé un cinéma par une formule concise et décalée ; j’avais souri et répondu en faisant celui qui ne comprenais pas. L’amitié est comme l’amour, elle se construit par des pièges, des perches, des peut-être, des frontières à franchir, des contours à dessiner, des ponts à emprunter.
Il m’avait finalement proposé autre chose, un spectacle d’improvisation, dans un petit théâtre, « tu sais, en bas de chez moi. » Il ne m’avait prévenu d’une présence. De mes rires non plus.
Lundi 4 juin 2018
Il y a des rencontres surprenantes qui naissent par hasard, d’une passion commune, d’écrans connectés et d’un voisinage, parce que malgré tout on est un peu fainéant. Alors nous y voilà, rue St François, entre l’Asie et l’Amérique, entre mes images dont je parle et son film sur Arthur Tress qu’il me montre, entre les mots que j’essaye d’écrire et le titre de son roman qui me fait éclater de rire.
Dimanche 3 juin 2018
Samedi 2 juin 2018
Vendredi 1er juin 2018
Poussé par la curiosité et l’envie, il ouvre alors un deuxième compte Instagram.
Jeudi 31 mai 2018
Il est question de la liste des visages qui viennent nous réveiller chaque matin supplémentaire. Bien sûr, les meilleurs matins arrivent parfois l’après-midi.
Stéphane Bouquet ; 4ème de couverture de Les Amours suivants
(Parce que je n’ai pas osé tronquer un poème)
Mercredi 30 mai 2018
Quarante-quatre.
Un jour comme un autre ? Oui. Un jour comme un autre, la vie extra-professionnelle à Ivry, associative rue des Périchaux, le déjeuner annulé avec, par conséquent, entre lui et moi encore quelques semaines sans se connaître, on n’est plus à ça près, cela fait des années que ça dure, c’est même peut-être mieux ainsi, il devient personnage, les chapitres s’étoffent. Alors le déjeuner est nourri de falafels et d’un reste de glace dans le freezer, et bien qu’ainsi rafraichi me voilà un peu en sueur sur le chemin furtif du Bal, la vie donc ensuite culturelle par accumulation d’objets, amicale aussi et elle commande un diabolo-menthe.
Un jour, celui des quarante-quatre ans, qui pourrait être celui où on aborde en souriant la question du désir, des corps, du frôlement, du regard, des silhouettes, des odeurs, des sensations provenant d’une guitare aussi, des mains qui appuient, des sensations et des émotions qui adviennent. J’ai attendu cette journée, j’ai attendu cette compagnie d’un autre hémisphère, pour éprouver cela, ce truc devant cette homme qui danse sur du flamenco, avec autour de moi, l’hispanisme criant et exaltant de quelques spectateurs. Et le mien, que tu interroges alors, que j’interroge alors, avant quelques frites.
Mardi 29 mai 2018
C’est juste là, juste là-bas, en autobus, quoi, 20 minutes ? C’est une maison, ordinaire, vous savez, oh ce genre, la banlieue quoi, les garde-corps rocaille peints dans un vert presque acide. Il a dû nous voir arriver, il devait nous attendre tu avais dit midi, il est treize heures, ce n’était pas très clair, les heures d’ouverture, tout ça, le site web, rien de ça. C’est alors un ailleurs, guidé par cet homme que tu salues les mains jointes. Ailleurs. Mais juste là, vous voyez, en autobus, quoi, 20 minutes ?
Lundi 28 mai 2018
Au seul banc libre il manquait un tasseau et une propreté suffisante : quelque oiseau ou quelque maladroit était passé par là, abandonnant quelques taches. Sur le revêtement en béton du parc, nous mangeons ainsi une salade en faisant face aux verdures : celle dans le bol, celle qui nous entoure. Habillée entièrement de jeans, elle est très bronzée, mais je ne lui fais pas remarquer, cela ne me ramènerait probablement qu’à ma plus triste mine.
De nos conversations, si rares mais que j’aime tant — elle est, parmi les gens que je vois trop peu, une des personnes avec qui je me sens le plus en phase — je retiens toujours la douceur et la quête d’un idéal, parfois simplement verbalisé dans quelques indices : un mot, une sensation, un sourire. C’est encore le cas, puisque elle se rêve ailleurs.
Dimanche 27 mai 2018
Tes questions, ta curiosité, ton envie de connaître la ville et ses siècles, me donnent des réponses que je recherche. Ainsi, je regarde Paris autrement, comme une vieille dame à qui on oserait demander son âge.
Et comme on le sait, la vieille dame a des ressources. Nous voilà donc au musée Picasso, plongeant dans l’Histoire, celle qu’on grandit d’une majuscule avec l’exposition consacrée à Guernica, ou la mienne, puisque dès qu’il est question de la guerre d’Espagne il est question d’un morceau de moi-même, du chemin familial d’où je viens. Et puis soudain, l’émotion s’impose. Ce peintre que je ne croyais connaître, j’en ignore presque tout. Et donc les femmes pleurent sous des couleurs criardes et des larmes fleurs, et moi quasiment.
Samedi 26 mai 2018
Quatre chaises, nous sommes cinq. Ainsi, collant à une certaine idée de l’ambiance parisienne et des petits espaces, nous voici autour de la table basse. Les conversations relèvent le niveau, ta cuisine aussi. Les relations révèlent le niveau. Elles révèle ce que nous sommes, puisqu’ils sont là. Puisqu’ils sont, pour deux d’entre eux, ce qui a été tu.
Vendredi 25 mai 2018
Jeudi 24 mai 2018
Mercredi 23 mai 2018
Lundi 21 mai 2018
Lumière d’orage sur un paysage vert, des façades blanches, des bottes de pailles soudain dorées. Et puis un arc-en-ciel qui rompt l’anthracite ombrageant l’horizon, mais si l’on se retourne un peu, c’est un azur clair qui rassurerait ceux qui craignent le tonnerre. En face de moi, elles chuchotent ; nous avons quitté la gare il y a quelques minutes. Plus tard, plus au sud, les nuages m’évoqueront des peintures du 19ème siècle, le gris se bleutera de cobalt, un fruitier coupera la ligne nette séparant un champ du ciel, et ainsi se déroulera ce paysage aperçu. Et plus tard, toujours, sans cesse, elles chuchoteront. Celle de droite est hystérique, disons exaltée, d’abord parce que son amie lui a offert un livre dont je n’aperçois pas la couverture tellement elle le secoue et dont elle ne lit qu’un passage, mais ensuite parce que le moindre sujet de conversation l’électrise. Sa robe couverte de ronds multicolores convient au personnage, tandis que l’autre, pull marine sage, complète le tableau. Je tente vaguement de ne pas écouter, ainsi que je ferai tout le long du parcours, mais je suis fasciné par cet insupportable zébulon à la voix de crécelle qu’elle tente d’étouffer, s’étonnant que l’on dit d’elle qu’elle ne fait pas son âge, s’amusant d’avoir oublié la Chapelle Sixtine, se rassurant que sa sœur a calculé qu’elle pouvait écrire deux pages pour chaque chapitre, proposant mille-et-une idées de déjeuner pour le lendemain, ou encore s’inquiétant de ne pas soûler (sic) sa camarade, son monde s’arrêtant semble-t-il à 50 cm de distance. Alors L m’envoyant Zeus.
Dimanche 20 mai 2018
Samedi 19 mai 2018
Vendredi 18 mai 2018
Jeudi 17 mai 2018
L’odeur de la mer existe, mais c’est d’abord sa force qu’on ressent, la pleine et entière confiance dans sa puissance, les rouleaux qui vous ramènent au bord, cet océan exempt de courants, pas traître, pas dangereux, pas comme ailleurs, plus loin sur la côte, à Biarritz ou dans les Landes. Ici, au bout de la France, les rouleaux sont direct, droits, ils sont puissants parfois mais ne font pas mal.
Julien Thèves ; Le Pays d’où l’on ne revient jamais.
Où, sans doute, j’aurais du parler de ce spectacle. Mais bon. Non. Les oiseaux ont déjà trop souffert dans la charmille.
Mercredi 16 mai 2018
Mardi 15 mai 2018
Lundi 14 mai 2018
Les années quatre-vingt étaient entre deux mondes, et moi aussi. On y restait à gauche, du moins parmi mes amis, mais l’on portait en même temps en même temps ces ridicules vestes autrichiennes sans col qui semblaient venir d’un débarras de Berchtesgaden et donnaient aux militants en vacances un ai heideggérien.
François Sureau, Le Chemin des morts
Dimanche 13 mai 2018
Et puis 5 pivoines rouges.
Samedi 12 mai 2018
Quelques mots à sa mère, dans une langue étrangère, où l’on devine un point d’interrogation. La réponse nous offre, sur son visage adolescent, un sourire : il s’ennuie. Je l’avais, un peu plus tôt, observé de dos, et je m’étais demandé si j’aurais osé une image, mais je trouvais son visage trop anguleux, quelque chose du mien à son âge comme sur cette photo d’identité que je détestais. Son impatience aussi se dévoilait peut-être, froissant une potentielle photogénie.
Il se lève alors brusquement du banc en skaï gris, attrape son blouson sur lequel sa sœur est légèrement assise, et part, ignorant de plus belle l’immense toile inachevée de Rosa Bonheur, La Foulaison du blé, dont tu me diras : « Que c’est beau. »
Vendredi 11 mai 2018
Terrasse ombragée, fin de journée, enfin. À la table d’à-côté, un roux aux cheveux ras, un châtain clair coupé assez court, un châtain foncé à la chevelure virevoltante, un très brun crépu : mixité capillo-colorée d’une jeunesse masculine commandant des bières, bientôt rejointe par l’une des serveuses. C’est sa pause. Alors bien vite, chacun pique dans ses frites. Et puis un petit chien passe. Il amène notre conversation côté canin, puis un cobra s’immisce. Me voici ailleurs, la terrasse ombragée est frappée du soleil d’Afrique, c’est à peine si je ne lève pas les pieds par crainte d’un sifflement (non, pas sur nos têtes).
Jeudi 10 mai 2018
Quelle place, ici, donner à celui qui revient de temps en temps ? Comment le nommer ? Une initiale ? Un surnom ? Une référence ? Un pronom personnel ? Quel contour donne-t-il aujourd’hui à ce que je suis ? Que sommes-nous ? Ailleurs, cela se glisse ce jeudi dans un tutoiement anglais qui l’englobe parmi tous les lecteurs dans un you imprécis. Mais ici ? Ici, j’ai l’impression d’avoir figé le tu dans l’évidence d’un usage. Tu peut-il être un autre ? Peux-tu être pluriel ?
En cette compagnie, donc, les rues de Bordeaux s’élancent, me surprenant encore, me perdant encore, en leur dédale d’obliques et leurs façades mimétiques. Me voici guide d’une ville dont j’ai du mal à apprivoiser la géographie et dont je ne sais rien de l’histoire.
Dès le départ mon quartier fait effet, avec son charme babélien qui surprend et touche l’homme pour qui les continents sont des territoires brûlants d’histoires, des odeurs, des épices, des réalités sensorielles. Il/tu voit/s ce que je ne regarde déjà plus, mais ce que je respire simplement avec bonheur chaque matin quand les échoppes maghrébines s’installent et les premières paroles s’échappent, incompréhensibles.
Mais la voici qui marche, puis s’arrête, danseuse immobile sur un ciel de nuages. Elle est peut-être, dans sa douceur, sa pose cherchant stabilité et son hésitation, une métaphore de ce qui se produit, quelque chose de nous.
Mardi 8 mai 2018
Lundi 7 mai 2018
Dimanche 6 mai 2018
Samedi 5 mai 2018
Vendredi 4 mai 2018
Jeudi 3 mai 2018
Mardi 1er mai 2018
Il a des fesses magnifiques, mais je le suis sur Instagram parce qu’il est basque. C’est juste pour l’aspect linguistique.
Lundi 30 avril 2018
Et encore, à plus de 300km par heure, l’horizon.
Dimanche 29 avril 2018
Samedi 28 avril 2018
Il n’a aucune de ces marques distinctives du corps qu’on note au premier coup d’œil, la structure imposante, la démarche veloutée, la belle gueule consciente de son effet, le soupçon de déhanchement qu’on met dans un coin de sa tête pour y repenser plus tard…
Mathieu Riboulet ; Lisières du corps
Bus 3. Ils sont déjà là, impatients. Ils sont, pour certains, déguisés et c’est pour cela que je devine que nous allons au même endroit. Il y a ici ou là une fragilité dans la manière de se transformer, dans la présence d’un seul détail qui offre une incongruité. On remarque pour certains un manque d’investissement, on ne peut pas les en blâmer, ils ont un âge où l’argent de poche c’est un léger surplus pour quelques chocolatines, trois clopes, et un ticket de cinéma. Bientôt, ils rejoindront la foule des milliers de visiteurs fans de culture japonaise, c’est à dire forcément d’un pan, d’une vision, d’une découpage, d’un étiquetage de ce qu’on appelle culture japonaise. Alors au cours de la journée, la question est en boucle : Qu’est-ce qui fait Japon ?
Vendredi 27 avril 2018
Je regarde son visage. Quelque chose a changé. Un peu de botox en plus peut-être. Alors je prends un dessert, aussi.
Jeudi 26 avril 2018
Alors, au petit matin, tandis que la lumière explose déjà littéralement sur Tokyo, trainer les valises qui semblent racler sur le bitume japonais malgré leurs roulettes, subissant quelques soubresauts et la multiplicité des sols. Elles contiennent l’indispensable, deux paires de chaussures et peut-être, après bilan, trop de vêtements. Elles contiennent des achats personnels ou quelques cadeaux : céramiques dont la fragilité se frotte à mon inquiétude, bambou léger, tissus colorés, gâteaux qui surprendront quelques palais pas habitués… Elles contiennent aussi, bien évidemment, les métaphores qui prennent aisément place ici : des souvenirs, un soulagement, une pointe de tristesse, une boîte de fatalisme, l’amertume de ne pas rester jusqu’à samedi pour honorer cette histoire.










































